‹ Les lettres provinciales de Blaise PascalChapitre 10 sur 172 · om. en C. 13. et Ca’vin B. 14. pour discerner l’erreur de · texte numérisé non relu

om. en C. 13. et Ca’vin B. 14. pour discerner l’erreur de

cette heresie C. 34. n’y serez par receus B?C. 37 sera en effet leur

grâce suffisante qui passera pour établie et non pas la vostre qui ne l’est que de nom C.

Nous souffririons tous le martyre, luy dit le Pere, pîutost que de consentir à l’establissement de la grâce suffisa?ite au sens des Jésuites , Saint Thomas, que nous jurons de suivre jusques à la mort, y estant directement contraire. A quoy 5 mon amy, plus serieux que moy, luy dit : Allez, mon Pere, vostre Ordre a receu un honneur qu’il ménage mal. Il abandonne cette grâce qui luy avait esté confiée, et qui n’a jamais esté abandonnée depuis la création du monde. Cette grâce victorieuse qui a esté attenduë par les Patriarches, 10 prédite par les Prophètes, apportée par Jesus-Christ, preschée par saint Paul, expliquée par saint Augustin, le plus grand des Peres, maintenue par ceux qui l’ont suivy, confirmée par saint Bernard, le dernier des Peres, soutenuë par saint Thomas, l’ange de l’école, transmise de luy à vostre 15 Ordre, appuyée par tant de vos Peres, et si glorieusement deffenduë par vos Religieux sous les papes Clement et Paul : Cette grâce efficace, qui avoit esté mise comme en dépost entre vos mains pour avoir, dans un saint Ordre à jamais durable, des Prédicateurs qui la publiassent au monde jus- 20 ques à la fin des temps, se trouve comme délaissée pour des interests si indignes. Il est temps que d’autres mains s’arment pour sa querelle. Il est temps que Dieu suscite des disciples intrépides au Docteur de la grâce qui, ignorans les engagements du siecle, servent Dieu pour Dieu. La 25 grâce peut bien n’avoir plus les Dominicains pour défenseurs, mais elle ne manquera jamais de défenseurs ; car elle les forme elle-mesme par sa force toute-puissante. Elle demande des cœurs purs et dégagez, et elle-mesme les purifie et les dégage des interests du monde, incompatibles avec 30 les veritez de l’Evangile. Prévenez ces menaces, mon Pere, et prenez garde que Dieu ne change ce flambeau de sa place, et ne vous laisse dans les tenebres et sans couronne.

Il en eust bien dit davantage, car il s’échauffoit de plus en plus. Mais je l’interrompis, et dis en me levant : En vérité, 35 mon Pere, si j’avois du crédit en France, je ferois publier à son de trompe : On fait a sçavoir que, quand les Jacobins disent que la grâce suffisante est donnée à tous , ils entendent que tous n'ont pas la grâce qui suffit e ffectivement . Apres quoy, vous le diriez tant qu’il vous plairoit, mais non pas 40 autrement. Ainsi finit nostre visite.

1. souffrirons .4 . 5. om. plus . . . moy C. 12. embrassée par ceux C.

23. B. Docteur B. 30. Pensez y bien mon Pere B2C. 32. qu’il ne

vous B2C ; sans couronne, pour punir la froideur que vous avez pour une cause si importante à son Eglise B2C.

DEUXIEME LETTRE

Vous voyez donc par là que c’est icy une suffisance politique pareille au pouvoir 'prochain. Cependant je vous diray qu’il me semble qu’on peut sans péril douter du pouvoir p>rochain et de cette grâce suffisante , pourveue qu’on ne soit pas Jacobin. 5

En fermant ma lettre, je viens d’aprendre que la censure est faite ; mais, comme je ne sçay pas encore en quels termes, et qu’elle ne sera publiée que le 15 Février, je ne vous en parleray que par le premier ordinaire.

Je suis, etc.

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