MR MD MB ML M S MF MM MR MD
Paul lut d'abord avec des i la première colonne verticale , ce qui lui donna les secondes ; puis recommença cette même colonne avec des o à chacune des lettres , ce qui lui donna des secondes d'un mouvement plus rapide ; puis la seconde colonne
lui fournit les tierces avec des i ; avec des o , lu troisième colonne fournit les quartes; enfin il réunit les trois premières colonnes , la première avec des i , les deux autres avec des o , ce qui fournit un nouveau rhjthme.
Ce fut tout pour ce jour-là.
Le lendemain on passa aux quintes. Puis vint le tour des sixtes, des septièmes, des octaves. M. Baurel indiquait avec une baguette terminée par une boule les lettres à appeler.
En quelques leçons , Paul nommait imperturbablement les intervalles de toute nature. Parfois l'intonation manquait. Pour la rectifier, le professeur ramenait l'enfant au son normal, soit par les degrés conjoints, soit par les tierces, les octaves, en un mot par la route la plus facile et la plus courte , en même temps que la plus sûre.
Alors , jugeant son élève assez fort , il lui fit composer de petits airs en lui donnant des cubes portant cette fois les consonnes que l'enfant plaça près des vojelles. Il commença par la dictée suivante :
Ri Ri iDe II Si Si |Fi Fi |Mi Mi |Re |Si Si
Di 1)1 |Si Si |Li Li |Se |Fi Fi |Mi Mi |
|Fi Fi |Mi Mi |Re || Di Di |Si Si |Li Li |Se iFi Fi |Mi Mi |Ri Ri |De ||
— -jO —
— Voyons maintenant à marcher plus vite, dit M. Baurel. Allons le double. Que ferons-nous?
Paul ne trouvait pas.
— Que vaut i ? demanda le professeur.
— Deux unités.
— Pour marcher deux fois plus vite, que faut-il faire ?
— Je ne vois pas, répondit Paul pensif.
— Comment ferais - tu pour parcourir en une minute le chemin qui t'en aurait demandé deux au pas ?
— A moins de raccourcir le chemin.... hasarda Paul.
— Ce n'est pas toujours facile d'abréger une route ; cependant nous le pouvons en diminuant nos valeurs de moitié.
— Alors , reprit Paul enchanté d'avoir rencontré juste, nos i deviendront des o; nous aurons une mesure — au lieu de -— .
— Faisons mieux encore , et au lieu de chanter en temps binaires, transformons notre rhjthme en temps ternaires. A quoi arriverons-nous ?
— Si nous avons une mesure à un temps ternaire au lieu d'une mesure à deux temps binaires^ la première note de chaque mesure deviendra un i et la seconde un o.
— Essayons :
|- DiDo|SiSo|LiLo|Si o
— Ah! fit Paul, voici une difficulté.... Bon! j'j suis ; e qui formait deux temps binaires devient i . ou un temps ternaire.
— C'est cela , continuons :
Si .|FiFo|MiMo|RiRo|Di . ||
— Encore un exercice pour finir. Supposons que tu sois essoufflé et que, reprenant notre premier chant, tu ne puisses donner à chaque son que la moitié de sa valeur, qu'arrivera-t-il?
— C'est que je me tairai la moitié du temps.
— Tu as trouvé. Ecris donc, mesure — .
— Voilà, parrain.
2 DoDolSoSolLoLolSi
— Oh ! oh ! voici qui ne me satisfait pas. Quelle sorte de mesure chantons-nous ?
— Le — dit une mesure à deux temps binaires.
— Combien cela fait-il d'unités ?
— Quatre dans chaque mesure.
— Combien en as-tu écrit ?
— Deux.
— Eh bien ! et le reste ?
— Mais je me tais pendant la moitié du temps.
— Alors j indique le silence.
— Comment faire ?
— Qu'est-ce qui marque l'intonation ?
— C'est la consonne , la voyelle indique la valeur.
— Si nous supprimons la consonne et que nous conservions la vojelle , que se passera-t-il ?
— Nous ne pourrons rien dire.
— Pendant quelle durée ?
— J'y suis , pendant la durée de la voyelle
toute seule.
