‹ Les lettres provinciales de Blaise PascalChapitre 25 sur 172 · occasion de pecher directement et par B · texte numérisé non relu

occasion de pecher directement et par B

CINQUIÈME LETTRE

le fondement et l’A. b . c. de toute nostre Morale. Je fus ravy de le voir tomber dans ce que je souhaittois ; et le luy ayant tesmoigné, je le priay de m’expliquer ce que c’estoit qu’une opinion probable. Nos Auteurs vous y respondront mieux que moy, dit-il. Yoicy comme ils en parlent tous generalement, et entr’ autres nos 24 in princ. Ex. 3, n. 8. Une opinion est appellée probable lorsqu'elle est fondée sur des raisons de quelque considération. D'où il arrive quelquefois qu'un seul Docteur fort grave petit rendre une opinion probable. Et en voicy la raison au mesme lieu. Car un homme addonné particulièrement à l'estude ne s' attacher oit pas à une opinion, s’il n'y estoit attiré par une raison bonne et suffisante. Et ainsi, luy dis-je, un seul Docteur peut tourner les consciences et les bouleverser à son gré, et toûjours en seureté. Il n’en faut pas rire, me dit-il, ny penser combattre cette doctrine. Quand les Jansénistes l’ont voulu faire, ils ont perdu leur temps. Elle est trop bien establie. Escoutez Sanchez, qui est un des plus célébrés de nos Peres, Som. 1. 1, c. 9, n. 7. Vous douterez peut-estre si l'autorité d'un seul Docteur bon et sçavant rend une opinion probable. A quoy je réponds qu’oüy. Et c'est ce qu'assurent Angélus, Sylv., Navarr., Emmanuel Sa, etc. Et voicy comme on le prouve. Une opinion probable est celle qui a un fondement considérable. Or l’autorité d'un homme sçavant et pieux n'est pas de petite considération, mais plustost de grande considération. Car, escoutez bien cette raison, Si le tesmoignage d’un tel homme est de grand poids pour nous assurer qu'une chose se soit passée par exemple à Borne, pour quoy ne le sera-t-il pas de mesme dans un doute de Morale ?

La plaisante comparaison, luy dis-je, des choses du monde à celles de la conscience ! Ayez patience ; Sanchez répond à cela dans les lignes qui suivent immédiatement : Et la restriction qu'y apportent certains Auteurs ne me plaist pas, que l’autorité d'un tel Docteur est suffisante dans les choses de droit humain, mais non pas dans celles de droit divin. Car elle est de grand poids dans les unes et dans les autres.

Mon Pere, luy dis-je franchement, je ne puis faire cas de cette réglé. Que m’a assuré que, dans la liberté que vos Docteurs se donnent d’examiner les choses par la raison, ce qui paroistra seur à l’un le paroisse à tous les autres, la diversité des jugements est si grande. . . . Vous ne l’enten-

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