pas préoccupez BPC. 8. m’a seroy BC. 23. dit en parlant
fPC, 24. amis qui luy d B2C. 38. m’a servi B2C.
TROISIEME LETTRE
heretique pour ce qu’il a dit ou escrit, mais seulement pour ce qu’il est M. Arnauld. C’est tout ce qu’on trouve à redire en luy. Quoy qu’il fasse, s’il ne cesse d’estre, il ne sera jamais bon catholique. La grâce de B. Augustin ne sera jamais la véritable tant qu’il la deffendra. Elle le deviendroit 5 s’il venoit à la combattre. Ce seroit un coup sûr, et presque le seul moyen de l’établir et de destruire le Molinisme, tant il porte de malheur aux opinions qu’il embrasse.
Laissons donc là leurs differens. Ce sont des disputes de Théologiens, et non pas de Théologie. Nous, qui ne sommes 10 point Docteurs, n’avons que faire à leurs démeslez. Apprenez des nouvelles de la Censure à tous nos amis ; et aymez-moy autant que je suis,
Monsieur,
Vostre tres-humble et tres-obeïssant serviteur,
QUATRIÈME LETTRE
ESCEITE A UN PROVINCIAL PAR UN DE SES AMIS
De Paris, ce 25 Février 1656.
Monsieur,
Il n’est rien tel que les Jésuites. J’ay bien veu des Jacobins, des Docteurs et de toute sorte de gens, mais une pareille visite manquoit à mon instruction. Les autres ne font que les copier. Les choses valent tousjours mieux dans leur 5 source. J’en ay donc veu un des plus habiles, et j’y estois accompagné de mon fidele Janséniste qui fut avec moy aux » Jacobins. Et comme je souhaittois particulièrement d’estre
éclaircy sur le sujet d’un different qu’ils ont avec les Jansénistes touchant ce qu’ils appellent la grâce actuelle , je dis à 10 ce bon Pere ; Que je luy serois fort obligé s’il vouloit m’en instruire, que je ne sçavois pas seulement ce que ce terme signifioit, et je le priay de me l’expliquer. Très volontiers, me dit-il, car j’aime les gens curieux ; En voici la définition : nous appelons grâce actuelle une inspiration de Dieu par 15 laquelle il nous fait connoistre sa volonté, et par laquelle il nous excite à la vouloir accomplir. Et en quoy, luy dis-je, estes-vous en dispute avec les Jansénistes sur ce sujet ? C’est, me respondit-il, en ce que nous voulons que Dieu donne des grâces actuelles à tous les hommes à chaque 20 tentation, parce que nous soustenons que, si l’on n’avoit pas à chaque tentation la grâce actuelle pour n’y point pecher, quelque péché que l’on commist, il ne pourrait jamais estre imputé. Et les Jansénistes disent au contraire, que les pechez commis sans grâce actuelle ne laissent pas d’estre im- 25putez. Mais ce sont des resveurs. J’entrevoyois ce qu’il vouloit dire ; mais pour le luy faire encore expliquer plus clairement, je luy dis : Mon Pere, ce mot de grâce actuelle me
Title. om. Escrite . . . amis C. 6. vint C. 11. et que je C. 12. om. et C.
QUATRIEME LETTRÉ 3
broüille ; je n’y suis pas accoustumé ; si vous aviez la bonté de me dire la mesme chose sans vous servir de ce terme, vous m’obligeriez infiniment. Oüy, dit le Pere, c’est à dire que vous voulez que je substitué la définition à la place du definy ; cela ne change jamais le sens du discours, je le veux bien. Nous soustenons donc comme un principe indubitable qu'une action ne peut estre imputée à péché , si Dieu ne nous donne, avant que de la commettre, la connoissance du mal qui y est et une inspiration qui nous excite à l'éviter. M’entendezvous maintenant ?
