D B R L L S S F FM M R R D
le professeur et l'élève répétèrent ces exercices
trois à quatre fois et los ahiindoiinèrent pour passer ù dos intervalles plus difficiles.
— Donne-moi la tierce de D, demanda M. Baurel.
— M , répondit Paul.
— El la tierce de M.
— Frappe 1) sur le piano, maintiens le son et frappe M , maintiens les deux sons et frappe S.
— Je connais cela , repartit l'enfant , c'est l'accord ])arfait.
— De quoi se compose-t-il ?
— On le compléterait en ajoutant 1). Nous nous bornerons aujourd'hui à ces exercices pour les reprendre en complétant notre langue des sons.
— Il y aura quelque chose encore à apprendre. C'est tout aussi long que la musique de M. Louis.... Il est vrai que c'est plus facile.
— C'est toujours cela. Il reste cependant qiielque chose à faire. Tu connais les valeurs ou durées des sons, puis tu as appris les degrés d'acuité ou de gravité, tu as connu séparément le rhythme et l'intonation. Tu as maintenant à réunir ces deux éléments de la parole musicale.
— Je comprends, comme on réunit les vojelles et les consonnes pour former les svHabes.
— Précisément, nous aurons à réunir les consonnes et les voyelles. Va jouer, maintenant.
L'intelligence de Paul s'était bien réellement éveillée grâce à la méthode rationnelle de M. Baurel , qui, sans surcharger la mémoire de lenfant de termes et de mots nouveaux , de signes variables à l'infini , non pas tant dans leurs formes que dans leurs dénominations qui dépendent d'un changement de clef, se servait des éléments les plus simples , les plus connus de l'enfant , les lettres de l'alphabet.
— Ce qui rebute l'élève , disait-il à M™® Dorval , c'est de voir sans cesse le vague , la confusion s'introduire dans les notions qui lui sont transmises. A Il rigueur, il n'est pas difficile , il n'est pas long de retenir qu'un bouton noir placé sur telle ligne se nommera do ou sol; mais ce qui désespère le commençant, c'est de voir que ce hoI devient successivement un la, un û, un ?</. un r^, un Mi, wn fa, toutes les notes de la gamme par un changement de clef. Vojez l'effrayante quantité de gammes à faire entrer dans sa tête : Deux gammes naturelles, quatorze gammes diézées , quatorze gammes bémolisées , soit trente gammes qui se peuvent écrire chacune à sej)l positions; total : deux cent dix gammes où les
relations des sons changent en raison d'accident
En vérité, on croirait voir une feuille de l'alphabet chinois.
L'enfant ost paresseux, ayez l'air de vouloir servir
les intérêts de sa paresse, il vous paiera en confiance et en f^ratilude. Supprimez tout bagage encombrant, il marchera plus léger Après avoir fait disparaître les clefs, les portées, donnez-lui les noms mêmes des notes de façon à ce ([u'il ne puisse se tromper. Que la consonne lui dise clairement : Ceci est un do , ceci un sol , cela un mi. Ne vous préoccupez pas de cette facilité donnée à l'élève et que vous pourriez considérer comme extrême. Lorsque l'on apprend à écrire aux enfants , ne leur donne-t-on pas d'abord des alphabets gris où ils n'ont qu'à repasser à l'encre noire. Puis on réduit le plein gris à une ligne pointillée ; enfin, quand la main s'est habituée à faire les jambages , à arrondir les boucles, on abandonne l'enfant à ses propres forces.
Ainsi faisons-nous; nous ne montrons à l'enfant que des signes connus de lui, des lettres qui lui rappellent des noms ; plus tard , la consonne ne servira plus que d'une indication en cas de besoin , de même que la rampe de l'escalier nous présente un appui lors d'un faux pas , encore bien que nous ji'en fassions pas un usage habituel. Puis cette ressource même sera enlevée, mais remplacée par un guide que l'expérience nous aura montré aussi sûr, grâce à la science acquise, et mon élève rentrera en plein dans la méthode ordinaire.
Car, je le répète , je ne suis point un révolutionnaire, je ne prétend.^ à être qu'un vulgarisateur. Il
est sage de profiter des biens acquis , il n'est pas prudent de tout vouloir renverser pour édifier à nouveau.
Ajant conservé un souvenir précis de la méthode usuelle, en conservant les consonnes initiales des noms des notes , pourquoi à l'appellation ai-je fait usage de numéros ?
Je vous en ai donné une raison en remarquant que toutes les gammes ont une contexture semblable , il est incontestable que le premier degré occupera toujours le N° 1 , et sera toujours à une même distance du second degré qui sera toujours le N° 2 , h une distance déterminée du troisième degré qui sera le N*^ 3, et ainsi de suite. Nommer une note par le cbifi're de son ordre numérique est de la plus stricte logique.
En second lieu , et il faut bien s'attendre aux objections, même quand on veut apporter un bienfait aux gens, voici ce que j'ai prévu qu'on me dirait :
« Vous avez raison quand vous dites : Toutes les gammes ont une contexture semblable , et la gamme d^i(t est identique dans sa composition à la gamme de sol. Mais si vous dites à votre élève : « Mon enfant, » au lieu de prononcer sol dans cette seconde gamme » et de dire : sol, la, si, do, re, mi, fa dièze , sol , » vous prononcerez do, re , mi, fa, sol, la, si, do, » seulement vous donnerez à votre do le son du sol , » vous le hausserez d'uiio quinte, » vous aurez tout
simplement faussé l'oreille de votre élève , vous lui aurez fuit perdre le son absolu du sol qui est déterminé par des observations mathémaliques ; et le jour où il entrera dans une salle de concert, il sera incapable de déterminer la tonalité d'un morceau. »
— En effet, dit M'"'' Dorval , tout musicien vous parlera ainsi.
