Sur quoy vous n’estes C
DOUZIÈME LETTRE
estably en general dans ce passage, que ce n’est pas simonie en conscience : ce qui enferme que ce n’en est pas aussi une de droit positif, si vous ne voulez faire Tannerus assez impie pour soustenir qu’une simonie de droit positif n’est pas simonie en conscience. Mais vous recherchez à dessein ces mots de droit divin, droit positif , droit naturel, tribunal intérieur et extérieur, cas exprimez dans le droit, présomption externe, et les autres qui sont peu connus, afin d’échaper sous cette obscurité, et de faire perdre la vue de vos égaremens. Vous n’eschaperez pas neantmoins, mes Peres, par ces vaines subtilitez, car je vous feray des questions si simples qu’elles ne seront point sujettes au distinguo. Je vous demande donc, sans parler de droit positif, ny de présomption de tribunal extérieur, si un bénéficier sera simoniaque, selon vos Autheurs, en donnant un bénéfice de quatre mille livres de rente, et recevant dix mille francs argent comptant, non pas comme prix du bénéfice, mais comme un motif qui le porte à le donner. Respondez-moy nettement, mes Peres : que faut-il conclure sur ce cas, selon vos Autheurs? Tannerus ne dira-t-il pas formellement Que ce n’est point simonie en conscience ; puis que le temporel n'est pas le prix du bénéfice mais seulement le motif gui le fait donner ? Valentia, vos Theses de Caën, Sanchez, et Escobar ne decideront-ils pas de mesme que ce n’est pas simonie par la mesme raison ? En faut-il davantage pour excuser ce bénéficier de simonie, et osierez-vous le traiter de simoniaque dans vos confessionnaux, quelque sentiment que vous en aiez par vous-mesmes ; puis qu’il auroit droit de vous fermer la bouche, ayant agy selon l’advis de tant de Docteurs graves? Confessez donc qu’un tel bénéficier est excusé de simonie, selon vous ; et défendez maintenant cette doctrine, si vous le pouvez.
Voila, mes Peres, comment il faut traiter les questions pour les démesler ; au lieu de les embroüiller ou par des termes d’Escole, ou en changeant l’estât de la question, comme vous faites dans vostre dernier reproche en cette sorte. Tannerus, dites-vous, déclaré au moins qu’un tel échange est un grand péché ; et vous me reprochez d’avoir supprimé malicieusement cette circonstance, qui le justifie entièrement, à ce que vous prétendez. Mais vous avez tort, et en plusieurs maniérés. Car, quand ce que vous dites seroit véritable, il ne s’agissoit pas, au lieu où j’en parlois, de sçavoir s’il y avoit
26. et oseriez-vous le traiter autrement dans A C. 28. vous y obliger,
ayant A C. 40. vray C.
en cela du péché, mais seulement s’il y avoit de la simonie. Or ce sont deux questions fort séparées : les pechez n’obligent qu’à se confesser, selon vos maximes ; la simonie oblige à restituer, et il y a des personnes à qui cela paroistroit assez 5 different. Car vous avez bien trouvé des expediens pour rendre la confession douce, au lieu que vous n’en avez point trouvé pour rendre la restitution agréable. J’ay à vous dire de plus que le cas que Tannerus accuse de péché n’est pas simplement celuy où l’on donne un bien spirituel pour un 10 temporel qui en est le motif mesme principal, mais il ajoute encore que Von prise le temporel plus que le spirituel , ce qui est ce cas imaginaire dont nous avons parlé. Et il ne fait pas mal de charger celuy-là de péché, puisqu’il faudroit estre bien méchant, ou bien stupide, pour ne vouloir pas éviter un 15 péché par un moyen aussi facile qu’est celuy de s’abstenir de comparer les prix de ces deux choses, lorsqu’il est permis de donner l’une pour l’autre. Outre que Valentia, examinant, au lieu déjà cité, s’il y a du péché à donner un bien spirituel pour un temporel qui en est le motif principal, rapporte les 20 raisons de ceux qui disent que oüy, en ajoutant : Sed hoc non videtur mihi satis certum : Cela ne me paroist pas assez certain.
