demanday d’abord G. 27. om. les hommes B2 G
les Thomistes la tiennent, et moy-mesme l’ay soustenuë dans ma Sorbonique.
Je n’osay plus luy proposer mes doutes, et mesme je ne sçavois plus où estoit la difficulté, quand, pour m’en éclaircir, 5 je le suppliay de me dire en quoy consistoit l’heresie de la proposition de Monsieur Arnauld : C’est, ce me dit-il, en ce qu’il ne reconnoist pas que les justes ayent le pouvoir d’accomplir les Commandemens de Dieu en la maniéré que nous l’entendons.
10 Je le quittay apres cette instruction, et, bien glorieux de sçavoir le nœud de l’affaire, je fus trouver Monsieur N., qui se porte de mieux en mieux, et qui eut assez de santé pour me conduire chez son beaufrere, qui est Janséniste, s’il y en eust jamais, et pourtant fort bon homme. Pour en estre 15 mieux receu, je feignis d’estre fort des siens, et luy dis : Seroit-il bien possible que la Sorbonne introduisit dans l’Eglise cette erreur, que tous les justes ont toujours le 'pouvoir (T accomplir les Commandemens ? Comment parlezvous ? me dit mon Docteur ; appeliez-vous erreur un senti- 20 ment si Catholique, et que les seuls Luthériens et Calvinistes combattent ? Et quoy, luy dis-je, n’est-ce pas vostre opinion ? Non, me dit-il ; nous l’anathematisons comme heretique et impie. Surpris de cette response, je connus bien que j’avois trop fait le Janséniste, comme j’avois l’autre fois esté trop 25 Moüniste. Mais, ne pouvant m’asseurer de sa réponse, je le priay de me dire confidemment s’il tenoit que les justes eussent tousjours un pouvoir véritable d'observer les préceptes. Mon homme s’échauffa là-dessus, mais d’un zele dévot, et dit qu’il ne déguiseroit jamais ses sentimens pour quoy que 30 ce fust, que c’estoit sa creance, et que luy et tous les siens la defendroient jusqu’à la mort comme estant la pure doctrine de saint Thomas et de saint Augustin, leur Maistre.
Il m’en parla si serieusement que je n’en pûs douter. Et sur cette asseurance, je retournay chez mon premier Doc- 35 teur, et luy dis, bien satisfait, que j’estois seur que la paix seroit bien-tost en Sorbonne; que les Jansénistes estoient d’accord du pouvoir qu’ont les justes d’accomplir les préceptes ; que j’en estois garand, que je leur ferois signer de leur sang. Tout beau, me dit-il, il faut estre Théologien 40 pour en voir le fin. La différence qui est entre nous est si