Docteurs C
SEIZIEME LETTRE I93
Vous ne manquerez pas neantmoins de dire que je suis de Port-Eoyal, car c’est la première chose que vous dites à quiconque combat vos excès ; comme si on ne trouvoit qu’à ‘Port-Eoyal des gens qui eussent assez de zele pour defendre contre vous la pureté de la Morale chrétienne. Je sçay, mes Peres, le mérité de ces pieux solitaires qui s’y estaient retirez, et combien l’Eglise est redevable à leurs ouvrages, si édifians et si solides. Je sçay combien ils ont de pieté et de lumière. Car, encore que je n’aye jamais eu d’establissement avec eux, comme vous le voulez faire croire sans que vous sçachiez qui je suis, je ne laisse pas d’en connoistre quelquesuns, et d’honorer la vertu de tous. Mais Dieu n’a pas renfermé dans ce nombre seul tous ceux qu’il veut opposer à vos desordres. J’espere avec son secours, mes Peres, de vous le faire sentir ; et, s’il me fait la grâce de me soutenir dans le dessein qu’il me donne d’employer pour luy tout ce que j’ay receu de luy, je vous parleray de telle sorte que je vous feray peut-estre regreter de n’avoir pas affaire à un homme de Port-Eoyal. Et, pour vous le témoigner, mes Peres, c’est qu’au lieu que ceux que vous outragez par cette insigne calomnie se contentent d’offrir à Dieu leurs gemissemens pour vous en obtenir le pardon, je me sens obligé, moy qui n’ay point de part à cette injure, de vous en faire rougir à la face de toute l’Eglise, pour vous procurer cette confusion salutaire dont parle l’Escriture, qui est presque l’unique remede d’un endurcissement tel que le vostre : Impie faciès eorum ignominiâ, et quœrent nomen tuum, Domine.
Il faut arrester cette insolence, qui n’espargne point les lieux les plus saints. Car qui pourra estre en seureté après une calomnie de cette nature? Quoy, mes Peres, afficher vous mesmes dans Paris un livre si scandaleux avec le nom de vostre Pere Meynier à la teste, et sous cét infâme titre : Le Port-Royal et Genève di intelligence contre le tres-saint Sacrement de V Autel , où vous accusez de cette apostasie non seulement M. de S. Cyran et M. Arnauld, mais aussi la Mere Agnès sa sœur, et toutes les Eeligieuses de ce monastère, dont vous dites, page 96, que leur foy est aussi suspecte touchant V Eucharistie que celle de M. Arnauld, lequel vous soutenez, page 4, estre effectivement Calviniste. Je demande là dessus à tout le monde s’il y a dans l’Eglise des personnes sur qui vous puissiez faire tomber un si abominable reproche