‹ Les lettres provinciales de Blaise PascalChapitre 107 sur 172 · conciles A h · texte numérisé non relu

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touchant l’intelligence du sens d’un autheur, en vous monstrant sur cela un Pere de l’Eglise contre un autre, un Pape contre un Pape, et un Concile contre un Concile, pour vous mener de là à d’autres exemples d’une pareille opposition, 5 mais plus disproportionnée. Car vous y verrez des Conciles et des Papes d’un costé, et des Jésuites de l’autre, qui s’opposeront à leurs decisions touchant le sens d’un auteur, sans que vous accusiez vos confrères, je ne dis pas d’heresie, mais non pas mesme de témérité.

10 Vous sçavez bien, mon Pere, que les écrits d’Origene furent condamnez par plusieurs Conciles et par plusieurs Papes, et mesme par le Y Concile general, comme contenant des heresies, et entr’autres celle cle la réconciliation des démons au jour du jugement. Croyez-vous sur cela qu’il soit d’une 15 nécessité absoluë, pour estre catholique, de confesser qu’Origene a tenu en effet ces erreurs ; et qu’il ne suffise pas de les condamner sans les luy attribuer ? Si cela estoit, que deviendrait vostre Pere Halloix, qui a soûtenu la pureté de la foy d’Origene, aussi bien que plusieurs autres catholiques qui ont 20 entrepris la mesme chose, comme Pic de la Mirande et Genebrard, Docteur de Sorbonne ? Et n’est-il pas certain encore que ce mesme V Concile General condamna les écrits de Theodoret contre S. Cyrille, comme impies, contraires à la vraie foy , et contenant Vheresie Nestorienne ? Et cependant le P. 25 Sirmond, Jesuite, n’a pas laissé de le deffendre, et de dire, dans la vie de ce Pere, que ces mesmes écrits sont exempts de cette heresie Nestormme.

Vous voyez donc, mon Pere, que, quand l’Eglise condamne des écrits, elle y suppose une erreur qu’elle y condamne, et 30 alors il est de foy que cette erreur est condamnée ; mais qu’il n’est pas de foy que ces écrits contiennent en effet l’erreur que l’Eglise y suppose. Je croy que cela est assez prouvé ; et ainsi je finiray ces -exemples par celuy du Pape Honorius, dont l’histoire est si connuë. On sçait qu’au commencement 35 du vu siècle, l’Eglise estant troublée par l’heresie des Monothelites, ce Pape, pour terminer ce different, fit un Decret qui sembloit favoriser ces beretiques : de sorte que plusieurs en furent scandalisez. Cela se passa neantmoins avec peu de bruit souz son Pontificat ; mais, cinquante ans après, l’Eglise 40 estant assemblée dans le YI Concile General, où le Pape Agathon presidoit par ses Légats, ce Decret y fust déféré ; et, après avoir esté leü et examiné, il fust condamné comme

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