‹ Les lettres provinciales. Edited by H.F. StewartChapitre 105 sur 181 · le plus C. 24. Pennalossa, qui les excusent, mais C · texte numérisé non relu

le plus C. 24. Pennalossa, qui les excusent, mais C

2o8 LES LETTRES PROVINCIALES

par là beaucoup de maux, si Dieu n'avoit permis que vous ayez fourny vous-mesmes les moyens de les empêcher, et de rendre toutes vos impostures sans effet. Car il ne faut que publier cette estrange maxime, qui les exempte de crime, 5 pour vous oster toute créance. La calomnie est inutile si elle n'est jointe à une grande réputation de sincérité. Un médisant ne peut reiissir s'il n'est en estime d'abhorrer la médisance, comme un crime dont il est incapable. Et ainsi, mes Pères, vostre propre principe vous trahit. Vous l'avez

10 estably pour assurer vostre conscience : car vous vouliez médire sans estre damnez, et estre de ces saints et pieux calomniateurs dont parle S. Athanase. Vous avez donc embrassé, pour vous sauver de l'enfer, cette maxime qui vous en sauve sur la foy de vos Docteurs ; mais cette maxime

15 mesme, qui vous garantit selon eux des maux que vous craignez en l'autre vie, vous oste en celle-cy l'utilité que vous en espériez : de sorte qu'en pensant éviter le vice de la médisance, vous en avez perdu le fruit, tant le mal est contraire à soy-mesme, et tant il s'embarrasse et se détruit par sa pro-

20pre malice.

Vous calomnierez donc plus utilement pour vous en faisant ' prof ession de dire, avec S. Paul, que les simples médisans, maledici, sont indignes de voir Dieu, puisqu'au moins vos médisances en seroient plutôt creuës, quoy que à la vérité

25 vous vous condamneriez vous-mesmes; mais en disant, comme vous faites, que la calomnie contre vos ennemis n'est pas un crime, vos médisances ne seront point creuës, et vous ne laisserez pas de vous damner. Car il est certain, mes Pères, et que vos Auteurs graves n'anéantiront pas la

30 Justice de Dieu, et que vous ne pouviez donner une preuve plus certaine que vous n'estes pas dans la vérité qu'en recourant au mensonge. Si la vérité estoit pour vous, elle combattroit pour vous, elle vaincroit pour vous, et, quelques ennemis que vous eussiez, la vérité vous en delivreroit, selon

35 sa promesse. Vous n'avez recours au mensonge que pour soutenir les erreurs dont vous flatez les pécheurs du monde, et pour appuyer les calomnies dont vous opprimez les personnes de pieté qui s'y opposent. La vérité estant contraire à vos fins, il a fallu mettre vostre confiance au mensonge,

40 comme dit un prophète. Vous avez dit : Les mnlheurs qui affligent les hommes ne viendront pas jusques à nous ; car nous avons espéré au mensotige, et le mensonge notis protégera. Mais que leur répond le prophète? D'autant, dit-il, q7ie vous avez

viis vostre espérance en la calomnie et au tumulte, sperastis in calumnid et in tumultu, cette iniquité vous sera imputée, et vostre ruine sera semblable à celle d'une haute muraille qui tombe d'une clieûte impreveu'é, et à celle d'un vaisseau de terre, qu'on brise et qu'on écrase en toutes ses parties par tm effort si 6 puissant et si uîiiversel qu'il n'en restera pas un test où l'onjnci^se puiser un peu d'eau ou porter un peti de feu, parce que, comme dit un autre prophète, vous avez affligé le cœur du juste, que je n'ay point affligé moy-mesme, et vous avez ff,até et fortifié la malice des impies. Je retireray donc mon peuple de vos mains, 10 et je feray connoistre que je suis leur seigneur et le vostre.

Oiiy, mes Pères, il faut espérer que, si vous ne changez d'esprit, il retirera de vos mains ceux que vous trompez depuis si longtemps, soit en les laissant dans leurs desordres par vostre mauvaise conduite, soit en les empoisonnant par 15 vos médisances. Il fera concevoir aux uns que les fausses règles de vos Casuistes ne les mettront point à couvert de sa colère, et il imprimera dans l'esprit des autres la juste crainte de se perdre en vous écoutant et en donnant créance à vos impostures, comme vous vous perdez vous-mesmes en 20 les inventant et en les semant dans le monde. Car, il ne s'y faut pas tromper : on ne se mocque point de Dieu, et on ne viole point impunément le commandement qu'il nous a fait dans l'Evangile de ne point condamner nostre prochain sans estre bien asseùré qu'il est coupable. Et ainsi, quelque pro- 26 fession de pieté que fassent ceux qui se rendent faciles à recevoir vos mensonges, et souz quelque prétexte de dévotion qu'ils le fassent, ils doivent appréhender d'estre exclus du royaume de Dieu pour ce seul crime, d'avoir imputé d'aussi grands crimes que l'heresie et le schisme à des PrestresSO catholiques et à des Religieuses, sans autres preuves que des impostures aussi grossières que les vostres. Le démon, dit M. de Genève, est sur la langue de celuy qui médit, et dans l'oreille de celuy qui l'écoute. Et la médisance, dit Saint Bernard, Gant. 24, est un poison qui esteint la charité en l'unSd et en l'autre. De sorte qu'une seule calomnie peut estre viortelle à une infinité d'ames, puisqu'elle tuë non seulement ceux qui la publient, mais encore tous ceux qui ne la rejettent pas.

Mes Révérends Pères, mes Lettres n'avoient pas accoustumé 40 de se suivre de si près, n'y d'estre si estenduës. Le peu de

6. avec lequel on puisse C. 13. Dieu retirera U. 19. en ajoutant

foy à U. 31. de saintes Religieuses.

temps que j'ay eu a esté cause de l'un et de l'autre. Je n'ay fait celle-ey plus longue que parce que je n'ay pas eu le loisir de la faire plus courte. La raison qui m'a obligé de me haster vous est mieux connue qu'à moy. Vos Eesponses vous re- 5 ûssissoient mal. Vous avez bien fait de changer de méthode, mais je ne sçay si vous avez bien choisi, et si le monde ne dira pas que vous avez eu peur des Bénédictins.

Je viens d'apprendre que celuy que tout le monde faisoit Auteur de vos Apologies les désavoue, et se fasche qu'on les luy

10 attribue. Il a raison, et j'ay eil tort de l'en avoir soupçonné. Car, quelque assurance qu'on m'en eust donnée, je devois penser qu'il avait trop de jugement pour croire vos impostures, et trop d'honneur pour les publier sans les croire. Il y a j)eu, de gens du monde capables de ces excez qui vous sont proptres, et qui

15 marquent trop vostre caractère pour me rendre excusable de ne vous y avoir pas reconnus. Le bruit commun m'avoit emporté. Mais cette excuse, qui serait trop bonne pour vous, n'est pas suffisante pour moy, qui fais profession de 7ie rien dire sans ineuve certaine, et qui n'en ay dit aucune que celle-là. Je m'en

20 repens, je la desadvoue, et je souhaite que vous profitiez de mon exemple.

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BIX-SEPTIÉME LETTRE

ESCBITE PAR L'A UTHEUR DES LETTRES A U PROVINCIAL

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