CORRESPONDANCE DE NAPOLÉON
(tomes VI A xvr.)
« Laissez-nous au moins la république des letrtres! » disait Napoléon à M. de Fontanes. Quel rôle a-t-il voulu dans cette république? Ce n'est pas assurément celui de simple citoyen, comme le roi de Prusse, Frédéric II; ce serait plutôt celui de Protecteur. Mais hâtons-nous de le dire, de tous les souverains qui ont encouragé la littérature, le protecteur le plus actif et surtout le plus magnifique a été Napoléon, et s'il est vrai que la condition la plus favorable au développement de la poésie soit pour elle de trouver sur le trône un prince qui s'intéresse à la gloire des lettres et au bien-être des lettrés, jamais la poésie française n'a dû briller d'un éclat plus resplendissant et plus pur que pendant les quinze premières années
de ce siècle. Quoi qu'on en ait pu dire, c'était là un des moindres soucis de Louis XIV, et les lettres, qui ont si fort exagéré sa gloire, n'ont guère occupé sa pensée. On peut feuilleter ses Mémoires i je doute que l'on y trouve un mot, un seul, qui ait trait à la littérature. Il n'en est pas de même de Napoléon : sa correspondance aussi bien que le Mémorial de Sainte-Hélène attestent l'importance qu'il attachait à la gloire littéraire. Fils du xYiii^ siècle, il a un sentiment profond de la puissance des lettres. Doué d'un prestige personnel qu'il ne doit point à sa naissance , armé d'ailleurs d'un pouvoir bien plus savamment organisé que celui de Louis XIV et qui concentre toutes les forces de la France agrandie par la révolution et par lui-même, il a l'œil partout, la main partout : nul moyen ne lui manque pour découvrir le talent et pour le récompenser. A une époque où les écrivains d'un talent reconnu ont enfin trouvé les moyens de vivre qui leur manquaient sous Louis XIV; au les droits d'auteur, fixés au théâtre par Beaumarchais, et ailleurs par la Conventions permettent à l'écrivain de se passer des gratifications assez mesquines accordées jadis par Colbert; ou enfin les fondations littéraires de la Convention nationale. Institut, École polytechnique. École normale. Conservatoire, etc., offrent à un assez