que par cette définition tous C. 37. om. en ZJ
DOUZIÈME LETTfcE
du superflu, on est obligé d'en donner à ceux qui sont dans une nécessité ordinaire, au moins une partie, afin d' accomplir le precepte en quelque chose ; mais cela ne me plaist pas, sed hoc non placet : car nous avons monstré le contraire contre Cajetan et Navarre. Ainsi, mes Peres, l’obligation de 5 cette aumosne est absolument ruinée, selon ce qu’il plaist à Vasquez.
Pour celle du necessaire, qu’on est obligé de faire dans les nécessitez extrêmes et pressantes, vous verrez, par les conditions qu’il apporte pour former cette obligation, que les plus 10 riches de Paris peuvent n’y estre pas engagez une seule fois en leur vie. Je n’en rapporteray que deux. L’une, que l’on sçache que le pauvre ne sera secouru d'aucun autre : Hœc intelligo et cœtera omnia quando scio nullum alium opem laturum , c. 1, n. 28. Qu’en dites-vous, mes Peres ? Arrivera- 15 t-il souvent que, dans Paris, où il y a tant de gens charitables, on puisse sçavoir qu’il ne se trouvera personne pour secourir un pauvre qui s’offre à nous ? Et cependant, si on n’a pas cette connoissance, on pourra le renvoyer sans secours, selon Vasquez. L’autre est que la nécessité de ce pauvre soit telle 20 qu'il soit menacé de quelque accident mortel, ou de perdre sa réputation, n. 24 et 26. Ce qui est bien peu commun. Mais ce qui en marque encore la rareté, c’est qu’il dit, n. 45 ; que le pauvre qui est en cét estât, où il dit qu’on est obligé à luy donner l’aumosne, peut voler le riche e?i conscience. Et ainsi 25 il faut que cela soit bien extraordinaire, si ce n’est qu’il veüille qu’il soit ordinairement permis de voler. De sorte qu’aprés avoir destruit l’obligation de donner l’aumosne du superflu, qui est la plus grande source des charitez, il n’oblige les riches d’assister les pauvres de leur necessaire que lors qu’il per- 30 met aux pauvres de voler les riches. Voilà la doctrine de Vasquez, où vous renvoyez les lecteurs pour leur édification.
J e viens maintenant à vos impostures. Vous vous estendez d’abord sur l’obligation que Vasquez impose aux Ecclesiastiques de faire l’aumosne. Mais je n’en ay point parlé, et j’en 35 parleray quand il vous plaira. Il n’en est donc pas question icy. Pour les laïques, desquels seuls il s’agit, il semble que vous vouliez faire entendre que Vasquez ne parle, en l’endroit que j’ay cité, que selon le sens de Cajetan, et non pas selon le sien propre. Mais, comme il n’y a rien de plus faux, 40 et que vous ne l’avez pas dit nettement, je veux croire pour vostre honneur que vous ne l’avez pas voulu dire.