estât ou avec C
vir avant ma quinzième lettre ; mais à présent, mes Pères, on ne s'y prend plus. On va voir le Concile, et on trouve que vous estes des imposteurs. Car ces termes de présence locale, localement, localité, n'y furent jamais. Et je vous déclare de plus, mes Pères, qu'ils ne sont dans aucun autre 5 lieu de ce Concile, ny dans aucun autre Concile précèdent, ny dans aucun Père de l'Eglise. Je vous prie donc sur cela, mes Pères, de dire si vous prétendez rendre suspects de Calvinisme tous ceux qui n'ont point usé de ce terme. Si cela est, le Concile de Trente en est suspect, et tous les Pères 10 sans exception. Vous estes trop équitables pour faire un si grand fracas dans l'Eglise pour une querelle particulière. N'avez-vous point d'autre voye pour rendre M. Arnauld hérétique, sans offenser tant de gens qui ne vous ont point fait de mal, entr'autres S. Thomas, qui est un des plus grands def- 15 fenseurs de l'Eucharistie, et qui s'est si peu servi de ce terme qu'il l'a rejette, au contraire, 3 p., q. 76, a. 5, où il dit : Nulle modo corpus Christi est in hoc sacramento localiter? Qui estes-vous donc, mes Pères, pour imposer de vostre autorité de nouveaux termes, dont vous ordonnez de se servir pour 20 bien exprimer sa foy, comme si la profession de foy dressée par les Papes selon l'ordre du Concile, où ce terme ne se trouve point, estoit défectueuse, et laissoit une ambiguïté dans la croyance des fidèles que vous seuls eussiez découverte? Quelle témérité de prescrire ces termes aux Docteurs mes- 25 mes ! quelle fausseté de les imposer à des Conciles généraux ! et quelle ignorance de ne sçavoir pas les difïicultez que les Saints les plus éclairez ont fait de les recevoir ! Rougissez, mes Pères, de vos impostures ignorantes, comme dit l'Escriture aux imposteurs ignorans comme vous : De mendacio in- 30 eruditionis tuce confundere.
N'entreprenez donc plus de faire les maistres. Vous n'avez ny le caractère ny la suffisance pour cela. Mais si vous voulez faire vos propositions plus modestement, on pourra les écouter. Car, encore que ce mot de présence locale ayt esté 35 rejette par S. Thomas comme vous avez veu, à cause que le corps de Jesus-Christ n'est pas en l'Eucharistie dans l'estenduë ordinaire des corps en leur lieu, neantmoins ce terme a esté reçeu par quelques nouveaux Auteurs de controverses, parce qu'ils entendent seulement par là que le corps de 40 Jesus-Christ est vrayment sous les espèces, lesquelles estant
10. Saints Pères G. 11. om. Vous . . . particulière C. 25. témérité
de les prescrire aux A.
en un lieu particulier, le corps de Jesus-Christ y est aussi. Et en ce sens M. Arnauld ne fera point de difficulté de l'admettre, puisque M. de S. Cyran et luy ont déclaré tant de fois que Jesus-Christ dans l'Eucharistie est véritablement 6 en un lieu particulier, et miraculeusement en plusieurs lieux à la fois. Ainsi tous vos rafinements tombent par terre, et vous n'avez pu donner la moindre apparence à une accusation qu'il n'eust esté permis d'avancer qu'avec des preuves invincibles.
10 Mais à quoy sert, mes Pères, d'opposer leur innocence à vos calomnies ? Vous ne leur attribuez pas ces erreurs dans la créance qu'ils les soutiennent, mais dans la créance qu'ils vous font tort. C'en est assez, selon vostre Théologie, pour les calomnier sans crime, et vous pouvez sans confession ny
15 pénitence dire la Messe en mesme temps que vous imputez à des Prestres, qui la disent tous les jours, de croire que c'est une pure idolâtrie, ce qui seroit un si horrible sacrilège que vous-mesmes avez fait pendre en effigie vostre propre Père Jarrige, sur ce qu'il avoit dit la Messe, estant d'intelli-
20 gence avec Genève.
Je m'estonne donc non pas de ce que vous leur imposez avec si peu de scrupule des crimes si grands et si faux, mais de ce que vous leur imposez avec si peu de prudence des crimes si peu vray-semblables. Car vous disposez bien
25 des péchez à vostre gré, mais pensez-vous disposer de mesme de la créance des hommes ? En vérité, mes Pères, s'il falloit que le soupçon de Calvinisme tombast sur eux ou sur vous, je vous trouverois en mauvais termes. Leurs discours sont aussi catholiques que les vostres, mais leur conduite confirme
30 leur foy, et la vostre la dément. Car, si vous croyez aussi bien qu'eux que ce pain est réellement changé au corps de Jesus-Christ, pourquoy ne demandez-vous pas, comme eux, que le cœur de pierre et de glace de ceux à qui vous conseillez d'en approcher soit sincèrement changé en un cœur de
35 chair et d'amour ? Si vous croyez que Jesus-Christ y est dans un estât de mort pour apprendre à ceux qui s'en approchent à mourir au monde, aux péchez, et à eux-mesmes, pourquoy portez-vous à en approcher ceux en qui les vices et les passions criminelles sont encore toutes vivantes? Et comment
40 jugez-vous dignes de manger le pain du ciel ceux qui ne le seroient pas de manger celuy de la terre ?
