‹ Les lésions du corps thyroïde dans la maladie de BasedowChapitre 6 sur 15 · A. — DESCRIPTION HISTOLOGIQUE · texte numérisé non relu

A. — DESCRIPTION HISTOLOGIQUE

A un faible grossissement, sur une préparation intéressant la totalité d’un lobe thyroïdien ou une partie importante d’un lobe, surtout si l’on a présents à l’esprit les aspects si polymorphes des divers types de goitre, on est frappé:

1° I)e Y homogénéité de la préparation : malgré des contours souvent sinueux, la plupart des acini sont petits et de diamètres presque égaux.

2° I)e sa lobulation: le tissu thyroïdien à architecture si diffuse aussi bien dans la thyroïde normale que dans les divers types de goitres banaux, s’ordonne en formulions lobulaires à contours très définis.

3° De l’ énorme prédominance de l'élément épithélial sur l’élément conjonctif: le stroma est presque toujours extrêmement grêle. Le tissu épithélial augmente son volume en poussant des végétations intra-acineuses, et en formant de véritables nodules adénomateux.

4° De la pâleur de la substance colloïde , qui ne prend pas les colorants basiques et ne se teinle que très légèremenl par les colorants acides. Bien plus, cette colloïde dans beaucoup d’acini paraît avoir été dissoute par les réactifs et les acini semblent vides.

5° De la présence de follicules lymphoïdes dont beaucoup à centres clairs germinatifs, tantôt dans le stroma, tantôt dans l’épaisseur des lobules glandulaires.

6° De la présence de petits nodules épithéliaux éosinophiles. : I ' ■ { i î |

Etudions à un fort grossissement ces différents éléments. !

1° Acinus basedowien. La plupart des acini sont limités par une basale conjonctive extrêmement réduite, souvent difficile à mcttrè en évidence, sur laquelle s’implantent des cellules épithéliales qui au lieu d’être cubiques ou même aplaties comme dans la thyroïde normale, avec protoplasma chromophile, et noyau central sphérique, très avide des colorants basiques, sont au contraire hautes, cylindriques, à protoplasma chromophobe, à noyau souvent ovalaire disposé vers la base d’implantation de la cellule, et se colorant d’une façon élective, mais légère par les colorants nucléaires, ce qui met bien en évidence la nucléole et le réseau de linine. Les noyaux sont souvent volumineux (2 et 3 fois le diamètre normal), mais ils sont de formes régulières, et ne présentent que tout à fait exceptionnellement des figures de division. Nous avons cependant observé quelques karyokinèses incontestables. La limite interne de la cellule est très, nette, souvent marquée par un double contour qui délimité une sorte

Fig. 1.— Basedow-type (Cas n° 3), Hémithyroïdectomie; guéiison opératoire.

A, Cellules épithéliales cylindriques très hautes ; B, Colloïde ductile chromophobe ; B’ Colloïde plus soluble ; B” Colloïde foncée rappelant la coloration normale ; C, vaste amas lymphoïde dépourvu de centre clair ; D, Travées de cellules épithéliales incluses dans l’amas lymphoïde ; E, Stroma conjonctif adulte séparant le tissu glandulaires en lobules.

soulèvement simple, l'ondulation de la paroi et la véritable papi 1 le végétante dendritique.

A l’intérieur des acini la colloïde pâle, d’apparence ductile, ne se fendille pas sous l’action du rasoir, elle ne se rétracte pas ou peu sous l’action des réactifs et tantôt reste au contact des cellules sécrétantes sur toute leur

périphérie, tantôt se rétracte légèrement, mais leur reste unie par de 'délicates adhérences] arciformes qui dessinent le contour de la masse colloïde, sous forme d’une élégante collerette. Au centre de cette colloïde ductile, on note fréquemment des vacuoles sphériques, et parfois des corps concentriques plus chromophiles qui rappellent quelque peu les corps amylacés de la prostate, dont ils n’ont jamais cependant la netteté de contour.

Beaucoup d’acini paraissent vides au faible grossissement; à un examen plus approfondi, on voit qu’il n’en est rien. Ils renferment une colloïde plus ductile encore, et surtout plus soluble, qui s’est dissoute pour la plus grande part dans les réactifs nécessaires à la préparation de la coupe, mais qui persiste encore très nettement sous forme de petits grains amorphes, ou de réseau ténu, plus rarement sous forme de cristaux à contours géométriques.

2° Acinus thyroïdien de type normal ou goitreux. — Les acini que nous venons de décrire répondent au type que l’on rencontre sur la plus grande étendue des préparations et que nous considérons comme représentant le type « basedowien ».

A côté de ces acini, on en trouve d’autres tantôt isolés, plus souvent par deux ou trois, occupant rarement tout un lobule, dont l’épithélium est cubique ou même aplati; le noyau plus compact, le protoplasma plus chromophile, la colloïde fortement acidophile rétractile se fendillant sous le rasoir. Ces acini rappellent en tous points la structure de la thyroïde normale ou du goitre banal colloïde; ils ont des dimensions inégales, parfois volumineuses; leurs parois régulières ne se hérissent pas de saillies papilliformes.

Entre les deux types d’acini que nous venons de décrire on trouve parfois des formes de transition, c’està-dire des acini dont la colloïde se colore en rose franc par l’éosine, et non pas en rouge, ni en rose très pâle; ou bien des acini à colloïde foncée, mais à épithélium haut de type cylindrique.

3° Travées pleines. — A côté des acini on trouve des zones de travées pleines rappelant les travées pleines du

goître fœtal, mais s’en différenciant par le volume plus grand des cellules et par une moindre affinité de ces cellules pour les substances colorantes. Souvent il ne s’agit pas de travées pleines, proprement dites, mais d’acini à lumière virtuelle, sans contour colloïde décelable.

