‹ Les lettres provinciales de Blaise PascalChapitre 11 sur 172 · RESPONSE DU PROVINCIAL · texte numérisé non relu

RESPONSE DU PROVINCIAL

Aux deux premières lettres de son amy du 2 Février 1656. Monsieur,

Vos deux lettres n’ont pas esté pour moy seul. Tout le monde les voit, tout le monde les entend ; tout le monde les croit. Elles ne sont pas seulement estimées par les Théologiens : elles sont encore agréables aux gens du monde, 5 et intelligibles aux femmes mesmes.

Voicy ce que m’en escrit un de Messieurs de l’Academie, des plus illustres entre ces hommes tous illustres, qui n’avoit encore veü que la première : Je voudrois que la Sorbonne qui doit tant à la mémoire de feu Mr le Cardinal , voulust recon- 10 noisire la jurisdiction de son Academie françoise. L'auteur de la Lettre seroit content ; car en qualité d' Académicien, je condamnerois d'autorité , je bannir ois, je proscrirois, peu s'en faut que je ne die j' exterminer ois de tout mon pouvoir ce pouvoir prochain , qui fait tant de bruit pour rien , et sans 15 sçavoir autrement ce qu'il demande. Le mal est que nostre pouvoir Academique est un pouvoir fort éloigné et borné. J'en suis marry : et je le suis encore beaucoup, de ce que tout mon petit pouvoir ne sçauroit m' acquitter envers vous, etc.

Et voicy ce qu’une personne, que je ne vous marqueray 20 en aucune sorte, en écrit à une Dame qui luy avoit fait tenir la lre de vos lettres : Je vous suis plus o> ligée que vous ne pouvez vous l'imaginer de la lettre que vous m'avez envoyée ; elle est tout à fait ingénieuse , et tout à fait bien écrite. Elle narre sans narrer; elle éclaircit les affaires du monde les 25 plus embrouillées; elle raille finement; elle instruit mesme ceux qui ne sçavent pas bien les choses ; elle redouble le plaisir de ceux qui les entendent. Elle est encore une excellente apologie, et si Von veut une délicate et innocente Censure. Et il y a enfin tant d’art, tant d’esprit et tant de

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