la Faculté de Théologie de Paris B‘ZC
qu'elles se rencontrent , il les condamne dans Jansenius, si elles y sont.
La question est de sçavoir s’il a pu sans témérité tesmoigner par là qu’il doute que ces Propositions soient de 5 Jansenius, apres que Messieurs les Evesques ont déclaré qu’elles y sont.
On propose l’affaire en Sorbonne. Soixante et onze Docteurs entreprennent sa defense, et soustiennent qu’il n’a pû respondre autre chose à ceux qui par tant d’escrits luy 10 demandoient s’il tenoit que ces Propositions fussent dans ce livre, sinon qu’il ne les y a pas veuës, et que neantmoins il les y condamne, si elles y sont.
Quelques-uns mesme, passant plus avant, ont déclaré que, quelque recherche qu’ils en ayent faite, ils ne les y ont 15 jamais trouvées, et que mesme ils y en ont trouvé de toutes contraires, en demandant avec instance que, s’il y avoit quelque Docteur qui les y eût veuës, il voulût les monstrer ; que c’estoit une chose si facile qu’elle ne pouvoit esrre refusée, puisque c’estoit un moyen seur de les réduire tous, et 20 Monsieur Arnauld mesme ; mais on le leur a tousjours refusé. Voila ce qui se passa de ce costé-là.
De l’autre part se sont trouvez quatre-vingts Docteurs séculiers et quelques quarante Moines mandiants qui ont condamné la Proposition de Monsieur Arnauld, sans vouloir 25 examiner si ce qu’il avoit dit estoit vray ou faux, et ayant mesme déclaré qu’il ne s’agissoit pas de la vérité, mais seulement de la témérité de sa Proposition.
Il s’en est trouvé de plus quinze qui n’ont point esté pour la censure, et qu’on appelle indifferents.
30 Voila comment s’est terminée la Question de Fait, dont je ne me mets gueres en peine. Car, que Monsieur Arnauld soit temeraire ou non, ma conscience n’y est pas intéressée. Et si la curiosité me prenoit de sçavoir si ces Propositions sont dans Jansenius, son livre n’est pas si rare ny si gros 35 que je ne le peusse lire tout entier pour m’en éclaircir sans en consulter la Sorbonne.
Mais si je ne craignois aussi d’estre temeraire, je eroy que je suivrois l’avis de la pluspart des gens que je voy, qui, ayant creu jusqu’ icy, sur la foy publique, que ces Propositions 40 sont dans Jansenius, commencent à se défier du contraire par
3. La question sur cela est B?C. 16. contraires. Ils ont demandé en
suite B2C. 17. voulut C. 21. s’est passé B2C. 22. om. part C. 23. quarante Religieux mand. BPC, 28. om. de plus C.
PREMIÈRE LETTRE
le refus bizarre qu’on fait de les monstrer, qui est tel que je u’ay encore veu personne qui m’ait dit les y avoir veuës. De sorte que je crains que cette censure ne fasse plus de mal que de bien, et qu’elle ne donne à ceux qui en sçauront l’histoire une impression toute opposée à la conclusion. Car, en vérité, 5 le monde devient méfiant, et ne croit les choses que quand il les voit. Mais, comme j’ay desja dit, ce point là est peu important, puis qu’il ne s’y agit point de la Foy.
Pour la question de droit, elle semble bien plus considérable en ce qu’elle touche la foy. Aussi j’ay pris un soin par- 10 ticulier de m’en informer. Mais vous serez bien satisfait de voir que c’est une chose aussi peu importante que la première.
Il s’agit d’examiner ce que Monsieur Arnauld a dit dans la même Lettre : Que la grâce, sans laquelle on ne peut 15 rien , a manqué à S. Pierre dans sa cheute. Surquoy nous pensions, vous et moy, qu’il estoit question d’examiner les plus grands principes de la Grâce, comme si elle n’est pas donnée à tous les hommes, ou bien si elle est efficace ; mais nous estions bien trompez. Je suis devenu grand Théo- 20 logien en peu de temps, et vous en allez voir des marques.
Pour sçavoir la chose au vray, je vis Monsieur N., Docteur de Navarre, qui demeure prés de chez moy, qui est, comme vous le sçavez, des plus zelez contre les Jansénistes; et, comme ma curiosité me rendoit presque aussi ardent que 25 luy, je luy demanday s’ils ne decideroient pas formellement que la grâce est donnée à tous les hommes, afin qu’on n’agitast plus ce doute. Mais il me rebuta rudement et me dit que ce n’estoit pas là le poinct ; qu’il y en avoit de ceux de son costé qui tenoient que la grâce n’est pas donnée à tous ; que les 30 Examinateurs mesmes avoient dit en pleine Sorbonne que cette opinion est problématique, et qu’il estoit luy-mesme dans ce sentiment; ce qu’il me confirma par ce passage, qu’il dit estre célébré, de saint Augustin : Nous sçavo7is que la grâce 71 est pas do7mée à t07is les hommes. 35
Je luy fis excuse d’avoir mal pris son sentiment, et le priay de me dire s’ils ne condamneroient donc pas au moins cette autre opinion des Jansénistes qui fait tant de bruit, que la grâce est efficace, et qu'elle détermine nostre volonté à faire le bien. Mais je ne fus pas plus heureux en cette 40 seconde question. Vous n’y entendez rien, me dit-il ; ce n’est pas là une heresie, c’est une opinion orthodoxe ; tous