vos fables C
SEIZIEME LETTRE
ESCRITE PAR L’AUTHEZJR DES LETTRES A U PROVINCIAL AUX REVERENDS PERES JESUITES.
Du 4 Décembre 1656 Mes REVERENDS Peres,
Voici la suite de vos calomnies, où je répondray d’abord à celles qui restent de vos Avertissemens. Mais, comme tous vos autres livres en sont egalement remplis, ils me fourniront assez de matière pour vous entretenir sur ce sujet autant que je le jugeray necessaire. Je vous diray donc, en un mot, \ sur cette fable que vous avez semée dans tous vos écrits contre Mr d’Ipre, que vous abusez malicieusement de quelques paroles ambiguës d’une de ses lettres, qui, estant capables d’un bon sens, doivent estre prises en bonne part selon l’esprit charitable de l’Eglise, et ne peuvent estre prises autrement que selon l’esprit malin de votre Société. Car pourquoy voulez-vous qu’en disant à son amy : Ne vous mettez point tant en peine de vostre neveu , je tuy fourniray ce qui est necessaire de /’ argent qui est entre mes mains, il ayt voulu dire par là qu’il prenoit cét argent pour ne le point rendre, et non pas qu’il l’avançoit seulement pour le remplacer ? Mais ne faut-il pas que vous soyez bien imprudens, puisque vous avez fourny vous-mesmes la conviction de vostre mensonge par les autres lettres de Mr d’Ipre que vous avez imprimées, qui marquent parfaitement que ce n’estoit en effet que des avances, qu’il devoit remplacer ? C’est ce qui paroist dans celle que vous rapportez du 3 juillet 1619, en ces termes, qui vous confondent : Ne vous souciez pas des avances, il ne luy manquera rien tant qu'il seia icy. Et
Title. om. Escrite . . . Provincial G. 10. om. charitable C. 11. om. malin C. 18. imprudens d’avoir fourny C. 20. marquent visiblement O.
par celle du 26 janvier 1620, où il dit : Vous avez » trop de haste ; et , quand il seroit question de rendre compte , le peu de crédit que j’ay icy me feroit trouver l'argent au besoin.
Vous estes donc des imposteurs, mes Peres, aussi bien sur 5 ce sujet que sur vostre conte ridicule du Tronc de S. Merry. Car quel avantage pouvez-vous tirer de l’accusation qu’un de vos bons amis suscita à cét Ecclesiastique que vous voulez déchirer ? Doit-on conclure qu’un homme est coupable, parce qu’il est accusé? Non, mes Peres. Des gens de pieté 10 comme luy pourront toûjours estre accusez tant qu’il y aura au monde des calomniateurs comme vous. Ce n'est donc pas par l’accusation, mais par l’arrest, qu’il en faut juger. Or l’arrest qui en fust rendu le 23 Eévr. 1656 le justifie pleinement : outre que celuy qui s’estoit engagé temerairement 15 dans cette injuste procedure fust desavoüé par ses Collègues, et forcé luy-mesme à la retracter. Et quant à ce que vous dites au mesme lieu de ce fameux directeur qui se fit riche en un moment de neuf cent mille livres, il suffit de vous renvoyer à Messieurs les Curez de S. Roch et de S. Paul, qui ren- 20 dront témoignage à tout Paris de son parfait desinteressement dans cette affaire, et de vostre malice inexcusable dans cette imposture. C’en est assez pour des faussetez si vaines. Ce ne sont là que les coups d’essay de vos Novices, et non pas les coups d’importance de vos grands Profés. J’y viens donc, 25 mes Peres ; je viens à cette calomnie, l’une des plus noires qui soient sorties de vostre esprit. Je parle de cette audace insupportable avec laquelle vous avez osé imputer à de saintes Religieuses et à leurs Directeurs cle ne pas croire le mystère de la Transsubstantiation, ny la presence reelle de J.-C. 30 dans V Eucharistie. Voila, mes Peres, une imposture digne de vous. Voila un crime que Dieu seul est capable de punir, comme vous seuls estes capables de le commettre. Il faut estre aussi humble que ces humbles calomniées pour le souffrir avec patience ; et il faut estre aussi méchant que de 35 si méchans calomniateurs pour le croire. Je n’entreprens donc pas de les en justifier ; elles n’en sont point suspectes. Si elles avoient besoin de défenseurs, elles en auroient de meilleurs que moy. Ce que j’en diray icy ne sera pas pour monstrer leur innocence, mais pour monstrer vostre malice. 40 Je veux seulement vous en faire horreur à vous-mesmes, et faire entendre à tout le monde qu’aprés cela il n’y a rien dont vous ne soyez capables.