13. vous nuisent C. 19. Messe, au temps où il estoit C. 34. de s'en
approcher C.
SEIZlfeMK LETTRE «©5
O grands venerateurs de ce saint mystère, dont le zèle s'employe à persécuter ceux qui l'honnorent par tant de communions saintes, et à flatter ceux qui le deshonnorent par tant de communions sacrilèges ! Qu'il est digne de ces défenseurs d'un si pur et si adorable sacrifice d'environner la 5 table de Jesus-Christ de pécheurs envieillis, tout sortans de leurs infamies, et de placer au milieu d'eux un prestre que son confesseur mesme envoie de ses impudicitez à l'autel, pour y offrir en la place de Jesus-Christ cette victime toute sainte au Dieu de sainteté, et la porter de ses mains soûil- 10 lées en ces bouches toutes soiiillées ! Ne sied-il pas bien à ceux qui pratiquent cette conduite par toute la terre, selon des maximes approuvées de leur propre General, d'imputer à l'Auteur de la Fréquente Communion et aux Filles du saint Sacrement de ne pas croire le saint Sacrement ? 15
Cependant cela ne leur suffit pas encore. Il faut, pour satisfaire leurs passions, qu'ils les accusent afin d'avoir renoncé à Jesus-Christ et à leur baptesme. Ce ne sont pas là, mes Pères, des contes en l'air comme les vostres. Ce sont les funestes emportemens par où vous avez comblé la mesure 20 de vos calomnies. Une si insigne fausseté n'eust pas esté en des mains dignes de la soutenir, en demeurant en celles de vostre bon ami Filleau, par qui vous l'avez fait naistre : vostre Société se l'est attribuée ouvertement, et vostre P. Meynier vient de soutenir comme une vérité certaine que Port-Eoyal 25 forme une cabale secrète depuis 35 ans, dont M. de S. Cyran et M. d'Ipre ont esté les chefs, pour ruiner le mystère de l'Incarnation, faire passer l'Evangile pour tine histoire apocryphe, exterminer la Religion chrestienne, et élever le Déisme sur les ruines du Christianisme. Est-ce là tout, mes Pères ? Serez- 30 vous satisfaits si l'on croit tout cela de ceux que vous haïssez ? Vostre animosité seroit-elle enfin assouvie, si vous les aviez mis en horreur non seulement à tous ceux qui sont dans l'Eglise, par l'intelligence avec Genève, dont vous les accusez, mais encore à tous ceux qui croyent en Jesus-Christ, quoy 35 que hors l'Eglise, par le déisme que vous leur imputez ?
Mais qui ne sera surpris de l'aveuglement de vostre conduite ? Car à qui pretendez-vous persuader, sur vostre seule parole, sans la moindre apparence de preuve, et avec toutes
5. de faire environner C. 37. Mais à qui pretendez-vous persuader sur
vostre seule parole, sans la moindre apparence de preuve, et avec toutes les contradictions imaginables, que dei< Prestres qui ne prescheut que la grâce de Jesus-Christ, la pureté de l'Evangile, et le.s obligations du baptême ont renoncé à leur baptême, a l'Evangile, et à Jesus-Christ ? Qui le croira C.
