om, y ABC. 42. que vos adversaires fussent C
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qu’il tient, par exemple, qu'on ne peut résister à la grâce , ceux qui refuseroient de le condamner seroient heretiques. Mais, lors que vous disputez de son sens, et qu’ils croyent que selon sa doctrine on peut résister à la grâce , vous n’avez aucun sujet de les traiter d’heretiques, quelque heresie que vous luy attribuiez vous mesmes ; puisqu’ils condamnent le sens que vous y supposez, et que vous n’oseriez condamner le sens qu’ils y supposent. Si vous voulez donc les convaincre, monstrez que le sens qu’ils attribuent à Jansenius est heretique : car alors ils le seront eux-mesmes. Mais comment le pourriez vous faire ; puisqu’il est constant, selon vostre propre aveü, que celuy qu’ils luy donnent n’est point condamné?
Pour vous le monstrer clairement, je prendray pour principe ce que vous reconnoissez vous-mesmes, que la doctrine de la grâce efficace n'a point esté condamnée , et que le Pape n'y a point touché par sa Constitution. Et en effet, quand il voulut juger des 5 propositions, le point de la grâce efficace fust mis à couvert de toute censure. C’est ce qui paroist parfaitement par les Avis des Consulteurs ausquels le Pape les donna à examiner. J’ay ces Avis entre mes mains, aussi bien que plusieurs personnes dans Paris, et entr’autres M. l’Evesque de Montpelier, qui les apporta de Rome. On y voit que leurs opinions furent partagées, et que les principaux d’entr’eux, comme le Maistre du sacré Palais, le Commissaire du saint Office, le General des Augustins, et d’autres, croyant que ces propositions pouvoient estre prises au sens de la grâce efficace, furent d’avis qu’elles ne dévoient point estre censurées ; au lieu que les autres, demeurant d’accord qu’ elles n’eussent pas deu estre condamnées si elles eussent eü ce sens, estimèrent qu’ elles le dévoient estre ; parce que, selon ce qu’ils déclarent, leur sens propre et naturel en estoit tres-éloigné. Et c’est pourquoy le Pape les condamna, et tout le monde s’est rendu à son jugement.
Il est donc seür, mon Pere, que la grâce efficace n’a point esté condamnée. Aussi est-elle si puissamment soutenuë par S. Augustin, par S. Thomas et toute son Ecole, par tant de Papes et de Conciles, et par toute la Tradition, que ce seroit une impiété de la taxer d’heresie. Or tous ceux que vous traitez d’heretiques déclarent qu’ils ne trouvent autre chose dans Jansenius que cette doctrine de la grâce efficace. Et c’est la seule chose qu’ils ont soutenuë dans Rome. Vousmesme l’avez reconnu, CavilU , p. 35, où vous avez déclaré
qu'en parlant devant le Pape ils ne dirent aucun mot des Propositions, ne verbum quidem , et qu'ils employèrent tout le temps à parler de la grâce efficace. Et ainsi, soit qu’ils se trompent ou non dans cette supposition, il est au moins sans doute 5 que le sens qu’ils supposent n’est point heretique, et que par conséquent ils ne le sont point. Car, pour dire la chose en deux mots, ou Jansenius n’a enseigné que la grâce efficace, et en ce cas il n’a point d’erreurs ; ou il a enseigné autre chose, et en ce cas il n’a point de défenseurs. Toute la 10 question est donc de sçavoir si Jansenius a enseigné en effet autre chose que la grâce efficace ; et si l’on trouve que oüy, vous aurez la gloire de l’avoir mieux entendu, mais ils n’auront point le malheur d’avoir erré dans la foy.
