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JOURNAL DE BARBIERS

AVOCAT AU PARLEMBIST.

On s'imagine à tort qu'avant 1789 la France ne possédait point de journaux. Sans doute la presse périodique n'y ressemblait guère à celle d'Angleterre sous la maison de Hanovre; elle n'avait rien du franc parler de la presse française réfugiée en Hollande, et faisant rayonner de là sur toute l'Europe les idées de tout ce qui pensait en France et pour l'Europe entière, la France exceptée. Mais elle n'en existait pas moins ; les journaux du xviii* siècle peuvent s'y classer en trois catégories différentes.

lUy avait d'abord les feuilles publiques, qui pa-

1. Seule édition complète, 8 vol. de la Bibliothèque -Charpentier.

raissaient sous la surveillance et avec la collaboration de l'autorité, et dont celle-ci accordait le privilège à qui bon lui semblait. Ces journaux, presque tous littéraires , n'avaient pas même la sécurité qu'aurait dû leur assurer au moins leur dépendance. Fréron lui-même , tout défenseur qu'il fût du trône et de Vautel (c'est lui, je crois, qui a inventé cette formule), Fréron convenait dans son journal qu'il était parfois obligé de louer « tel petit rimailleur, parce qu'il était protégé par tel prince, ou tel duc, ou telle dame, qui ne manqueraient pas d'employer contre sa personne et son journal toutes les ressources du crédit. » Aussi prenait-il ses précautions, et choisissait- il avec soin ceux qu'il pouvait mordre : c'étaient des gens pouvant aller à la Bastille, et qui pour la plupart y avaient été. Lui-même , malgré sa circonspection, fut enfermé plusieurs fois; on a beau vouloir être la platitude même , même en ce genre on n'est point parfait, Fréron n'en défendait pas avec moins de dévouement le beau régime dont il goûtait ainsi les douceurs. 11 est vrai que son dévouement lui rapportait 20,000 francs par an. A ce prix, quand d'ailleurs on n'est pas fier, on peut se résigner à être parfois le martyr de la cause dont on se constitue le champion.

Outre ces feuilles publiées par un rédacteur choisi, et sous Vinspection de deux ou trois censeurs, il y avait bien alors une espèce de journal

libre, feuille clandestine, rédigée, dit Barbier, par une des belles plumes du parti janséniste; c'étaient les Nouvelles ecclésiastique^. Ce journal , imprimé et distribué exactement, fut un des cauchemars de la police, qui s'épuisa vainement pour en découvrir l'auteur. On fit des perquisitions partout, jusque chez le bon Rollin. Le secret fut bien gardé et resta impénétrable. Comme contrepoison, l'autorité avait une autre feuille clandestine , les Nouvelles à la main , journal frondeur, journal d'opposition , rédigé d'ailleurs par la police, et dont u la police, dit M. TaschereauS se servait pour accréditer, démentir ou dénaturer les faits. )) Il ne paraît pas que la publication des Nouvelles à la main fût bien régulière, et qu'elles aient d'ailleurs rencontré grand crédit.

La se(îonde catégorie des journaux comprend les journaux manuscrits adressés à des lecteurs spéciaux, à quelques grands personnages étrangers ; à cette classe appartiennent la Correspondance de La Harpe et celle de Grimm. Ces feuilles se distinguent des premières en ce qu'elles disent parfois la vérité , et conservent une certaine franchise, tempérée, il est vrai, par la crainte des curiosités de la poste, par l'obligation de ménager les préjugés inévitables des augustes lecteurs, et par la nécessité pour Grimm d'obtenir le titre de baron.

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