— C'est cela, et afin de mettre de la régularité dans notre écriture , faisons nos lettres de silence en caractères penchés , ce que l'on appelle italiques. De cette façon : a e i o % v a. Voici pour cet objet des cubes qui n'ont que des caractères de ce genre. Il est bien entendu que le point après un signe de silence aura la même propriété qu'après un signe d'intonation, il en augmentera la valeur de moitié. Essayons.
-y Do 0 Do 0 jSo 0 So 0 |Lo 0 Lo 0 [Si 2 |
I Fo 0 Fo 0 JMo 0 Mo o |Ro o Ko o |Di i ||
Paul ne se sentait pas d'aise ; il semblait avoir inventé la science musicale entière.
M. Baurel triomphait , et son cœur s'emplissait de la joie la plus pure ; il vojait se réaliser un de ses rêves caressés , il adoucissait à l'enfance les premiers pas dans une étude dont l'aridité avait au début découragé son filleul comme tant d'autres avaient été découragés avant lui. Une larme perlait , suspendue à ses cils gris, et de son cœur s'élevait un remerciement à Dieu qui lui avait permis d'utiliser les loisirs de ses dernières années au profit de ceux qui commencent la vie.
Altérations. — Expression. — Mouvements.
Paul entra ce jour-là en courant , les joues rouges du sang jeune qu'amènent au visage les jeux de son âge.
— Ouf! parrain, je n'en puis plus. Tiens :
-y Do 0 Do 0 ISo 0 So 0 |Lo 0 Lo 0 [Si i |
— Il paraît que l'air te plaît , répliqua M. Baurel après avoir embrassé l'enfant.
— Il est si jojeux. Vovez donc , je ne suis plus essoufflé.
Et il reprit d'un air mutin :
Ri Ro IDi .
Di Do |Si So |Li Lo |Si . |Fi Fo |Mi Mo |
— ôo —
— C'est juste. Mais il y a plus d'une façon de chanter un air. Ecoute , à mon tour.
M. Baurel reprit le son du D tel que l'avait donné Paul , mais il en modifia deux autres , L et M , en les baissant chacun d'un demi-ton.
— Peuh ! c'est gai comme la complainte que nous chantions Claire et moi quand nous portons sa poupée en terre. C'est drôle, pourtant, on dirait bien le même chant, mais un tout petit peu défiguré.
— Défiguré n'est peut-être pas tout à fait le terme, c'est altéré que tu devrais dire. Cela tient à ce que j'ai introduit des bémols dans ton air.
— Des bémols ! . . . Ah ! oui , des espèces de petits b mal faits , le contraire des dièzes qui ressemblent à ces petits oiseaux que je mets dans mes paysages.
— Des petits oiseaux ! Peste ! tu ne me fais pas l'effet d'être un grand peintre, en ce cas. N'importe. Je t'ai parlé de bémols, tu m'as répondu par des dièzes; causons donc de dièzes et de bémols.
— Ah ça , parrain , tu m'avais dit que dans ta musique on supprimait tout , et on ne supprime rien ; voilà tout le bataclan d'autrefois de M
— D'abord , mon enfant , on ne dit pas le bataclan ; ce n'est pas ainsi que parle un petit garçon bien élevé. Et puis , tu dois au moins du respect au professeur qui n'en peut pas, au fond, s'il a eu affaire à une mauvaise tête. Je n'aime pas cela , fillot.
— Pardonne , bon ami , je ne le dirai plus, répondit Paul prêt à pleurer.
— C'est entendu, je te pardonne à cette condition. Revenons à nos altérations. Nous savons qu'il j en a deux , le dièze et le bémol. L'eflFet du premier est de hausser le son d'un demi-ton ; l'effet du second est de baisser le son d'un demi-ton.
— Une même note peut-elle être altérée des deux façons ?
— Certainement, la peut être diézé ou bémolisé.
— Tiens ! tiens ! Alors ^ la peut avoir trois sons : la bémol , la dièze ei la. . . . Comment l'appelle-t-on quand il n'y a ni dièze ni bémol ?
— On l'appelle naturel.
— Bon. Alors, puisque la peut être baissé d'un demi-ton , que sol peut être haussé d'un demi-ton , puisque entre sol et la il n'y a qu'un ton , si chacun fait moitié de la route en sens inverse , ils vont se rencontrer et ils auront le même son , ils ne feront qu'un , ils ... .
