‹ Les lettres provinciales de Blaise PascalChapitre 24 sur 172 · IH- REBUCED FACSIMILE OF THE TITLE-PAGE OF ESCOBAR · texte numérisé non relu

IH- REBUCED FACSIMILE OF THE TITLE-PAGE OF ESCOBAR

CINQUIEME LETTRE

son passage du jeusne : Le voicy, me dit-il au tr. 1, Ex. 13, n. 67 : Celuy qui ne peut dormir s'il nu soupè , est-il obligé de jeusner ? Nullement. N’estes-vous pas content? Non pas tout à fait, luy dis-je, car je puis bien supporter le jeusne en faisant collation le matin et soupant le soir. Voyez donc la suite, me dit-il, ils ont pensé à tout : Et que dira-t-on si on peut bien se passer d'une collation le matin en soupant le soir ? Me voilà. On n'est point encore obligé à jeusner. Car personne n'est obligé à changer l'ordre de ses repas. O la bonne raison ! luy dis-je. Mais, dites-moy, continua-t-il, usez-vous beaucoup de vin? Non, mon Pere, luy dis-je, je ne le puis souffrir. Je vous disois cela, me respondit-il pour vous avertir que vous en pourriez boire le matin, et quand il vous plairoit, sans rompre le jeusne, et cela soûtient toûjours. En voicy la decision au mesme lieu n. 75 : Peuton , sans rompre le jeusne , boire du vin à telle heure qu'on voudra , et mesme en grande quantité ? On le peut , et mesme de l'hypocras. Je ne me souvenois pas de cét hypocras, ditil ; il faut que je le mette sur mon recueil. Voilà un honneste homme, luy dis-je, qu’Escobar. Tout le monde l’ayme, respondit le Pere. Il fait de si jolies questions. Voyez cellecy, qui est au mesme endroit num. 38 : Si un homme doute qu'il ait 21 ans , est-il obligé de jeusner ? Non. Mais, si j'ay 21 ans cette nuit à une heure apres minuit , et qu'il soit demain jeusne , seroy-je obligé de jeusner demain ? Non. Car vous pourriez manger autant qu'il vous plairoit depuis minuit jusqu'à une heure, puis que vous n'auriez pas encore 21 ans : et ainsi, ayant droit de rompre le jeusne, vous n'y estes pas obligé. O que cela est divertissant ! luy dis-je. On ne s’en peut tirer, me respondit-il ; je passe les jours et les nuits à le lire, je ne fais autre chose. Le bon Pere, voyant que j’y prenois plaisir, en fut ravy, et continuant : Voyez, dit-il, encore ce trait de Eiliutius, qui est un de ces 24. Jésuites, To. 2, tr. 27, Part. 2, c. 6, n. 123 : Celuy qui s'est fatigué à quelque chose, comme à poursuivre une fille, ad persequendam amicam, est-il obligé de jeusner ? Nullement. Mais, s'il s'est fatigué exprez pour estre par là dispensé du jeusne, y sera-t-il tenu ? Encore qu'il ait eu ce dessein formé, il n'y sera point obligé. Eh bien, l’eussiez-vous creu ? me dit-il. En vérité, mon Pere, luy dis-je, je ne le croy

1. om. au tr. 67 and the chapter and verse of ail references to the Casuists in this Letter A. 11. de beaucoup A. 29. point AB. 35. om. ad . . . amicam A .

pas bien encore. Et quoy, n’est-ce pas un péché de ne pas jeusner quand on le peut ? Et est-il permis de rechercher les occasions de pecher, ou plustost n’est-on pas obligé de les fuir? Cela seroit assez commode. Non pas toûjours, me 5 dit-il, c’est selon. Selon quoy? luy dis-je. Hoho, repartit le Pere : Et si on recevoit quelque incommodité en fuyant les occasions, y seroit-on obligé, à vostre avis ? Ce n’est pas au moins celuy du P. Bauny, que voicy Pa. 1084 : On ne doit pas refuser V absolution à ceux qui demeurent dans les oc- 10 casions prochaines du péché, s'ils sont en tel estât qu'ils ne puissent les quitter sans donner sujet au monde de parler, ou sans qu'ils en receussent eux-mesmes de l' incommodité. Je m’en réjoüis, mon Pere ; il ne reste plus qu’à dire qu’on peut rechercher les occasions de propos délibéré, puis qu’il est 15 permis de ne les pas fuir. Cela mesme est aussi quelquefois permis, adjousta-t-il. Le célébré Casuiste Bazile Ponce l’a dit, et le P. Bauny le cite, et approuve son sentiment que voicy dans le Traitté de la Penitence, q. 4, p. 94 : On peut rechercher une occasion directement et pour elle-mesme, primo 20 et per se, quand le bien spirituel ou temporel de nous ou de nostre prochain nous y porte.

Yrayement, luy dis-je, il me semble que je resve quand j’entends des Religieux parler de cette sorte ! Et quoy, mon Pere, dites-moy en conscience, estes-vous dans ce sentiment 25 là? Non vrayement, me dit le Pere. Vous parlez donc, continuay-je, contre vostre conscience? Point du tout, dit-il. Je ne parlois pas en cela selon ma conscience, mais selon celle de Ponce et du P. Bauny. Et vous pourriez les suivre en seureté ; car ce sont d’habiles gens. Quoy, mon 30 Pere, parce qu’ils ont mis ces trois lignes dans leurs livres, sera-t-il devenu permis de rechercher les occasions de pecher? Je croyois ne devoir prendre pour réglé que l’Escriture et la Tradition de l’Eglise, et non pas vos Casuistes. O bon Dieu, s’escria le Pere ; vous me faites souvenir de ces 35 Jansénistes ! Est-ce que le P. Bauny et Bazile Ponce ne peuvent pas rendre leur opinion probable? Je ne me contente pas du probable, luy dis-je, je cherche le seur. Je voy bien, me dit le bon Pere, que vous ne sçavez pas ce que c’est que la doctrine des opinions probables. Vous parleriez autre- 40 ment si vous la sçaviez. Ah ! vrayement, il faut que je vous en instruise. Vous n’aurez pas perdu votre temps d’estre venu icy ; sans cela vous ne pouviez rien entendre. C’est

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