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Décret de Rome qui condamnoit son opinion touchant le mouvement de la terre. Ce ne sera pas cela qui prouvera qu'elle demeure en repos ; et, si l'on avoit des observations constantes qui prouvassent que c'est elle qui tourne, tous les hommes ensemble ne l'empescheroient pas de tourner, 5 et ne s'empescheroient pas de tourner aussi avec elle. Ne vous imaginez pas de mesme que les lettres du Pape Zacharie pour l'excommunication de S. Virgile, sur ce qu'il tenoit qu'il y avoit des antipodes, ayent anéanti ce nouveau monde ; et qu'encore qu'il eust déclaré que cette opinion 10 estoit une erreur bien dangereuse, le Roy d'Espagne ne se soit pas bien trouvé d'en avoir plûtost cru Christophe Colomb, qui en venoit, que le jugement de ce Pape qui n'y avoit pas esté, et que l'Eglise n'en ait pas receu un grand avantage, puisque cela a procuré la connoissance de l'Evan- 15 gile à tant de peuples qui fussent péris dans leur infidélité.
Vous voyez donc, mon Père, quelle est la nature des choses de fait, et par quels principes on en doit juger : d'où il est aisé de conclure sur nostre sujet que, si les cinq propositions ne sont point de Jansenius, il est impossible qu'elles 20 en ayent esté extraites, et que le seul moyen d'en bien juger et d'en persuader le monde est d'examiner ce livre en une conférence réglée, comme on vous le demande depuis si long-temps. Jusques là vous n'avez aucun droit d'appeller vos adversaires opiniastres, car ils seront sans blasme sur ce 25 point de fait, comme ils sont sans erreurs sur les points de foy ; catholiques sur le droit, raisonnables sur le fait, et innocens en l'un et en l'autre.
Qui ne s'estonnera donc, mon Père, en voyant d'un costé une justification si pleine, de voir de l'autre des accusations 30 si violentes ? Qui penseroit qu'il n'est question entre vous que d'un fait de nulle importance, qu'on veut faire croire sans le monstrer ? Et qui oseroit s'imaginer qu'on fist par toute l'Eglise tant de bruit pour rien, j)ro nihilo, mon Père, comme le dit S. Bernard ? Mais c'est cela mesme qui est le 35 principal artifice de vostre conduite, de faire croire qu'il y va de tout en une affaire qui n'est de rien, et de donner à entendre aux personnes puissantes qui vous écoutent, qu'il s'agit dans vos disputes des erreurs les plus pernicieuses de Calvin et des principes les plus importans de la foy ; afin 40 que, dans cette persuasion, ils emploient tout leur zèle et toute leur autorité contre ceux que vous combattez, comme si le salut de la Religion catholique en dependoit; au lieu
que, s'ils venoient à connoistre qu'il n'est question que de ce petit point de fait, ils n'en seraient nullement touchez, et ils auroient au contraire bien du regret d'avoir fait tant d'efforts pour suivre vos passions particulières en une affaire 6 qui n'est d'aucune conséquence pour l'Eglise.
Car enfin, pour prendre les choses au pis, quand mesme il seroit véritable que Jansenius auroit tenu ces propositions quel malheur arriveroit-il de ce que quelques personnes en douteroient, pourveu qu'ils les détestent, comme ils le font
10 publiquement ? N'est-ce pas assez qu'elles soient condamnées par tout le monde sans exception, au sens mesme où vous avez expliqué que vous voulez qu'on les condamne? En seroient-elles plus censurées quand on diroit que Jansenius les a tenues ? A quoy serviroit donc d'exiger cette reconnais-
15 sance, sinon à décrier un Docteur et un Evesque qui est mort dans la communion de l'Eglise ? Je ne voy pas que ce soit là un si grand bien, qu'il faille l'acheter par tant de troubles. Quel interest y a l'Estat, le Pape, les Evesques, les Docteurs, et toute l'Eglise ? Cela ne les touche en aucune
20 sorte, mon Père, et il n'y a que vostre seule Société qui recevroit véritablement quelque plaisir de cette diffamation d'un auteur qui vous a fait quelque tort. Cependant tout se remue, parce que vous faites entendre que tout est menacé. C'est la cause secrète qui donne le branle à tous ces grands
25mouvemens, qui cesseroient aussi-tost qu'on auroit sçeu le véritable estât de vos disputes. Et c'est pourquoy, comme le repos de l'Eglise dépend de cet éclaircissement, il estoit d'une extrême importance de le donner, afin que, tous vos déguisemens estant découverts, il paroisse à tout le monde que vos
30 accusations sont sans fondement, vos adversaires sans erreur, et l'Eglise sans hérésie.
Voila, mon Père, le bien que j'ay eu pour objet de procurer, qui me semble si considérable pour toute la Keligion que j'ay de la peine à comprendre comment ceux à qui vous
35 donnez tant de sujet de parler peuvent demeurer dans le silence. Quand les injures que vous leur faites ne les toucheroient pas, celles que l'Eglise souffre devroient, ce me semble, les porter à s'en plaindre ; outre que je doute que les Ecclésiastiques puissent abandonner leur réputation à la
40 calomnie, sur tout en matière de foy. Cependant ils vous laissent dire tout ce qu'il vous plaist, de sorte que, sans l'occasion que vous m'en avez donnée par hasard, peutestre que rien ne se seroit opposé aux impressions scanda-
leuses que vous semez de tous costez. Ainsi leur patience m'estonne, et d'autant plus qu'elle ne peut m'estre suspecte ny de timidité ny d'impuissance, sçachant bien qu'ils ne manquent ny de raisons pour leur justification ny de zèle pour la vérité. Je les vois néanmoins si religieux à se taire que je 6 crains qu'il n'y ayt en cela de l'excès. Pour moy, mon Père, je ne croy pas le pouvoir faire. Laissez l'Eglise en paix, et je vous y laisseray de bon cœur. Mais pendant que vous ne travaillerez qu'à y entretenir le trouble, ne doutez pas qu'il ne se trouve des enfans de la paix qui se croiront obligez 10 d'employer tous leurs efforts pour y conserver la tranquillité.