— Halte-là ! tu vas plus loin que je ne te le demande, tu frises les hérésies et les hautes difficultés. Mais ce n'est pas moi qui t'expliquerai cela. Il faut laisser à M. Louis quelque chose à t'apprendre. Encore une fois, revenons à nos dièzes et bémols.
Pour être conséquent avec notre système d'abréviation des conditions constitutives d'une note , il
— Oi —
faudra demander à l'alphabet le signe indiquant l'altération. Dans le mot dièze, quel est le son qui frappe surtout l'oreille?
— Dans dièze, c'est la lettre z. . . .
— Et dans bémol?
— Ce sera la lettre I.
— Nous en conclurons que z indiquera une note diézée et 1 une note bémolisée. Si l'effet de l'altération cesse , que la note revienne à son état naturel , comme les musiciens se servent pour cela d'une figure nommée bécarre, et que dans ce mot le son r frappe spécialement notre oreille , r sera le signe du retour de la note à son état naturel. Ainsi , que signifierait Mol?
— Mi bémol , valeur d'une unité,
— Faz?
— Fa dièze , valeur de 8 unités.
— Der?
— Do naturel , valeur de 4 unités.
— C'est compris, nous n'insisterons point. Apprenons seulement la nomenclature des termes par lesquels on désigne les notes relativement à leurs fonctions dans la gamme.
Le premier degré , la note qui commence le ton ,
qui est comme la base de la gamme, se nomme tonique.
Le cinquième degré , le plus important après la
tonique , qui domine dans ).a gamme par son retour fréquent, se nomme dominante.
Le trait d'union, le degré qui est comme le milieu entre la tonique et la dominante , le troisième degré , prend le nom de médiante.
Le septième degré, qui tient l'oreille en suspens, fait pressentir l'arrivée du premier degré ou octave , se nomme sensible.
Au-dessus de la tonique , le second degré s'appelle sus-tonique.
Le quatrième, qui vient immédiatement avant la dominante, s'appelle sous-dominante, et le sixième sus-dominante. En voici le tableau :
dIr|m|f|s|l|£
1'^'' degré 2* degré 3'^ degré 4" degré 5® degré 6® degré 7* degré
^""'1"^ Toïque ^^^''"^' Doïntnte'^^'"'"''"''^ Donnante ^''"*
La combinaison de ces diverses notes , avec-les valeurs et en les appelant successivement, peut former un chant , c'est ce que l'on désigne sous le nom de mélodie.
Si plusieurs sons se font entendre simultanément en s'accordant , ce que l'on obtient en frappant à la fois plusieurs touches du piano , ou en faisant jouer en même temps plusieurs instruments, on produit ce que l'on nomme harmonie.
Ces combinaisons sont soumises à des règles dont l'ensemble prend le même nom de traité d'harmonie.
Eh bien ! avons-nous trouvé quelque chose de difficile en tout cela ? demanda M. Baurel comme pour conclure. Rien , sans doute , et cependant , à part quelques détails que nous allons te faire connaître rapidement, ou plutôt te rappeler, nous savons tout ce qui est nécessaire à la lecture et à l'écriture. Je ne t'ai encore exercé qu'à la lecture , nous aborderons prochainement la dictée.
Ce dont il me reste à te parler, ce sont des mots ou des signes supplémentaires , en très-petit nombre , et concernant les mouvements ou autres menus détails.
Je t'ai dit que les sons varient par leur degré d'élévation, par leur durée; ils varient aussi par l'expression. Il faut indiquer ces variations. C'est à la langue italienne que l'on a eu recours ; il j a bien aussi quelques auteurs qui emploient pour cela le français. Je ne blâme pas ceux-ci, mais considérant que les mots italiens sont depuis longtemps d'un usage général , je préférerais les conserver, attendu que je les retrouverai sur toute espèce de musique , en quelque pajs qu'elle ait été gravée. Il n'en serait plus
de même, et je ne comprendrais pas si chaque peuple faisait usage de sa langue même pour ces indications. Nous conserverons dans la langue des sons les usages anciens.
Piano ou P . . . . faible.
Pianissimo ou PP PPP très-faible.
Forte owF . . . . fort.
Fortissimo ou FF FF F très-fort.
