‹ Les lettres provinciales de Blaise PascalChapitre 87 sur 172 · différer l’absolution · texte numérisé non relu

différer l’absolution

Brisacier, qui défendent le P. Bauny en vos deux maniérés : l’un en condamnant cette proposition, mais en desavoüant aussi qu’elle soit du P. Bauny ; l’autre en avoüant qu’elle est du P. Bauny, mais en la justifiant en mesme temps ? Es- 5 coutez-les donc discourir. Yoicy le P. Pintereau, page 18 : Qu’ appelle-t-on franchir les bornes de toute pudeur , et passer au delà de toute impudence, sinon d’imposer au P. Bauny comme une chose averée une si damnable doctrine ? Jugez, lecteur, de l’indignité de cette calomnie, et voyez à qui les 10 Jésuites ont affaire et si l’auteur d’une si noire supposition ne doit pas passer désormais pour le truchement du pere des mensonges. Et voicy maintenant vostre P. Brisacier, 4 p., page 21. En effet, le P. Bauny dit ce que vous rapportez. C’est démentir le P. Pintereau bien nettement. Mais, adjoute-t-il 15 pour justifier le P. Bauny, vous qui reprenez cela, attendez, quand un penitent sera à vos pieds, que son Ange gardien hypotheque tous les droits qu'il a au ciel pour estre sa caution. Attendez que Dieu le Pere jure par son chef que David a menty quand il a dit, par le saint Esprit, que tout homme est men- 20 teur, trompeur , et fragile ; et que ce penitent ne soit plus menteur, fragile, changeant, ny pecheur comme les autres, et vous n’appliquerez le sang de Jésus- Christ sur personne.

Que vous semble-t-il, mes Peres, de ces expressions extravagantes et impies, que, s’il falloit attendre qu’il y eust quelque 25 esperance d’amendement dans les pécheurs pour les absoudre, il faudroit attendre que Dieu le Pere jurast par son chef qu’ils ne tomberoient jamais plus? Quoy, mes Peres, n’y a-t-il point de différence entre Y esperance et la certitude ? Quelle injure est-ce faire à la grâce de Jesus-Christ, de dire qu’il 30 est si peu possible que les Chrestiens sortent jamais des crimes contre la loy de Dieu, de la nature et de l’Eglise, qu’on ne pourroit l’esperer sans que le saint Esprit eust mentn : de sorte que, selon vous, si on ne donnoit l’absolution à ceux dont on n’espere aucun amendement, le sang de 35 Jesus-Christ demeureroit inutile, et on ne l’ appliquer oit jamais sur personne ? A quel estât, mes Peres, vous réduit le désir immodéré de conserver la gloire de vos Auteurs, puisque vous ne trouvez que deux voyes pour les justifier, l’imposture ou l’impiété ; et qu’ainsi la plus innocente maniéré de 40 vous defendre est de desavoüer hardiment les choses les plus évidentes?

De là vient que vous en usez si souvent. Mais ce n’est

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