2o6 LES LETTRES PROVINCIALES
les contradictions imaginables, que des Evêques et des Prêtres qui n'ont fait autre chose que prescher la grâce de Jesus-Christ, la pureté de l'Evangile, et les obligations du baptême, avoient renoncé à leur baptesme, à l'Evangile et à 6 Jesus-Christ ? qu'ils n'ont travaillé que pour establir cette apostasie, et que le Port-Eoyal y travaille encore ? Qui le croira, mes Pères ? Le croyez-vous vous-mesmes, misérables que vous estes? Et à quelle extrémité estes-vous réduits, puisqu'il faut nécessairement ou que vous prouviez cette
10 accusation, ou que vous passiez pour les plus abandonnez calomniateurs qui furent jamais? Prouvez-le donc, mes Pères ; nommez cet ecclésiastique de mérite que vous dites avoir assisté à cette assemblée de Bourg-Fontaine en 1621, et avoir découvert à vostre Filleau le dessein qui y fut pris de
15 destruire la Eeligion chrestienne. Nommez ces six personnes que vous dites y avoir formé cette conspiration. Nommez celuy qui est designé par ces lettres A. A., que vous dites, p. 15, n'estre pas Antoine Arnauld, parce qu'il vous a convaincus qu'il n'avoit alors que neuf ans, mais un autre qui est encore
20 en vie, et qui est trop bon amy de M. Arnauld pour luy estre inconnu. Vous le connoissez donc, mes Pères, et par conséquent, si vous n'estes vous-mesmes sans Eeligion, vous estes obligez de déférer cet impie au Eoy et au Parlement, pour le faire punir comme il le, meriteroit. Il faut parler,
25 mes Pères : il faut le nommer, ou souffrir la confusion de n'estre plus regardez que comme des menteurs indignes d'estre jamais creus. C'est en cette manière que le bon P. Valerien nous a appris qu'il falloit mettre d la gesne et pousser à bout de tels imposteurs. Vostre silence là dessus
30 sera une pleine et entière conviction de cette calomnie diabolique. Les plus aveugles de vos amys seront contraints d'avouer que ce ne sera point un effet de vostre vertu, mais de vostre impuissance; et d'admirer que vous ayez esté si méchans que de l'estendre jusques aux Eeligieuses de Port-
36 Eoyal, et de dire, comme vous faites, p. 14, que le Chappelet secret du S. Sacrement, composé par l'une d'elles, a esté le premier fruit de cette conspiration contre Jesus-Christ ; et, dans la p. 95, qu'on leur a inspiré toutes les détestables maximes de cet écrit, qui est selon vous une instruction de Déisme.
40 On a desja ruiné invinciblement vos impostures sur cet écrit dans la défense de la Censure de feu M. l'Archevesque de
9. prouviez qu'ils ne croient pas en J. -Christ, ou que 0. 19. autre que
vous dites estre encore en. vie, et trop bon amy C
Paris contre vostre P. Brisacier. Vous n'avez rien à y repartir, et vous ne laissez pas d'en abuser encore d'une manière plus honteuse que jamais, pour attribuer à des filles d'une pieté connue de tout le monde le comble de l'impiété. Cruels et lasches persécuteurs, faut-il donc que les cloistres 5 les plus retirez ne soient pas des asyles contre vos calomnies ? Pendant que ces saintes Vierges adorent nuit et jour J.-C. au S. Sacrement, selon leur institution, vous ne cessez nuit et jour de publier qu'elles ne croyent pas qu'il soit ny dans l'Eucharistie, ny mesme à la droite de son Père, et vous les 10 retranchez publiquement de l'Eglise, pendant qu'elles prient dans le secret pour vous et pour toute l'Eglise. Vous calomniez celles qui n'ont point d'oreilles pour vous oûir, ny de bouche pour vous répondre. Mais Jesus-Christ, en qui elles sont cachées pour ne paroistre qu'un jour avec luy, vous 15 écoute et répond pour elles. On l'entend aujourd'huy, cette voix sainte et terrible, qui estonne la nature et qui console l'Eglise. Et je crains, mes Pères, que ceux qui endurcissent leurs cœurs, et qui refusent avec opiniâtreté de l'ouïr quand il parle en Dieu, ne soient forcez de l'ouïr avec effroy quand 20 il leur parlera en Juge.
Car enfin, mes Pères, quel compte lui pourrez-vous rendre de tant de calomnies, lorsqu'il les examinera non sur les fantaisies de vos PP. Dicastillus, Gans, et Pennalossa, mais sur les règles de sa vérité éternelle et sur les saintes ordon- 26 nances de son Eglise, qui, bien loin d'excuser ce crime, l'abhorre tellement qu'elle l'a puny de mesme qu'un homicide volontaire. Car elle a différé aux calomniateurs, aussi bien qu'aux meurtriers, la communion jusques à la mort par le I et II Concile d'Arles. Le Concile de Latran a jugé 30 indignes de Testât ecclésiastique ceux qui en ont esté convaincus, quoy qu'ils s'en fussent corrigez. Les Papes ont mesme menacé ceux qui auroient calomnié des Evesques, des Prestres, ou des Diacres, de ne leur point donner la communion à la mort. Et les auteurs d'un écrit diffamatoire qui 86 ne peuvent prouver ce qu'ils ont avancé sont condamnez par le Pape Adrien à estre fouettez, mes Révérends Pères, flagellenttir. Tant l'Eglise a toujours esté éloignée des erreurs de vostre Société si corrompue qu'elle excuse d'aussi grands crimes que la calomnie, pour les commettre elle-mesme avec 40 plus de liberté.
Certainement, mes Pères, vous seriez capables de produire