Mezzo-Forte ou MF. . demi-fort.
Mezzo voce ou sotto voce . à mi-voix.
Dolce doux.
Legato lié.
Espressivo .... avec expression.
Rittardando .... en ralentissant
Crescendo ou -=cC . . en croissant.
Diminuendo ou lirs»- . . en diminuant. Crescendo, puis dimi- ^
nuendo, -<! ::=^ . réunion des 2 expressions
Appogiando ou A • • en appuyant.
Staccato détaché.
Spiccato piqué.
Morendo en mourant.
Ces nuances j l'emploi de l'expression, donnent à la musique un charme spécial, en font ressortir les intentions.
Ces indications s'appliquent aux sons.
D'autres sont spéciales au mouvement. Le temps
est un régulateur, mais par lui-aiême il n'a aucune vitesse absolue. Il peut être battu plus ou moins lentement, c'est ce qui constitue le mouvement.
Le mouvement s'indique au moyen d'un instrument que l'on nomme métronome. Tu peux t'en faire une idée en songeant au balancier du coucou de la cuisine. Tu as vu que c'est une tige en métal qui est traversée d'un morceau de métal également , que l'on remonte ou que l'on descend. On le nomme contrepoids. Plus le contre-poids remonte, plus les mouvements sont rapides; plus il descend, plus les mouvements sont lents. C'est ainsi que l'on règle la vitesse des roues qui font marcber les aiguilles du coucou. Ce balancier se nomme pendule , d'où on a appelé de ce nom l'Horloge elle-même.
Supposons que la tige de métal soit graduée , ou , si tu aimes mieux , partagée en degrés , puis que , au commencement du morceau , on indique par un chiffre à quel point on doit placer le contre-poids et en même temps quelle valeur en unités comprendra un mouvement du pendule, on aura déterminé la vitesse.
En voici quelques exemples :
Métr. 30 = I signifiera qu'il faut placer le contrepoids en face du chiffre 30 et que chaque mouvement vaudra deux unités ou un temps binaire.
A ton tour. Que veut dire : Métr. 44 = i?
• — Placez le contre-poids en face du 44 , et chaque mouvement vaudra deux unités ou un temps binaire.
— Métr. 22= 0?
— Placez le contre-poids au 22 , et le mouvement vaudra une unité , un demi-temps binaire ou un tiers de temps ternaire.
— Cela suffit. Tu as compris. Voici les mots qui remplacent jusqu'à un certain point l'indication mathématique : *"
très-lent.
lent.
un peu moins lent.
encore un peu moins lent.
aisé.
un peu plus vite qu.' andante.
modéré.
gaiement.
diminutif d'allegro.
vif.
vite.
très- vite.
mouvement de marche.
Largo .
Lento .
Larghetto Adagio .
Andante.
Andantino Moderato Allegro .
A llegretto Viva.ce .
Presto .
Prestissimo.
Tempo di marcia
L'expression que nous avons vu s'appliquer à quelques sons séparés peut s'appliquer au morceau entier ou à une notable portion ; on la désigne par les mots :
Grave .
Maestoso
grave, ajestueux.
Sostennto AffecHwso Amoroso Gracioso Scherzando Con brio Con fnoco Agitato .
soutenu, affectueux, affectueux, gracieux, enjoué, avec éclat, avec feu.
agité.
Ou peut accentuer ces expressions en se servant des mots suivants que l'on ajoute aux premiers :
Un poco. • . .
un peu.
Molto . . .
beaucoup.
Assai .
assez.
Ma non troppo .
mais pas trop.
Pin ....
plus.
Enfin , il y a quelques autres termes que l'usage t'apprendra et parmi lesquels je te citerai :
Tempo primo , premier mouvement , lorsque ajant accidentellement pressé ou ralenti , on veut revenir au mouvement primitif;
Ad lihiUom ou apiacere, à volonté, lorsqu'on laisse au goût de l'exécutant le choix du mouvement dans un passage.
Notre leçon s'est allongée et j'ai hâte de la terminer, quelques minutes encore d'attention.
11 arrive qu'une phrase doit être reprise; pour ne point l'écrire deux fois, on emploie un signe de reprise.