— Je vous rappelle en premier lieu que ma méthode n'a pour but que de simplifier les études premières, je remettrai mon élève aussitôt que possible aux mains des professeurs ordinaires. Mais pour vous donner une réponse directe , je dirai : L'objection tombe devant mon appellation numérique. 1 ne signifie pas absolument do, pas plus que 3 mi; \ signifie premier degré et 3 troisième degré , en
^'autres termes, tonique et médiante d'une gamme quelconque.
— Bien sur ce point. Mais pourquoi ne m'avezvous pas répondu lorsque , durant la leçon de Paul , j'ai fait une observation à propos de la gamme mineure.
— Parce que je veux élaguer tout ce qui , étant du domaine de la science , ne serait qu'un embarras inutile quant à présent pour mon élève. En pratique, qu'est-ce qu'une gamme mineure ? C'est une gamme où la première tierce comprend le demi-ton placé du 2^ au 3® degré. Supposons que ce soit la gamme
de la mineur , relative à^ut majeur ; en montant j'aurai :
la si do re mi fa sol dièze la
et en descendant :
la sol fa mi re do si la.
Un dièze a paru dans la gamme ascendante , aucun accident n'est intervenu dans la marche descendante. Eli bien! mon élève en sera quitte, ayant appris dièzes et bémols , pour m'exécuter la gamme ordinaire en diézant le sol la première fois. Il aura ailleurs conservé les intervalles qui lui ont été enseignés. Et quand il rencontrera dièze ou bémol, il saura ce qu'il aura à faire.
Pour me résumer , ma chère amie , mon système a la prétention de ne rien innover, de réaliser seulement une formule unique pour la gamme , une monogammie , écrite dans une langue facile à lire , pas plus étrange que la langue usuelle quant aux valeurs, se traduisant logiquement par l'indication du degré de chaque son , excessivement simple comme dictée , disant en un mot très -bref tout ce qui concourt à former une note : valeur et intonation, comme je vous l'ai dit ; altération , s'il j a lieu , ainsi que je le dirai bientôt.
— Je n'ai plus qu'une question à vous faire , cher Monsieur. Réduisant à une seule toutes les manières de battre la mesure, pourquoi avez-vous divisé le temps en deux battements ?
— Il est clair que pour battre en bas il faut avoir relevé la main en haut, ce sont deux mouvements qui se complètent. D'un autre côté, les chefs de musique ne partagent-ils pas , en cas de difficultés , les temps et les mesures qu'ils décomposent. Vous même , au besoin , ne battez- vous pas les trois croches du temps ternaire ?
Ma méthode de diviser le temps en deux battements me procure une précieuse facilité de réaliser les sjncopes. Donnez à un élève ordinaire, eût-il deux et trois ans de solfège , donnez-lui des syncopes à exécuter, un morceau en contre-temps , et vous verrez quelles difficultés. Pour mon adepte, rien de plus simple. Le mouvement du haut indique précisément la moitié du temps , le moment où doit être attaquée la note.
— Décidément, vous êtes inattaquable.... Et vous continuerez de l'être ?
— Répondre oui paraîtrait de la présomption , vous jugerez vous-même. En attendant , et en tout état de choses , crojez-moi toujours le parrain le plus dévoué à son filleul.
Da le De Ri Mo Fo * SuLuBuDu Di i e
Les silences.
— Paul, fit M. Baurel en entrant, je t'ai apporté deux pantins superbes, un chinois et une chinoise qui feront des sauts et battront des entrechats à mourir de rire.
— Vojons vite , dit Paul.
— Oh! oh! tu es bien pressé. Je ne te ferai pas languir, voilà !
Et M, Baurel jeta sur la table une douzaine de pièces de carton revêtues de papiers coloriés; c'étaient les bras , les jambes , les têtes des pantins en question.
— Tu appelles cela des pantins, parrain. Moi je dis : Ce sont des membres de pantins , mais des pantins , jamais !
— Jamais ! tu vas loin ; tu devais dire : pas encore. Que faut-il pour faire des corps de tous ces membres?
— Il faut les réunir. Tiens, regarde, comme ceci.
L'enfant se mettait en demeure de confectionner les jouets nouveaux. Son parrain l'arrêta.
— Tu t'en occuperas à l'heure de la récréation. Maintenant il s'agit de notre musique.
— Ça , c'est vrai , bon ami ; mais pourquoi alors m'as-tu apporté ces pantins?
— Tu vois déjà que j'ai eu une intention , c'est quelque chose. Cherche et devine tout-à-fait,
— Ah! j'j suis. Comme pour faire un pantin, il faut assembler les membres , pour apprendre la musique il faut réunir ce que nous avons appris jusqu'à présent.
— A la bonne heure. Assemblons donc.
Nous avons établi les formules suivantes :
Valeurs. . . . a e i o u eu ou Intonations. . D R M F S L B
Aux intonations — aux consonnes , joignons les durées — les voyelles , et nous obtiendrons ainsi des sjllabes de deux lettres :
Da De Di Do Du Deu Dou
Ra Re Ri Ro
Ma Me Mi Mo, etc.
Or, tu connais les valeurs depuis longtemps , donc Da marque?...
— 1,8 unités — quatre temps.
— Re?. .
— 2,4 unités — deux temps.
— Mo?...
— 3,1 unité — un demi-temps ou un battement.
— Très-bien. Nous pouvons maintenant cbanter tous les intervalles en les rbjthmant. Voici d'abord un tableau qui les renferme tous , grâce à quelques combinaisons et en convenant à l'avance de valeurs déterminées :