om. mais C. 22. consistoit donc JPC, 25. les Docteurs
Molinistes B2C.
TROISIEME LETTRE
plus haute marque peut-on produire de la vérité de la foi de cét illustre accusé ?
D’où vient, disent-ils, qu’on pousse tant d’imprécations qui se trouvent dans cette Censure, où l’on assemble tous les plus terribles termes de poison, de peste, d'horreur , de témérité, d'impieté, de blasphème, d' abomination, d' exécration, d' anathème, d'heresie, qui sont les plus horribles expressions qu’on pourroit former contre Arius, et contre l’Antéchrist mesme, pour combattre une heresie imperceptible, et encore sans la découvrir? Si c’est contre les paroles des Peres qu’on agit de la sorte, où est la foy et la Tradition ? Si c’est contre la proposition de M. Arnauld? Qu’on nous monstre en quoy elle en est differente, puis qu’il ne nous en paroist autre chose qu’une parfaite conformité. Quand nous en reconnoistrons le mal, nous l’aurons en détestation ; mais, tant que nous ne le verrons point, et que nous n’y verrons que les sentimens des saints Peres conceiis et exprimez en leurs propres termes, comment pourrions nous l’avoir sinon en une sainte vénération ?
Voila de quelle sorte ils s’emportent ; mais ce sont des gens trop penetrans. Pour nous, qui n’approfondissons pas tant les choses, tenons-nous en repos sur le tout. Voulons nous estre plus sçavans que Messieurs nos Maistres ? N’entreprenons pas plus qu’eux. Nous nous égarerions dans cette recherche. Il ne faudroit rien pour rendre cette Censure heretique. La vérité est si délicate que, si peu qu’on s’en retire, on tombe dans l’erreur ; mais cette erreur est si deliée que, sans mesme s’en éloigner, on se trouve dans la vérité. Il n’y a qu’un point impeiceptible entre cette proposition et la foy. La distance en est si insensible que j’ay eu peur, en ne la voyant pas, de me rendre contraire aux Docteurs de l’Eglise pour me rendre trop conforme aux Docteurs de Sorbonne. Et, dans cette crainte, j’ay jugé necessaire de consulter un de ceux qui furent neutres dans la première question pour apprendre de luy la chose véritablement. J’en ay donc veu un fort habile, que je priay de me vouloir marquer les circonstances de cette différence, parce que je luy confessay franchement que je n’y en voyois aucune.
A quoy il me répondit en riant : Que vous estes simple de
1. om. de la vérité G. 5. tous ces termes de B2G. 16. n’y trouvons B2G. 23. om. Messieurs BG. 26. pour peu qu’on s’en éloigne B2 ;
om. s. p. q. s. y. G. 34. qui par politique furent B2G. 39. riant comme
s’il eust pris plaisir à ma naïveté A BG.
croire qu’il y en ait ! Et où pourroit-elle estre ? Vous imaginez vous que si l’on en eût trouvé quelqu’une, on ne l’eust pas marquée hautement, et, qu’on n’eust pas esté ravi de l’exposer à la veuë de tous les peuples dans l’esprit 5 desquels on veut décrier M. Arnauld? Je reconnus bien à ce peu de mots que tous ceux qui estoient neutres dans la première question, ne l’eussent pas esté dans la seconde. Je ne laissay pas d’oüyr ses raisons, et de luy dire : Pourquoy donc ont-ils attaqué cette proposition? A quoy il me re- 10 partit ; Ignorez-vous que M. Arnauld a toûjours esvité de dire rien qui ne fust puissamment fondé sur la tradition de l’Eglise ; et que ses ennemis ont neantmoins résolu de l’en retrancher à quelque prix que ce soit ; et qu’ainsi, les escrits de l’un ne donnant aucune prise aux desseins des autres, 15 ils ont esté contraints, pour satisfaire leur passion, de prendre une proposition telle quelle, et de la condamner sans dire en quoy ny pourquoy? Car ne sçavez-vous pas comment les Jansénistes les tiennent en eschec, et les pressent si furieusement que la moindre parole qui leur échape contre les 20 principes des Peres, on les voit incontinent accablez par des volumes entiers où ils sont forcez de succomber? De sorte qu’apres tant d’épreuves de leur foiblesse, ils ont jugé plus à propos et plus facile de censurer que de repartir, parce qu’il leur est bien plus aisé de trouver des Moines que des 25 raisons.
Mais quoy, luy dis-je, la chose estant ainsi, leur censure est inutile. Car quelle creance y aura-t-on en la voyant sans fondement, et ruinée par les responses qu’on y fera? Si vous connoissiez l’esprit du peuple, me dit mon Docteur, 30 vous parleriez d’une autre sorte. Leur censure, toute censurabîe qu’elle est, aura presque tout son effet pour un temps, et, quoy qu’à force d’en monstrer l’invalidité, il soit certain qu’on la fera entendre, il est aussi véritable que d’abord la pluspart des esprits en seront aussi fortement frappez que de 35 la plus juste du monde. Pourveu qu’on crie dans les ruës : Voicy la censure de M. Arnauld. Voicy la condamnation des Jansénistes ; les Jésuites auront leur compte. Combien y en aura-t-il peu qui la lisent ? Combien peu de ceux qui la liront, qui l’entendent? Combien peu qui aperçoivent 40 qu’elle ne satisfait point aux Objections ? Qui croyez-vous
5. M. Arnauld? Mais, luy dis-je; Pourquoy A. 6. avoient esté BC. 8. neanmoins de vouloir oiiyr B2 O. 11. rien dire ('.
TROISIÈME LETTRE
qui prenne les choses à cœur, et qui entreprenne de les examiner à fond? Voyez donc combien il y a d’utilité en cela pour les ennemis des Jansénistes. Ils sont seurs par là de triompher, quoy que d’un vain triomphe à leur ordinaire au moins durant quelques mois. C’est beaucoup pour eux, 5 ils chercheront ensuite quelque nouveau moyen de subsister.
