‹ Les lettres provinciales de Blaise PascalChapitre 76 sur 172 · leur Censure C · texte numérisé non relu

leur Censure C

laqitelle il n'est pas permis de tuer à 3 ou 4 ou 5 ducats. Et ainsi, mes Peres, je n’auray pas seulement Molina, mais encore Eeginaldus.

Il ne me sera pas moins facile de réfuter vostre 14 im- 5 posture, touchant la permission de tuer un voleur qui nous veut oster un escu, selon Molina. Cela est si constant qu’Escobar vous le témoignera, tr. 1, ex. 7, n. 44, où il dit que Molina détermine regulierement la valeur pour laquelle on peut tuer à un escu. Aussi vous me reprochez seulement, 10 dans la 14 Imposture, que j’ay supprimé les dernieres paroles de ce passage, Que Von doit garder en cela la modération d'une juste defense. Que ne vous plaignez-vous donc aussi de ce qu’Escobar ne les a point exprimées ? Mais que vous estes peu fins ! Vous croyez qu’on n’entend pas ce que 15 c’est, selon vous, que se defendre. Ne sçavons-nous pas que c’est user d'une defense meurtrière ? Vous voulez faire entendre que Molina a voulu dire par là que, quand on se trouve en péril de la vie en gardant son escu, alors on peut tuer, puisque c’est pour defendre sa vie. Si cela estoit vray, 20 mes Peres, pourquoy Molina diroit-il au mesme lieu, Qu'il est contraire en cela à Carrerus et Bald, qui permettent de tuer pour sauver sa vie? Je vous déclaré donc qu’il entend simplement que, si l’on peut garder son escu sans tuer le voleur, on ne doit pas le tuer, mais que, si l’on ne peut le 25 garder qu’en tuant, encore mesme qu’on ne coure nulle risque de la vie, comme si le voleur n’a point d’armes, qu’il est permis d’en prendre et de le tuer pour garder son escu, et qu’en cela on ne sort point, selon luy, de la modération d’une juste defense. Et, pour vous le monstrer, laissez-le s’expli- 30quer luy-mesme, tom. 4, tr. 3, d. 11, n. 5. On ne laisse pas de demeurer dans la modération d'une juste defense , quoy qu'on prenne des armes contre ceux qui n'en ont point , ou qu'on en prenne de plus avantageuses qu'eux. Je sçay qu'il y en a qui sont d’un sentiment contraire ; mais je n approuve point leur 35 opinion, mesme dans le tribunal extérieur.

Aussi, mes Peres, il est constant que vos Auteurs permettent de tuer pour la defense de son bien et de son honneur, sans qu’on soit en aucun péril de sa vie. Et c’est par ce mesme principe qu’ils autorisent les duels, comme je l’ay 40 fait voir par tant de passages, sur lesquels vous n’avez rien répondu. Vous n’attaquez dans vos écrits qu’un seul passage de vostre Pere Layman, qui le permet lorsqu autrement on

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