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CINQUIEME LETTRE
Yorberg, Yosthery, Strevesdorf. O mon Pere, luy dis-je tout effrayé, tous ces gens-là estoient-ils Chrestiens ? Comment, Chrestiens? me respondit-il. Ne vous disois-je pas que ce sont les seuls par lesquels nous gouvernons aujourd’huy la Chrestienté ? Cela me fit pitié ; mais je ne luy en tesmoignay 5 rien, et luy demanday seulement si tous ces Auteurs là estoient Jésuites. Non, me dit-il; mais il n’importe; ils n’ont pas laissé de dire de bonnes choses. Ce n’est pas que la pluspart ne les ayent prises ou imitées des nostres ; mais nous ne nous piquons pas d’honneur ; outre qu’ils citent nos 10 Peres à toute heure, et avec eloge ; voyez Diana, qui n’est pas de nostre Société : quand il parle de Yasquez ; il l’appelle le Phénix des esprits. Et quelquefois il dit, que Vasquez seul luy est autant que tout le reste des hommes ensemble. Instar omnium. Aussi tous nos Peres se servent fort souvent 15 de ce bon Diana, car, si vous entendez bien nostre doctrine de la probabilité, vous verrez bien que cela n’y fait rien. Au contraire, nous avons bien voulu que d’autres que les Jésuites puissent rendre leurs opinions probables, afin qu’on ne puisse pas nous les imputer toutes. Et ainsi, quand quelque Auteur 20 que ce soit en a avancé une, nous avons droit de la prendre, si nous le voulons, par la doctrine des opinions probables, et nous n’en sommes pas les garands quand l’auteur n’est pas de nostre corps. J’entends tout cela, luy dis-je. Je voy bien par là que tout est bien venu chez vous hormis 25 les anciens Peres ; et que vous estes les Maistres de la campagne : Yous n’avez plus qu’à courir.
Mais je prévois trois ou quatre grands inconveniens, et de puissantes barrières qui s’opposeront à vostre course.
Et quoy ? me dit le Pere, tout estonné. C’est, luy respondis- 30 je, l’Escriture sainte, les Papes et les Conciles, que vous ne pouvez démentir, et qui sont tous dans la voye unique de l’Evangile. Est-ce là tout? me dit-il. Yous m’avez fait peur. Croyez-vous qu’une chose si visible n’ait pas esté preveuë, et que nous n’y ayons pas pourveu ? Yrayment je vous 35 admire de penser que nous soyons opposez à l’Escriture, aux Papes, ou aux Conciles. Il faut que je vous éclaircisse du contraire. Je serois bien marry que vous crussiez que nous manquons à ce que nous leur devons. Vous avez sans doute pris cette pensée de quelques opinions de nos Peres, 40 qui paroissent choquer leurs decisions, quoy que cela ne soit pas. Mais, pour en entendre l’accord, il faudroit avoir
14, om. ensemble AB,
plus de loisir. Je souhaite que vous ne demeuriez pas mal édifié de nous. Si vous voulez que nous nous revoyons demain, je vous en donneray l’éclaircissement. Voilà la fin de cette conférence, qui sera celle de cét Entretien ;
5 aussi en voila bien assez pour une Lettre. Je m’assure que vous en serez satisfait en attendant la suite. Je suis, etc.