déplorables emportemeus. C
ONZIEME LEÏTRË
je redis contre vous ce qui avoit desja esté dit ; je respons que c’est au contraire parce que vous n’avez pas profité de ce qu’on vous l’a desja dit que je vous le redis encore. Car quel fruit a-t-il paru de ce que de sçavans Docteurs et l’Université entière vous en ont repris par tant de livres ? Qu’ont fait vos Peres Annat, Caussin, Pintereau, et le Moyne, dans les responses qu’ils y ont faites, sinon de couvrir d’injures ceux qui leur avoient donné ces avis si salutaires ? Avezvous supprimé les livres où ces méchantes maximes sont enseignées ? En avez-vous reprimé les Auteurs ? En estes vous devenus plus circonspects ? Et n’est-ce pas depuis ce temps-là qu’Escobar a tant esté imprimé de fois enjFrance et aux Païs-Bas, et que vos Peres Cellot, Bagot, Bauny, L’Amy, le Moyne, et les autres ne cessent de publier tous les jours les mesmes choses, et de nouvelles encore aussi licencieuses que jamais ? Ne vous plaignez donc plus, mes Peres, ny de ce que je vous ay reproché des maximes que vous n’avez point quittées, ny de ce que je vous en ay objecté de nouvelles, ny de ce que j’ay ri de toutes. Vous n’avez qu’à les considérer pour y trouver vostre confusion et ma deffense. Qui pourra voir sans en rire la decision du P. Bauny pour celuy qui fait brûler une grange ? celle du P. Cellot pour la restitution ? le reglement de Sanchez en faveur des sorciers ? la maniéré dont Hurtado fait éviter le péché du duel, en se promenant dans un champ et y attendant un homme ? les complimens du P. Bauny pour éviter l’usure ? la maniéré d’éviter la simonie par un détour d’intention, et celle d’éviter le mensonge en parlant tantost haut, tantost bas ? et le reste des opinions de vos Docteurs les plus graves ? En faut-il davantage, mes Peres, pour me justifier, et y a-t-il rien de mieux deü à la vanité et à la faiblesse de ces opinions que la risée , selon Tertullien ? Mais, mes Peres, la corruption des mœurs que vos maximes apportent est digne d’une autre considération, et nous pouvons bien faire cette demande avec le mesme Tertullien : Faut-il rire de leur folie, ou déplorer leur aveuglement ? Bideam vanitatem, an exprobrem cœcitatem ? Je croy, mes Peres, qu'on peut en rire et en pleurer à son choix : Hœc tolerabilius vel ridentur vel flentur, dit S. Augustin. Beconnoissez donc qu'il y a un temps de rire et un temps de pleurer , selon l’Escriture. Et je souhaitte, mes Peres, que je n’éprouve pas en vous la vérité de ces paroles des Proverbes, Qu'il y a des personnes si peu raisonnables qu'on n'en peut avoir de satisfaction, de quelque maniéré qu'on agisse avec eux , soit qu'on rie, soit qu'on se mette en colere.
En achevant cette lettre, j’ay veu nn escrit que vous avez publié, où vous m’accusez d’imposture sur le sujet de six de vos maximes que j’ay rapportées, et d’intelligence avec les heretiques: j’espere que vous y verrez une réponse exacte, et dans peu de temps, mes Peres, ensuite 5 de laquelle je croy que vous n’aurez pas envie de continuer cette sorte d’accusation.
DOUZIEME LETTRE
ESCRITE PAR L'AUTHEUR DES LETTRES AU PROVINCIAL AUX REVERENDS PERES JESUITES.
Du 9 Septembre 1656.