Exemple :
Les deux points indiquent que l'on doit recomnaencer le passage entre les doubles barres , et le signe Se* marque un renvoi au commencement lorsque l'on est arrivé au bout et la reprise du commencement jusqu'aux barres oii se trouve le mot fin.
Si tu as bien compris , reprenons notre air d'une précédente leçon; que remarques-tu?
— Que la première phrase , ou les huit premières mesures , est semblable à la dernière , composée de huit mesures pareilles.
— Bien. Et après?
— Que la deuxième phrase , c'est-à-dire de la neuvième à la seizième mesure, est pareille à la troisième, qui se compose de la dix-septième à la vingt-quatrième mesure.
— Que conclure de là?
— Que l'on peut supprimer la troisième phrase et la quatrième en faisant usage des signes de reprise et de renvoi,
— Tu j es. Ecris donc à nouveau.
— Voici :
Fin.
Ri Ri iDe 1 : Si Si iFi Fi iMi Mi iRe
Di Di |Si Si |Li Li |Se |Fi Fi |Mi Mi |
— A merveille. Le signe )s pourrait être remplacé ici par les mots : da capo, qui signifient : au commencement.
En voilà assez , tu grilles d'aller te reposer en jouant, et moi je sens que ma vieille poitrine se fatigue et demande grâce.
A demain.
Lecture. — Dictée.
— Parrain, n'est-ce pas que je sais la musique? Claire me dit que non, je lui prétends que oui. Enfin, je me suis bien disputé, va.
« — Tu prononces des 12 3 4, mon pauvre Paul , disait-elle, mais tu ne sais pas chanter.
» — Moi , pas chanter, ma pauvre Claire; écoute, voici la retraite.
» — Belle histoire , des i et des o.
» — Tiens , un accord parfait.
» — C'est bien , mon cher ami , mais ce n'est pas grand'chose. Avoue que si tes camarades te demandaient une chanson , ils s'amuseraient peu à tes voyelles et à tes chiffres , à moins de s'en moquer. »
— Elle a peut-être raison , ma sœur. Qu'en distu, parrain?
— Elle a raison maintenant, répondit M. Baurel,
et nous n'aurons pas tort avant une heure. Jusqu'ici, mon cher enfant, je t'ai tenu aux principes sans te donner d'autre exercice qu'une application toute sèche. Récapitulons. Si je te présente un morceau , que feras-tu d'abord?
— Je nommerai les voyelles qui sont les valeurs.
— Bien , ce sera rhythmer. Et ensuite ?
— J'appellerai les chiffres selon les lettres qui me les représentent. Puis , je réunirai chiffres et valeurs.
— Fort bien. C'est ce que l'on appelle solfier. Et après ?
— C'est tout ce que tu m'as appris, bon ami.
— Et c'est quelque chose , mais Claire n'a pas tort, tout cela n'est pas encore chanter. On ferait rire les gens de cette façon. Es-tu réellement obligé de prononcer les noms des chiffres, et ne pourrais-tu te borner à faire des sons sur une voyelle unique , a par exemple?
— Il me semble que oui. Je vais essayer.
— C'est cela même, tu viens de vocaliser. Au lieu d'une voyelle qui ne te représente aucun sens , ne pourrais-tu prononcer des paroles ayant une signification ?
— Je ne crois que ce serait plus difficile.
— Nous allons voir.
M. Baurel écrivit :
Di Ko |Mi Fo |Ri Mo |Di So |Di Ro
Ap - pre - lions a - vec cons - tan - ce, bien - tôt
Fin. 2
|Mi Fo |Ri Mo |Di 0 II Ml Fo |Si Lo |Fi So nous sau-rons chan- ter. U faut de la per-sis
Da capo.
jMi Do |Mi Fo |Si Lo |Fi So JMi o \\ tan - ce et sans ces - se ré - pé - ter.
Paul ne fut pas gêné d'exécuter ces seize mesures. Quand il les eut dites une couple de fois , M. Baurel le laissa chanter seul la première partie et la commença lui-même quand l'enfant arriva à la seconde.
— Tiens! c'est joli, ça, fit Paul.
— Nous avons chanté à deux voix, nous avons exécuté un canon.
— Un canon ! qu'est-ce que cela?