Mais, depuis, vostre P. Erade Bille, professeur des cas de Conscience à Caën, a décidé qu’il n’y a aucun péché ; car les 25 opinions probables vont toûjours en meurissant. C’est ce qu’il déclaré dans ses écrits de 1644, contre lesquels M. du Pré, Docteur et Professeur à Caën, fit cette belle harangue imprimée, qui est assez connuë. Car, quoy que ce P. Erade Bille reconnoisse que la doctrine de Valentia, suivie par le 80 P. Milhard, et condamnée en Sorbonne, soit contraire au sentiment commun , suspecte de simonie en plusieurs choses, et punie en justice , quand la pratique en est découverte, il ne laisse pas de dire que c’est une opinion probable, et par conséquent seure en conscience, et qu’il n’y a en cela 35 ny simonie nï péché. C’est, dit-il, une opinion probable, et enseignée par beaucoup de docteurs catholiques, qu’il n’y a aucune simonie, ny aucun péché, à donner de l’argent ou une autre chose temporelle pour un bénéfice, soit par forme de reconnoissance, soit comme un motif sans lequel on ne 40 le donneroit pas, pourveu qu’on ne le donne pas comme un prix égal au bénéfice. C’est là tout ce qu’on peut desirer.
6. douce, mais que C. 13. de mal C. 19. ovi. principal AC. 24. en cela aucun C.
DOUZIEME LETTRE I45
Et, selon toutes ces maximes, vous voyez, mes Peres, que la simonie sera si rare qu’on en aura exempté Simon mesme le magicien, qui vouloit acheter le Saint Esprit, en quoy il est l’image des simoniaques qui achettent, et Giezi, qui receut de l’argent pour un miracle, en quoy il est la figure 5 des simoniaques qui vendent. Car il est sans doute que, quand Simon, dans les Actes, offrit de l’argent aux Apostres pour avoir leur puissance, il ne se servit ny des termes d’acheter ny de vendre, ny de prix, et qu’il ne fit autre chose que d’offrir de l’argent comme un motif pour se faire donner 10 ce bien spirituel. Ce qui estant exempt de simonie, selon vos auteurs, il se fust bien garanti de l’anatheme de saint Pierre, s’il eust sceu leurs maximes. Et cette ignorance fit aussi grand tort à Giezi quand il fut frappé de la lepre par Elisée : car n’ayant receu l’argent de ce prince guery mira- 15 culeusement que comme une reconnoissance, et non pas comme un prix égal à la vertu divine qui avoit opéré ce miracle, il eust obligé Elisée à le guérir sur peine de péché mortel, puisqu’il auroit agi selon tant de Docteurs graves, et que vos Confesseurs sont obligez d’absoudre leurs penitens en 20 pareil cas, et de les laver de la lepre spirituelle, dont la corporelle n’est que la figure.
Tout de bon, mes Peres, il seroit aisé de vous tourner làdessus en ridicules ; je ne sais pourquoy vous vous y exposez. Car je n’aurois qu’à rapporter vos autres maximes, comme 25 celle-cy d’Escobar dans la Pratique de la simonie selon la Société de Jésus (n. 40) : Est-ce simonie lorsque deux Religieux s'engagent l’un à Vautre en cette sorte : Donnez-moi vostre voix pour me faire elire provincial, et je votes donnerai) la mienne pour vous faire prieur ? Nullement. Et cette 30 autre (n. 14) : Ce n est pas simonie de se faire donner un bénéfice en promettant de l’argent , quand on n’a pas dessein de payer en effet, parce que ce n’est qu’une simonie feinte, qui n’est non plus véritable que du faux or n’est pas du véritable or. C’est par cette subtilité de conscience qu’il 35 a trouvé le moyen, en ajoustant la fourbe à la simonie, de faire avoir des bénéfices sans argent et sans simonie, Mais je n’ay pas le loisir d’en dire davantage, car il faut que je pense à me deffendre contre vostre troisième calomnie sur le sujet des banqueroutiers. 40
Pour celle-cy, mes Peres, il n’y a rien de plus grossier.