‹ Les lettres provinciales. Edited by H.F. StewartChapitre 15 sur 181 · néanmoins de vouloir oiiyr B'^Ô. 11. rien dire C · texte numérisé non relu

néanmoins de vouloir oiiyr B'^Ô. 11. rien dire C

qui prenne les choses à cœur, et qui entreprenne de les examiner à fond? Voyez donc combien il y a d'utilité en cela pour les ennemis des Jansénistes. Ils sont seurs par là de triompher, quoy que d'un vain triomphe à leur ordinaire au moins durant quelques mois. C'est beaucoup pour eux, 5 ils chercheront ensuite quelque nouveau moyen de subsister. Ils vivent au jour la journée. C'est de cette sorte qu'ils se sont maintenus jusques à présent, tantost par un catéchisme où un enfant condamne leurs adversaires ; tantost par une procession où la grâce suffisante mené l'efficace en triomphe ; 10 tantost par une comédie où les diables emportent Jansenius ; une autrefois par un Almanach, maintenant par cette censure.

En vérité, luy dis-je, je trouvois tantost à redire au procédé des Molinistes ; mais après ce que vous m'avez dit, j'admire 15 leur prudence et leur politique. Je voy bien qu'ils ne pouvoient rien faire de plus judicieux ni de plus seur. Vous l'entendez, me dit-il : leur plus seur parti a toujours esté de se taire. Et c'est ce qui a fait dire à un sçavant Théologien, Que les plus habiles d'entre eux sont ceux qui intri-20 guent beaucoup, qui parlent peu, et qui n'escrivent point.

C'est dans cet esprit que, dés le commencement des assemblées, ils avoient prudemment ordonné que, si M. Arnauld venoit en Sorbonne, ce ne fust que pour exposer simplement ce qu'il croyoit, et non pas pour y entrer en hce 25 contre personne. Les examinateurs s'estant voulu un peu écarter de cette méthode, ils ne s'en sont pas bien trouvez. Ils se sont veus trop vertement réfutez par le second Apologétique.

C'est dans ce mesme esprit qu'ils ont trouvé cette rare et 30 toute nouvelle invention de la demy-heure et du sable. Ils se sont délivrez par là de l'importuniié de ces fascheux Docteurs qui prenoient plaisir à réfuter toutes leurs raisons, à produire les livres pour les convaincre de fausseté, à les sommer de respondre, et à les réduire à ne pouvoir repli- 35 quer.

Ce n'est pas qu'ils n'ayent bien veu que ce manquement de liberté, qui avoit porté un si grand nombre de Docteurs à se retirer des assemblées, ne feroit pas de bien à leur Censure, et que l'acte de M. Arnauld, seroit un mauvais 40

28. trop fortement E^C. 82. de ces Docteurs qui entrepreuoieut de . . .

de . • . ue &(J. 40. l'acte de protestation de nullité qu'en avoit fait M,

Arnauld dés avant qu'elle fut concilie B^C,

préambule pour la faire recevoir favorablement. Ils oroyent assez que ceux qui ne sont pas duppes considèrent pour le moins autant le jugement de 70 Docteurs qui n'avoient rien à gagner en deffendant M. Arnauld, que celuy d'une centaine 6 d'autres qui n'avoient rien à perdre en le condamnant.

Mais après tout ils ont pensé que c'estoit toujours beaucoup d'avoir une censure, quoy qu'elle ne soit que d'une partie de la Sorbonne et non pas de tout le corps; quoy qu'elle soit faite avec peu ou point de liberté, et obtenue par

10 beaucoup de menus moyens qui ne sont pas des plus réguliers ; quoy qu'elle n'explique rien de ce qui pouvoit estre en dispute, quoy qu'elle ne marque point en quoy consiste cette hérésie, et qu'on y parle peu, de crainte de se mépi-endre. Ce silence mesme est un mystère pour les simples; et la

15 Censure en tirera cet avantage singulier, que les plus critiques et les plus subtils Théologiens n'y pourront trouver aucune mauvaise raison.

Mettez-vous donc l'esprit en repos, et ne craignez point d'estre hérétique en vous servant de la proposition con-

20 damnée. Elle n'est mauvaise que dans la seconde Lettre de M. Arnauld. Ne vous en voulez vous pas fier à ma parole ; croyez en M. le Moyne, le plus ardent des Examinateurs, qui a dit encore ce matin à un Docteur de mes amis, sur ce qu'il luy demandoit, en quoy consiste cette différence dont il

25 s'agit, et s'il ne seroit plus permis de dire ce qu'ont dit les Pères. Cette proposition, luy a-t-îT excellemment répondu, seroit catholique dans une autre bouche. Ce n'est que dans M. Arnauld que la Sorbonne l'a condamnée. Et ainsi admirez les machines du Molinisme, qui font dans l'Eglise de

30 si prodigieux renversemens : Que ce qui est catholique dans les Pères devient hérétique dans M. Arnauld; Que ce qui estoit hérétique dans les Semipelagiens devient orthodoxe dans les escrits des Jésuites ; Que la doctrine si ancienne de S. Augustin est une nouveauté insupportable, et que les in-

35 ventions nouvelles qu'on fabrique tous les jours à nostre veuë, passent pour l'ancienne foy de l'Eglise. Sur cela, il me quitta.

Cette instruction m'a ouvert les yeux. J'y ay compris que c'est icy une hérésie d'une nouvelle espèce. Ce ne sont pas

40 les sentimens de M. Arnauld qui sont hérétiques ; ce n'est que sa personne. C'est une hérésie personnelle. Il n'est pas

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