— C'est un air qui se commence tour à tour par des voix difiFérentes et se sert d'accompagnement à lui-même. Celui-ci se chante à deux voix , c'est ce qu'indiquent les chiffres 1 et 2 qui se trouvent au commencement de chaque partie , de telle sorte que le premier chanteur étant arrivé au chiffre 2; le second chanteur commence à son tour au chiffre 1.
Maintenant que tu sais rhjthmer, solfier, vocaliser,
chanter, tu es capable d'apprendre seul tout ce que tu voudras, et j'ai terminé ma tâche.
— Comment ! tu m'abandonnes ! Mais que veuxtu que je fasse? Tiens, voici une jolie romance que chante Claire ; je voudrais bien l'apprendre, mais ces croches, ces noires, ces dièzes à la clef et tout le reste, je m'y embrouille, j'aime mieux ta musique.
— Que veux-tu que j'y fasse? Le marchand ne vend pas de ma musique , il n'en a pas.
— C'est bien dommage ! j'aurais tant voulu faire vme surprise à petite mère — et puis ça me vengerait des moqueries de Claire.... Enfin, n'en parlons plus.
— Quoi ! tu cèdes devant une difficulté ! Tu n'es pas un homme ! Il j a peut-être un mojen , mais je ne sais pas si tu sauras
— Comment, si je saurai, parrain ! Essaie un peu.
— Allons , tu ne manques plus de confiance. Il s'agit de te faire écrire toi - même en langue des sons.
La petite mine de Paul s'allongea.
— D'abord, fais-moi une gamme, puis l'accord parfait de la même gamme. Voici ton D.
M, Baurel donna à dessein une tonique un peu haute , son élève s'en plaignit.
— Recommençons d'autre façon.
Et lui donnant une tonique un peu basse, il lui fit faire une gamme descendante.
— Ça ne va pas, parrain; tout à l'heure nous étions au grenier, nous sommes maintenant à la cave.
— Soit, prenons un intermédiaire.
DRMFSLBDDBLSFMRD||l).\lSDi)SMD||
L'enfant répéta plusieurs fois la gamme , atin de s'assurer que son oreille était bien façonnée à la tonalité.
— Comme il est bon , nécessaire même, continua M. Baurel , de convenir du point de départ de la tonique, notre premier degré ou numéro 1, il faut que nous puissions désigner cette tonique , comme son , aussi exactement que nous indiquons le mouvement.
Or, je t'ai dit que les sons des notes avaient été établis à l'aide de calculs mathématiques très-précis. L'un de ces sons a été choisi comme tjpe, ainsi que dans nos mesures de longueur on a établi le mètre comme point de départ , le gramme dans les mesures de pesanteur, etc. Le son type est la sixième note de la gamme , le la. Un petit instrument en acier, que l'on nomme diapason , donne en vibrant , lorsqu'on le frappe, le son du la.
Tu vois déjà le mécanisme. Nous écrirons en tête du morceau le mot diapason , et à côté la lettre de la note qui devra avoir le même son que le diapason.
Exemple : Diapason L signifiera que la sixième note ou L aura le son du diapasoQ , sera le diapason lui-même. Nous remontons en disant L B D , et nous avons alors la tonique supérieure de laquelle il sera facile de revenir à la tonique inférieure.
Diapason M signifiera que la 3° note ou M aura le son du diapason. Pour retrouver le 1 ou D , il suffira de descendre de M R D.
Diapnson S signifie que le 5^ degré sera le son donné par le diapason ; en faisant l'accord S M D nous retrouverons sans peine la tonique.
— Saisi ! interjeta Paul.
Alors M. Baurel , pour premier exercice, lui fit entendre d'abord des intervalles sans égard pour les valeurs ; Paul écrivait la lettre correspondante au son émis et nommait le chiffre en même temps.
Puis il fit la contre-partie, battant des valeurs que l'enfant écrivait en voyelles et nommait également en désignant le nombre d'unités.
Pour troisième exercice , le patient professeur unit les deux difficultés, donnant des sons mesurés. Paul comprit le mécanisme de la dictée et y prenait un réel intérêt , lorsque le vieillard lui dit :
— Je ne veux pas te fatiguer trop en un jour ; nous exercerons plus tard. Aujourd'hui, pour récompense de ton application , je vais te dicter m^ même en lettres la romance objet de tes désirs.