Fig. 2 . — /Cas n° 8). Basedow type, ‘femme jeune. Hémithyroïdectomie, guérison opératoire.

A, Cellules épithéliales cylindriques très hautes à noyaux clairs ; A’, Cellules épithéliales cubiques à noyau foncé, aspect de thyroïde normale ; B, Travées épithéliales pleines ; C, Végétation papillomateuse intra-acineuse ; P, Colloïde pAle et ductile, entre les cellules sécrétantes et le centre de la plaque colloïde ; D’, Colloïde plus foncée, se rapprochant par ses réactions colorantes de la colloïde normale ; E, Stroma conjonctif adulte grêle.

4° Lobules adénomateux. En quelques points, les travées pleines peuvent proliférer, occuper tout un lobule, s’épanouir en végétations arborescentes. Cette prolifération localisée, à contours définis, souvent marqués par une fine capsule conjonctive mérite le nom de lobule adénomateux.

5° Ilots éosinophiles. Tantôt dans les acini, tantôt dans les travées pleines, participant parfois à ces deux formations, on voit des îlots de cellules épithéliales qui tranchent nettement sur les voisines par leurs dimensions, leurs réactions colorantes, les monstruosités de leurs noyaux: ce sont les îlots éosinophiles. Les cellules qui les composent rappellent les amas éosinophiles des parathyroïdes. Elles ont une forme polyédrique, un contour nettement défini comme par un trait de plume. Elles sont généralement beaucoup plus volumineuses que les cellules voisines, et se colorent en rouge foncé par l’éosine. Parfois dans leur protoplasma elles contiennent des vacuoles qui peuvent être assez confluentes pour donner à l’élément un aspect spongiocytaire. Les noyaux sont monstrueux, leur diamètre atteint 3, 4 fois et même davantage celui des noyaux des cellules basedowiennes typiques. Ils sont tantôt sphériques, tantôt boudinés ou même végétant tantôt légèrement incurvés. Nous n’avons rencontré dans ces cellules aucune ligure nette de karyokinèse ou de division directe.

6° Stroma et vaisseaux. Le stroma interlobulaire est presque toujours très grêle, réduit à deux ou trois assises de fibres de collagène; on rencontre seulement de loin en loin, autour- des vaisseaux de calibre important des axes conjonctifs plus épais. Tout ce stroma est formé de fibroblastes adultes à noyau et protoplasma bien reconnaissables, sécrétant des fibres de collagène d’épaisseur normale. On ne trouve ni nodules inflammatoires, ni infiltration de polynucléaires, ni métaplasie régressive, ni polymorphisme cellulaire, aucun signe d’inflammation. Les vaisseaux ont des parois normales, et ne présentent aucune tendance à l’oblitération ni à la périvascularite. Le stroma intralobulaire est tellement ténu, que les épithéliums des deux acini voisins ont l’air souvent d’être directement accolés par leur face basale, et qu’il faut un examen attentif pour déceler entre eux une ou deux grêles fibrilles conjonctives, sécrétées par des fibroblastes allongés, à noyaux et à protoplasma peu apparents.

7° Traînées et amas lymphoïdes. — Dans l’épaisseur des plus gros tractus conjonctifs d’une part, dans l’intérieur

même des lobules d’autre part, on trouve des formations lymphoïdes variables dans leurs formes et leur dimension. Il s’agit tantôt de simples traînées qui infiltrent les tractus conjonctifs ou dissocient les éléments du lobule, tantôt

Fig. 3. — (Cas n° 10). Basedow type datant de 6 semaines environ chez une femme de 48 ans. Hémithyroïdectomie ; guérison opératoire. Grande amélioration du syndrome dès le lendemain de l'intervention persistant 6 mois plus tard.

A, Cellules épithéliales hautes ; B, Volumineux amas lymphoïde en traînées développées autour d’un axe conjonctif ; IV, Petite traînée lymphoïde développée autour d’un capillaire ; C, Axe conjonctif ; D, Colloïde très pèle et ductile ; E, Stroma conjonctif adulte extrêmement grêle.

d’amas plus ou moins volumineux qui arrivent à englober dans leur épaisseur au cours de leur développement soit un vaisseau, soit beaucoup plus fréquemment un petit acinus ou une travée pleine. Si bien que la formation lymphoïde se trouve parfois centrée par des cellules épi-

théliales thyroïdiennes, tantôt nettement reconnaissables et conservant même la disposition acineuse; tantôt au contraire en voie de dégénérescence.

Les cellules lymphoïdes qui composent ces traînées et amas ont tous les caractères du lymphocyte typique tel

Fig. 4. — Basedow-type chez une femme de 45 ans. Hémithyroïdectomie, guérison opératoire.

A, Zone en hyperplasie simple ; B, B’, Zones en hyperplasie adénomateuse;

C, Tractus grêles de tissu conjonctif adulte cerclant des lobules thyroïdiens ;

D, Disposition lobulée d’un groupe d’acini non cerclés par du tissu conjontif.

qu’on l’observe dans le tissu réticulé des ganglions: noyau volumineux sphérique très chromophile, protoplasma réduit, non granuleux, basophile. On ne trouve, mêlé à ces éléments, aucune forme cellulaire témoignant d’une réaction inflammatoire en évolution; pas de polynucléaires, pas de macrophages, pas de cellules plasmatiques.

8° Follicules lymphoïdes à centre clair. Souvent ces formations accentuent encore leur architecture de tissu hématopoiétique, et l’on voit de véritables follicules lymphoïdes avec centre clair, rappelant ceux des ganglions et du gros intestin.

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