Ils vivent au jour la journée. C’est de cette sorte qu’ils se sont maintenus jusques à présent, tantost par un catéchisme où un enfant condamne leurs adversaires ; tantost par une procession où la grâce suffisante mene l’efficace en triomphe ; 10 tantost par une comedie où les diables emportent Jansenius ; une autrefois par un Almanach, maintenant par cette censure.
En vérité, luy dis-je, je trouvois tantost à redire au procédé des Molinistes ; mais apres ce que vous m’avez dit, j’admire 15 leur prudence et leur politique. Je voy bien qu’ils ne pouvoient rien faire de plus judicieux ni de plus seur. Vous l’entendez, me dit-il : leur plus seur parti a toujours esté de se taire. Et c’est ce qui a fait dire à un sçavant Théologien, Que les plus habiles d’entre eux sont ceux qui intri- 20 guent beaucoup, qui parlent peu, et qui n’escrivent point.
C’est dans cet esprit que, dés le commencement des assemblées, ils avoient prudemment ordonné que, si M. Arnauld venoit en Sorbonne, ce ne fust que pour exposer simplement ce qu’il croyoit, et non pas pour y entrer en lice 25 contre personne. Les examinateurs s’estant voulu un peu écarter de cette méthode, ils ne s’en sont pas bien trouvez.
Ils se sont veus trop vertement réfutez par le second Apologétique.
C’est dans ce mesme esprit qu’ils ont trouvé cette rare et 30 toute nouvelle invention de la demy-heure et du sable. Ils se sont délivrez par là de l’importunité de ces fascheux Docteurs qui prenoient plaisir à réfuter toutes leurs raisons, à produire les livres pour les convaincre de fausseté, à les sommer de respondre, et à les réduire à ne pouvoir repli- 35 quer.
Ce n’est pas qu’ils n’ayent bien veu que ce manquement de liberté, qui avoit porté un si grand nombre de Docteurs à se retirer des assemblées, ne feroit pas de bien à leur Censure, et que l’acte de M. Arnauld, seroit un mauvais 40
28. trop fortement BïC. 32. de ces Docteurs qui entre prenoient de . . . de . . . de B*C. 40. l’acte de protestation de nullité qu’en avoit fait M. Arnauld dés avant qu’elle fut conclue B2C,
préambule pour la faire recevoir favorablement. Ils croyent assez que ceux qui ne sont pas duppes considèrent pour le moins autant le jugement de 70 Docteurs qui n’avoient rien à gagner en deffendant M. Arnauld, que celuy d’une centaine 5 d’autres qui n’avoient rien à perdre en le condamnant.
Mais apres tout ils ont pensé que c’estoit toûjoui s beaucoup d’avoir une censure, quoy qu’elle ne soit que d’une partie de la Sorbonne et non pas de tout le coips; quoy qu’elle soit faite avec peu ou point de liberté, et obtenuë par 10 beaucoup de menus moyens qui ne sont pas des p^s réguliers ; quoy qu’elle n’explique rien de ce qui pouvoit estre en dispute, quoy qu’elle ne marque point en quoy consiste cette heresie, et qu’on y parle peu, de crainte de se méprendre. Ce silence mesme est un mysteie pour les simples; et la 15 Censure en tirera cet avantage singulier, que les plus critiques et les plus subtils Théologiens n’y pourront trouver aucune mauvaise raison.
Mettez-vous donc l’esprit en repos, et ne craignez point d’estre heretique en vous servant de la proposition con- 20 damnée. Elle n’est mauvaise que dans la seconde Lettre de M. Arnauld. Ne vous en voulez vous pas fier à ma parole ; croyez en M. le Moyne, le plus ardent des Examinateurs, qui a dit encore ce matin à un Docteur de mes amis, sur ce qu’il luy demandoit, en quoy consiste cette différence dont il 25 s’agit, et s’il ne seroit plus permis de dire ce qu’ont dit les Peres. Cette proposition, luy a-t-il excellemment répondu, seroit catholique dans une autre bouche. Ce n'est que dans M. Arnauld que la Sorbonne l’a condamnée. Et ainsi admirez les machines du Molinisme, qui font dans l’Eglise de 80 si prodigieux renversemens : Que ce qui est catholique dans les Peres devient heretique dans M. Arnauld ; Que ce qui estoit heretique dans les Semipelagiens devient orthodoxe dans les escrits des Jésuites ; Que la doctrine si ancienne de S. Augustin est une nouveauté insupportable, et que les in- 85 ventions nouvelles qu’on fabrique tous les jours à nostre veuë, passent pour l’ancienne foy de l’Eglise. Sur cela, il me quitta.
Cette instruction m’a ouvert les yeux. J’y ay compris que c’est icy une heresie d’une nouvelle espece. Ce ne sont pas 40 les sentimens de M. Arnauld qui sont heretiques ; ce n’est que sa personne. C’est une heresie personnelle. Il n’est pas