‹ Les lettres provinciales de Blaise PascalChapitre 86 sur 172 · mais il ose G · texte numérisé non relu

mais il ose G

ri y a ny marque ny vestige dans vos livres ; et vous ne ferez rien en cela que de conforme à vostre maxime et à vostre pratique ordinaire, tant le privilège que vous avez de mentir a d’étenduë ! Souffrez que je vous en donne un exemple, 5 que je choisis à dessein, parceque je répondray en mesme temps à la 9 de vos impostures ; aussi bien elles ne méritent d’estre refutées qu’en passant.

Il y a dix ou douze ans qu’on vous reprocha cette maxime du P. Bauny, qu'il est permis de rechercher directement, primo 10 et per se, une occasion prochaine de pecher pour le bien spirituel ou temporel de 'nous ou de nostre prochain, tr. 4, q. 14, dont il apporte pour exemple, Qu'il est permis à chacun d'aller en des lieux publics pour convertir des femmes perdues, encore qu'il soit vray- semblable qu'on y pechera, pour avoir desja ex- I5perimenté souvent qu'on est accoustumè de se laisser aller au péché par les caresses de ces femmes. Que répondit à cela vostre P. Caussin, en 1644, dans son Apologie pour la Compagnie de Jésus, p. 120 ? Qu'on voye l'e?idroit du P. Bauny, qu'on lise la page, les marges, les avant-propos, les suites, tout 20 le reste et mesme tout le livre, on n'y trouvera pas un seul vestige de cette sentence, qui ne pourvoit tomber que dans l'ame d'un homme extrêmement perdu de conscience, et qui semble ne pouvoir estre supposée que par l'organe du démon. Et vostre P. Pintereau, en mesme style, 1 part., p. 24 : Il faut estre 25 bien perdu de conscience pour enseigner une si détestable doctrine, mais il faut estre pire qu'un démon pour l'attribuer au P. Bauny. Lecteur, il n'y en a ny marque ny vestige dans tout son livre. Qui ne croiroit que des gens qui parlent de ce ton là eussent sujet de se plaindre, et qu’on auroit en 80 effet imposé au P. Bauny? Avez-vous rien assuré contre moy en de plus forts termes ? Et comment oseroit-on s’imaginer qu’un passage fust en mots propres au lieu mesme où l’on le cite, quand on dit qu'il n'y en a ny marque ny vestige dans tout le livre ?

85 En vérité, mes Peres, voila le moyen de vous faire croire jusqu’à ce qu’on vous réponde ; mais c’est aussi le moyen de faire qu’on ne vous croye jamais plus, apres qu’on vous aura répondu. Car il est si vray que vous mentiez alors, que vous ne faites aujourd’huy aucune difficulté de reconnoistre 40 dans vos Réponses que cette maxime est dans le P. Bauny au lieu mesme qu’on avoit cité ; et ce qui est admirable, c’est qu’au lieu qu’elle estoit détestable, il y a douze ans, elle est maintenant si innocente que dans vostre 9 Impost., p. 10,

QUINZIEME LETTRE

vous m’accusez cl’ ignorance et de malice , de quereller le P. Bauny sur une opinion qui n’est point rejettée dans l’Escole. Qu’il est avantageux, mes Peres, d’avoir affaire à ces gens qui disent le pour et le contre ! Je n’ay besoin que de vousmesmes pour vous confondre. Car je n’ay à monstrer que 5 deux choses : l’une, que cette maxime ne vaut rien ; l’autre, qu’elle est du P. Bauny ; et je prouveray l’un et l’autre par vostre propre confession. En 1644 vous avez reconnu qu’elle est détestable , et en 1656 vous avoüez qu’elle est du P. Bauny. Cette double reconnoissance me justifie assez, 10 mes Peres. Mais elle fait plus : elle découvre l’esprit de vostre Politique. Car, dites-moy, je vous prie, quel est le but que vous vous proposez dans vos escrits? Est-ce de parler avec sincérité? Non, mes Peres, puisque vos réponses s’entre destruisent. Est-ce de suivre la vérité de la 15 Foy ? Aussi peu ; puisque vous autorisez une maxime qui est détestable selon vous-mesmes. Mais considérons que, quand vous avez dit que cette maxime est détestable, vous avez nié en mesme temps qu’elle fust du P. Bauny ; et ainsi il estoit innocent ; et quand vous avoüez qu’elle est de luy, 20 vous soûtenez en mesme temps qu’elle est bonne ; et ainsi il est innocent encore. De sorte que l’innocence de ce Pere estant la seule chose commune à vos deux réponses, il est visible que c’est aussi la seule chose que vous y recherchez, et que vous n’avez pour objet que la deffense de vos Peres 25 en disant d’une mesme maxime qu’elle est dans vos livres, et qu’elle n’y est pas ; qu’elle est bonne, et qu’elle est mauvaise ; non pas selon la vérité, qui ne change jamais, mais selon vostre interest, qui change à toute heure. Que ne pourrois-je vous dire là dessus, car vous voyez bien que cela 30 est convainquant? Cependant cela vous est tout ordinaire.

Et, pour en omettre une infinité d’exemples, je croy que vous vous contenterez que je vous en rapporte encore un.

On vous a reproché en divers temps une autre proposition du mesme P. Bauny, tr. 4, q. 22, p. 100 : On ne doit ny 35 dénier ny refuser V absolution à ceux qui sont dans les habitudes de crimes contre la loy de Dieu, de la nature et de l’Eglise, encore qu’on n’y voye aucune esperance d’ amendement, etsi emendationis futur a spes nulla appareat. Je vous prie sur cela, mes Peres, de me dire lequel y a le mieux répondu 40 selon vostre goust, ou de vostre P. Pintereau ou de vostre P.

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