‹ Les lettres provinciales. Edited by H.F. StewartChapitre 121 sur 181 · om. les seus, la raison, et la foy · texte numérisé non relu

om. les seus, la raison, et la foy

nous présente à examiner, il en faut d'abord reconnoistre la nature, pour voir auquel de ces trois principes nous devons nous en rapporter. S'il s'agit d'une chose surnaturelle, nous n'en jugerons ny par les sens, ny par la raison, mais par l'Escriture et par les décisions de l'Eglise. S'il s'agit d'une 5 proposition non révélée et proportionnée à la raison naturelle, elle en sera le propre juge ; et, s'il s'agit enfin d'un point de fait, nous en croirons les sens, ausquels il appartient naturellement d'en connoistre.

Cette règle est si générale que, selon S. Augustin et 10 S. Thomas, quand l'Escriture mesme nous présente quelque passage dont le premier sens littéral se trouve contraire à ce que les sens ou la raison reconnoissent avec certitude, il ne faut pas entreprendre de les desavouer en cette rencontre pour les soumettre à l'autorité de ce sens apparent 15 de l'Escriture, mais il faut interpréter l'Escriture, et y chercher un autre sens qui s'accorde avec cette vérité sensible, parce que, la parole de Dieu estant infaillible dans les faits mesmes, et le rapport des sens et de la raison agissans dans leur estenduë estant certains aussi, il faut que ces deux veri- 20 tez s'accordent ; et comme l'Escriture se peut interpréter en différentes manières, au lieu que le rapport des sens est unique, on doit en ces matières prendre pour la véritable interprétation de l'Escriture celle qui convient au rapport fidèle des sens. Il faut, dit S. Thomas, 1 p., q. 68, a. 1, 25 observer deux choses selon S. Augustin : l'une, que l'Escriture a toujours un sens véritable ; l'autre, que, comme elle peut recevoir plusieurs sens, quand on en trouve un que la raison convainc certainement de fausseté, il ne faut pas s'obstiner à dire que c'en soit le sens naturel, m^is en chercher un autre qui 30 s'y accorde.

C'est ce qu'il explique par l'exemple du passage de la Genèse où il est escrit qiie Dieu créa deux grands luminaires, le soleil et la hine, et aussi les estoiles : par où l'Escriture semble dire que la lune est plus grande que toutes les estoi- 35 les ; mais, parce qu'il est constant par des démonstrations indubitables que cela est faux, on ne doit pas, dit ce Saint, s'opiniastrer à défendre ce sens littéral ; mais il faut en chercher un autre conforme à cette vérité de fait, comme en disant que le mot de grand luminaire ne marqiie qiie laio grandeur de la lumière de la lune d nostre égard, et nowpas la grandeur de son corps en luy-mesme.

Que si l'on vouloit en user autrement, ce ne seroit pas

rendre l'Escriture vénérable, mais ce seroit au contraire l'exposer au mépris des infidèles : parce, comme dit S. Augustin, que, quand ils auraient connu que nous croyons dans l'Escriture des choses qu'ils sçavent parfaitement estre fausses, ils se briroient de nostre crédulité dans les autres choses qui sont plus cachées, comme la résurrection des morts et la vie éternelle. Et ainsi, adjoûte S. Thomas, ce seroit leur rendre nostre Beligion méprisable, et mesme leur enfermer l'entrée.

Et ce seroit aussi, mon Père, le moyen d'en fermer l'entrée

10 aux hérétiques, et de leur rendre l'autorité du Pape méprisable, que de refuser de tenir pour catholiques ceux qui ne croiroient pas que des paroles sont dans un livre où elles ne se trouvent point, parce qu'un Pape l'auroit déclaré par surprise. Car ce n'est que l'examen d'un livre qui peut faire

15 sçavoir que des paroles y sont. Les choses de fait ne se prouvent que par les sens. Si ce que vous soutenez est véritable, monstrez-le, sinon ne sollicitez personne pour le faire croire : ce seroit inutilement. Toutes les puissances du monde ne peuvent par autorité persuader un point de

20 fait, non plus que le changer : car il n'y a rien qui puisse faire que ce qui est ne soit pas.

C'est en vain, par exemple, que des Eeligieux de Eatisbonne obtinrent du Pape S. Léon IX un Décret solennel par lequel il déclara que le corps de S. Denys, premier Evesque

25 de Paris, qu'on tient communément estre l'Areopagite, avoit esté enlevé de France et porté dans l'Eglise de leur monastère. Cela n'empesche pas que le corps de ce saint n'ayt toujours esté et ne soit encore dans la célèbre Abbaye qui porte son nom, dans laquelle vous auriez peine à faire rece-

30 voir cette Bulle, quoy-que ce Pape y témoigne avoir examiné la chose avec toute la diligence possible, diligentissimè, et avec le conseil de plusieurs Evesques et Prélats : de sorte qu'il oblige estroitement tous les françois, districtè prœcipientes, de reconnoistre et de confesser qu'ils n'ont 2^lus ces saintes reliques.

35 Et néanmoins les François, qui sçavoient la fausseté de ce fait par leurs propres yeux, et qui, ayant ouvert la chasse, y trouvèrent toutes ces reliques entières, comme le témoignent les historiens de ce temps-là, crûrent alors, comme on l'a tousjours crû depuis, le contraire de ce que ce S. Pape leur

40 avoit enjoint de croire, sçachant bien que mesme les Saints et les Prophètes sont sujets à estre surpris.

Ce fust aussi en vain que vous obtîntes contre Galilée ce

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