Il faut donc louer Dieu, mon Pere, de ce qu’il n’y a point 15 en effet d’heresie dans l’Eglise ; puisqu’il ne s’agit en cela que d’un point de fait, qui n’en peut former. Car l’Eglise décidé les points de foy avec une autorité divine, et elle retranche de son corps tous ceux qui refusent de les recevoir ; mais elle n’en use pas de mesme pour les choses de fait. Et 20 la raison en est que nostre salut est attaché à la foy, qui nous a esté revelée et qui se conserve dans l’Eglise par la tradition, mais qu’il ne dépend point des autres faits particuliers, qui n’ont point esté revelez de Dieu. Ainsi on est obligé de croire que les commandemens de Dieu ne sont pas impossibles, mais 25 on n’est pas obligé de sçavoir ce que Jansenius a enseigné sur ce sujet. C’est pourquoy Dieu conduit l’Eglise, dans la détermination des points de la foy, par l’assistance de son esprit qui ne peut errer ; au lieu que, dans les choses de fait, il la laisse agir par les sens et par la raison, qui en sont 30 naturellement les juges. Car il n’y a que Dieu qui ait pû instruire l’Eglise de la foy ; mais il n’y a qu’à lire Jansenius pour sçavoir si des propositions sont dans son livre. Et de là vient que c’est une heresie de résister aux decisions de foy, parce que c’est opposer son esprit propre à l’esprit de Dieu. 35 Mais ce n’est pas une heresie, quoy que ce puisse estre une témérité, que de ne pas croire certains faits particuliers ; parce que ce n’est qu’opposer la raison, qui peut estre claire, à une autorité qui est grande, mais qui en cela n’est pas infaillible.
40 C’est ce que tous les Théologiens reconnoissent, comme il paroist par cette maxime du cardinal Bellarmin, de vostre Société : Les Conciles generaux et légitimés ne peuvent errer en définissant les dogmes de foy ; mais ils peuvent errer en des
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questions de fait. Et ailleurs : Le Pape comme Pape, et mesme à la teste d’un Concile universel, peut errer dans les controverses particulières de fait, qui dépendent principalement de X information et du témoignage des hommes. Et le cardinal Baronius de mesme : Il faut se soûmettre entièrement aux decisions des Conciles dans les points de foy ; mais, pour ce qui concerne les personnes et leurs escrits, les censures qui en ont esté faites ne se trouvent pas avoir esté gardées avec tant de rigueur, parce qu’il n’y a personne à qui il ne puisse arriver d’y estre trompé. C’est aussi pour cette raison que M. l’Archevesque de Toulouse a tiré cette réglé des lettres de deux grands Papes, Saint Leon et Pelage II, Que le propre objet des Conciles est la foy, et que tout ce qui s’y résout hors la foy peut estre reveü et examiné de nouveau ; au lieu qu’on ne doit plus examiner ce qui a esté décidé en matière de foy, parce que, comme dit Tertullien, la réglé de la foy est seule immobile et irretractable.
De là vient qu’au lieu qu’on n’a jamais veu les Conciles generaux et légitimés contraires les uns aux autres dans les points de foy, parce que, comme dit M. de Toulouse, il n’est pas seulement permis d’examiner de nouveau ce qui a esté desja décidé en matière cle foy, on a veu quelquefois ces mesme Conciles opposez sur des points de fait où il s’agissoit de l’intelligence du sens d’un Auteur parce que, comme dit encore M. de Toulouse, après les Papes qu’il cite, tout ce qui se résout dans les Conciles hors la foy peut estre reveü et examiné de nouveau. C’est ainsi que le IV et le V Concile paroissent contraires l’un à l’autre en l’interpretation des mesmes Auteurs : et la mesme chose arriva entre deux Papes sur une proposition de certains Moynes de Scythie. Car, après que le Pape Hormisdas l’eut condamnée en l’entendant en un mauvais sens, le Pape Jean II, son successeur, l’examinant de nouveau et l’entendant en un bon sens, l’approuva et la déclara catholique. Diriez-vous pour cela qu’un de ces Papes fust heretique ? Et ne faut-il donc pas avoüer que, pourveu que l’on condamne le sens heretique qu’un Pape auroit supposé dans un escrit, on n’est pas heretique pour ne pas condamner cét escrit en le prenant en un sens qu’il est certain que le Pape n’a pas condamné ; puisque autrement l’un de ces deux Papes seroit tombé dans l’erreur ?
J’ay voulu, mon Pere, vous accoustumer à ces contrarietez, qui arrivent entre les catholiques sur des questions de fait