Mes Reverends Peres,
J’estois prest à vous escrire sur le sujet des injures que vous me dites depuis si longtemps dans vos escrits, où vous m’appelez impie, bouffon , ignorant, farceur, imposteur, calomniateur, fourbe, hérétique, calviniste déguisé, disciple de Du Moulin, possédé d'une légion de diables, et tout ce qu’il vous plaist. Je 5 voulois faire entendre au monde pourquoy vous me traitez de la sorte ; car je serois fasché qu’on crust tout cela de moy, et j’avois résolu de me plaindre de vos calomnies et de vos impostures, lors que j’ai veu vos responses où vous m’en accusez moy mesme. Vous m’avez obligé par là de changer mon 10 dessein, et neantmoins, mes Peres, je ne laisseray pas de le continuer en quelque sorte, puis que j’espere, en me défendant, vous convaincre de plus d’impostures véritables que vous ne m’en avez imputé de fausses. En vérité, mes Peres, vous en estes plus suspects que moy. Car il n’est pas vraysemblable 15 qu’estant seul, comme je suis, sans force et sans aucun appuy humain, contre un si grand corps, et n’estant soustenu que par la vérité et la sincérité, je me sois exposé à tout perdre en m’exposant à estre convaincu d’impostures. Il est trop aisé de découvrir les faussetez dans les questions de fait comme 20 celles-cy. Je ne manquerois pas de gens pour m’en accuser, et la justice ne leur en seroit pas refusée. Pous vous, mes Peres, vous n’estes pas en ces termes, et vous pouvez dire contre moy ce que vous voulez, sans que je trouve à qui m’en
Title. am. Escrite . . . Provincial C. 19. imposture C.
plaindre. Dans cette différence de nos conditions, je ne dois pas estre peu retenu, quand d’autres considérations ne m’y engageroient pas. Cependant vous me traitez comme un imposteur insigne, et ainsi vous me forcez à repartir ; mais vous 5 sçavez que cela ne se peut faire sans exposer de nouveau et mesme sans découvrir plus à fond les points de vostre Morale ; en quoy je doute que vous soiez bons politiques. La guerre se fait chez vous, et à vos despens, et, quoy que vous aiez pensé qu’en embroüillant les questions par des termes d’Escole, 10 les responses en seroient si longues, si obscures, et si épineuses qu’on en perdroit le goust, cela ne sera peut-estre pas tout à fait ainsi : car j’essayeray de vous ennuyer le moins qu’il se peut en ce genre d’escrire. Vos maximes ont je ne sçayquoy de divertissant qui rejoüit toûjours le monde. Souvenez-vous 15 au moins que c’est vous qui m’engagez d’entrer dans cét éclaircissement, et voyons qui se deffendra le mieux.
La première de vos impostures est sur Y opinion de Vasquez touchant l'aumosne. Souffrez donc que je l’explique nettement • pour oster toute obscurité de nos disputes. C’est une chose 20 assez connuë, mes Peres, que, selon l’esprit de l’Eglise, il y a deux préceptes touchant l’aumosne : l'un de donner de son superflu dans les nécessitez ordinaires des pauvres ; Vautre, de donner mesme de ce qui est necessaire selon sa condition dans les nécessitez extrêmes. C’est ce que dit Cajetan apres S. 25 Thomas : de sorte que, pour faire voir l’esprit de Yasquez touchant l’aumosne, il faut monstrer comment il a réglé tant celle qu’on doit faire du superflu que celle qu’on doit faire du necessaire.
Celle du superflu, qui est le plus ordinaire secours des 30 pauvres, est entièrement abolie par cette seule maxime De El., c. 4, n. 14, que j’ay rapportée dans mes Lettre^ : Ce que les gens du monde gardent pour relever leur condition et celle de leurs parens n est pas appelle superflu. Et ainsi à peine trouvera-t-on qu'il y ait jamais de superflu dans les gens du monde, 35 et non pas mesme dans les rois. Vous voyez bien, mes Peres, par cette définition, que tous ceux qui auront de l’ambition n’auront point de superflu, et qu’ainsi l’aumosne en est anéantie à l’égard de la pluspart du monde. Mais, quand il arriveroit mesme qu’on en auroit, on seroit encore dispensé 40 d’en donner dans les nécessitez communes, selon Yasquez, qui s’oppose à ceux qui veulent y obliger les riches. Yoicy ses termes, c. 1, n. 32 : Corduba, dit-il, enseigne que, lors qu'on a