Estonné d’un tel discours, selon lequel tous les pechez de surprise et ceux qu’on fait dans un entier oubly de Dieu ne pourroient estre imputez, je me tournay vers mon Janséniste, et je connus bien à sa façon qu’il n’en croyoit rien. Mais, comme il ne respondoit mot, je dis à ce Pere : Je voudrois, mon Pere, que ce que vous dites fust bien véritable, et que vous en eussiez de bonnes preuves. En voulezvous? me dit-il aussi-tost. Je m’en vay vous en fournir, et des meilleures; laissez-moy faire. Sur cela, il alla chercher ses livres. Et je dis cependant à mon amy : Y en a-til quelqu’autre qui parle comme celui-cy? Cela vous est-il si nouveau? me respondit-il. Faites estât que jamais les Peres, les Papes, les Conciles, ni l’Escriture, ni aucun livre de pieté, mesme dans ces derniers temps, n’ont parlé de cette sorte ; mais que, pour des Casuistes, et des nouveaux Scholastiques, il vous en apportera un beau nombre. Mais quoy, luy dis-je, je me moque de ces auteurs-là, s’ils sont contraires à la Tradition. Vous avez raison, me dit-il. Et à ces mots le bon Pere arriva chargé de livres ; et m’offrant le premier qu’il tenoit : Lisez, me dit-il, la Somme des Pechez du Pere Bauny que voicy, et de la cinquième édition encore, pour vous monstrer que c’est un bon livre. C’est dommage, me dit tout bas mon Janséniste, que ce livre là ait esté condamné à Rome, et par les Evesques de France. Voyez, me dit le Pere, la page 906. Je leus donc, et je trouvay ces paroles : Four pecher et se rendre coupable devant Dieu, il faut sçavoir que la chose qu'on veut faire ne vaut rien, ou au moins en douter, craindre, ou bien juger que Dieu ne prend plaisir à l'action à laquelle on s'occupe, qu'il la défend, et nonobstant la faire, franchir le sault, et passer outre.
13. imputez, puis qu'avant de les commettre on n’a ny la connoissance du mal qui y est ny la pensée de l’eviter C. 15. resp. point C. 18. vas B.
Voila qui commence bien, luy dis-je : Voyez cependant, me dit-il, ce que c’e9t que l'envie ! C’estoit sur cela que M. Hallier, avant qu’il fut de nos amis, se mocquoit du P. Bauny, et luy appliquoit ces paroles. Ecce qui tollit ôpeccata mundi ; Voila celuy qui oste les pechez du monde. Il est vray, luy dis-je, que voila une rédemption toute nouvelle selon le P. Bauny.
En voulez- vous, adjousta-t-il, une autorité plus authentique ? Voyez ce livre du P. Annat. C’est le dernier qu’il a 10 fait contre M. Arnaud ; lisez la page 34, où il y a une oreille, et voyez les lignes que j’ay marquées avec du crayon ; elles sont toutes d’or. Je leus donc ces termes. Celuy qui n'a aucune pensée de Dieu ni de ses pechez , ny aucune appréhension c’est à dire, à ce qu’il me fit entendre, aucune conl5noissance, de l'obligation d'exercer des actes d'amour de Dieu ou de contrition , n'a aucune grâce actuelle pour exercer ces actes , mais il est vray aussi qu'il ne fait aucun péché en les omettant, et que, s'il est damné, ce ne sera pas en punition de cette omission. Et quelques lignes plus bas : Et on peut 20 dire la mesme chose d'une coupable commission.
Voyez-vous, me dit le Pere, comment il parle des pechez d’omission, et de ceux de commission. Car il n’oublie rien : qu’en dites-vous? O que cela me plaist ! luy respondis-je, que j’en vois de belles conséquences ! Je perce desja dans 25 les suittes : que de mystères s’offrent à moy ! Je vois sans comparaison plus de gens justifiez par cette ignorance et cet oubly de Dieu, que par la Grâce et les Sacremens. Mais mon Pere, ne me donnez-vous point une fausse joye ? N’estce point icy quelque chose de semblable à cette suffisance qui 30 ne suffit pas ? J’apprehende furieusement le Distinguo. J’y ay esté desja attrapé ; parlez-vous sincèrement? Comment? dit le Pere en s’eschauffant : Il n’en faut pas railler. Il n’y a point icy d’equivoque. Je n’en raille pas, luy dis-je ; mais c’est que je crains à force de desirer.
35 Voyez donc, me dit-il, pour vous en mieux assurer, les escrits de Monsieur le Moyne, qui l’a enseigné en pleine Sorbonne. Il l’a appris de nous à la vérité, mais il l’a bien demeslé. O qu’il l’a fortement estably ! Il enseigne que, pour faire qu’une action soit péché, il faut que toutes ces 40 choses se passent dans l'ame. Lisez, et pesez chaque mot. Je leus donc en latin ce que vous verrez icy en Erançois. 1. D'une part Dieu respand dans l'ame quelque amour qui