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Sanchez, tuer hardiment, je ne dis plus en trahison, mais seulement par derrière, ou dans une embusche, un calomniateur qui nous poursuit en justice? Oûy, dit le Père, mais en dirigeant bien l'intention ; vous oubliez tousjours le 5 principal. Et c'est ce que Molina soutient aussi, t. 4, tr. 3, disp. 12 ; et mesme, selon nostre docte Eeginaldus, 1. 21, c. 5, n. 57 ; On peut tuer aussi les faux tesmoins qu'il suscite contre nous ; et enfin, selon nos grands et célèbres Pères Tannerus et Emmanuel Sa, on peut de mesme tuer et les
10 faux tesmoins et le Juge, s'il est de leur intelligence. Voicy ses mots, tr. 3, disp. 4, q. 8, n. 83 : Sotus, dit-il, et Lessius disent qu'il n'est pas permis de tuer les faux tesmoins et le Juge qui conspirent à faire mourir un innocent ; mais Emmanuel Sa et d'autres auteurs ont raison d'improuver ce
15 sentiment là, au moins pour ce qui touche la conscience. Et il confirme encore au mesme lieu qu'on peut tuer et tesmoins et Juge.
Mon Père, luy dis-je, j'entens maintenant assez bien vostre principe de la direction d'intention ; mais j'en veux bien
20 entendre aussi les conséquences, et tous les cas où cette méthode donne le pouvoir de tuer. Eeprenons donc ceux que vous m'avez dits, de peur de méprise : car l'équivoque seroit icy dangereuse. Il ne faut tuer que bien à propos, et sur bonne opinion probable. Vous m'avez donc assuré
25 qu'en dirigeant bien son intention on peut, selon vos Pères, pour conserver son honneur, et mesme son bien, accepter un duel, l'offrir quelquefois, tuer en cachette un faux accusateur, et ses tesmoins avec luy, et encore le juge corrompu qui les favorise. Et vous m'avez dit aussi que celuy qui
30 a receù un soufflet peut, sans se venger, le reparer à coups d'espée. Mais, mon Père, vous ne m'avez pas dit avec quelle mesure. On ne s'y peut guère tromper, dit le Père, car on peut aller jusqu'à le tuer. C'est ce que prouve fort bien nostre sçavant Henriquez, 1. 14, c. 10, n. 3, et
35 d'autres de nos Pères rapportez par Escobar, au tr. 1, ex. 7, n. 48, en ces mots : On peut tuer celuy qtii a donné un soufflet, quoy qu'il s'enfuye, pourveu qu'on évite de le faire par haine ou par vengeance, et que par là on ne domine pas lieu à des meurtres excessifs et nuisibles à l'Estat. Et la
4^0 raison en est qu'on peut ainsi courir après son honneur comme après du bien dérobé. Car, encore que vostre honneîir ne soit pas entre les mains de vostre ennemi comme seroient
35 om. au C. 40. om. ainsi B.
des hardes qu'il vous aurait volées, on peut neantmoins le recouvrer en la mesme manière en donnayit des marques de grandeur et d'autorité, et s'acquerrant par là l'estime des hommes. Et, en effet, n est-il pas véritable que celuy qui a receil un soufflet est réputé sans Jionneur jusqiies à ce qu'il ait 5 tué son ennemi ? Cela me parut si horrible que j'eus peine à me retenir ; mais, pour sçavoir le reste, je le laissay continuer ainsi : Et mesme, dit-il, on peut, pour prévenir un soufflet, tuer ciluy qui le veut donner, s'il n'y a que ce moyen de l'éviter. Cela est commun dans nos Pères. Par 10 exemple Azor, Inst. mor., part. 3, p. 105 (C'est encore l'un des 24 V.) : Est-il permis à un homme d'honneur de tuer celuy qui luy veitt donner un soufflet ou un coup de baston ? Les uns disent que non, et leur raison est que la vie du prochain est plus précieuse que nostre honneur ; outre qu'il y 15 a de la cruauté à tiier un homme pour éviter seulement un soufflet. Mais les autres disent que cela est permis ; et certainement je le trouve probable, quand on ne peut l'éviter autrement : car sans cela l'honneur des imiocens seroit sans cesse exposé d la malice des insolens. Nostre grand Filiutius 20 de mesme, t. 2, tr. 29, c. 3, n. 50, et le P. Hereau dans ses Ecrits de l'Homicide, Hurtado de Mendoza, in 2, disp. 170, sect. IG, § 137, et Becan, Somm., t. 1, q. 64, De Homicid., et nos Pères Flahaut et le Court, dans leurs Escrits, que l'Université dans sa 3 Eequeste a rapportez tout au long pour les 25 décrier, mais elle n'y a pas réussi, et Escobar au mesme lieu, n. 48, disent tous les mesmes choses. Enfin cela est si généralement soutenu que Lessius, 1. 2, c. 9, d. 12, n. 77, en parle comme d'une chose autorisée par le consentement universel de tous les Casuistes. Il est permis, dit-il, selondO le consentement de tous les Casuistes, ex sententid omnium, de tuer celuy qui veut donner un soufflet ou un coup de baston, qua7id on ne le peut éviter autrement. En voulez-vous davantage ?
Je l'en remerciay, car je n'en avois que trop entendu ; 35 mais, pour voir jusqu'où iroit une si damnable doctrine, je luy dis : Mais, mon Père, ne sera-t-il point permis de tuer pour un peu moins ? Ne sçauroit-on diriger son intention en sorte qu'on puisse tuer pour un dementy ? Ouy, dit le
12, om. V. Ifl. 28. Leasius le décide comme uue chose qui n'est con-
testée d'aucun casuiste 1. 2, c. 9, n. 76. Car il en apporte un grand nombre qui sont de cette opinion et aucun qui soit contraire ; et mesme il allègue, n. 77. rierre Navarre, qui, parlant généralement des affronts, dont il "n'y a pas de plus sensible qu'un soufflet selon le consentement de C.
Père, et, selon nostre Père Baldelle, 1. 3, disp. 24, n. 24, rapporté par Escobar au mesme lieu, n. 49, il est jjermis de tuer celuy qui vous dit : Vous avez menti, si on ne peut le reprimer autrement. Et on peut tuer de la mesme sorte pour 5 des mesdisances, selon nos Pères. Car Lessius, que le Père Hereau entr'autres suit mot à mot, dit au lieu déjà cité : Si vous taschez de ruiner ma repîitation par des calomnies devant des personnes d'Jionneur, et que je ne puisse l'éviter autrement qu'en vous tuant, le puis-je faire ? Oiiy, selon des Autheurs
10 modernes, et mesme encore que le crime que vous 'publiez soit véritable, si toutefois il est secret, en sorte que vous ne puissiez le découvrir selon les voyes de la justice. Et en voicy la preuve. Si vous me voulez ravir l'honneur en me donnant un sorifflet, je puis l'empescher par la force des armes ; donc la mesme
15 défense est permise quand vous me voulez faire la mesme injure avec la langue. De plus, on peut empescher les affronts : donc on pPMt empescher les médisances. Enfin, l'honneur est plus cher que la vie. Or on peut tuer pour défendre sa vie : donc on peut tuer poiir défendre son honneur.
20 Voila des argumens en forme. Ce n'est pas là discourir ; c'est prouver. Et enfin ce grand Lessius monstre au mesme endroit, n. 78, qu'on peut tuer mesme pour un simple geste ou un signe de mespris. On peut, dit-il, attaquer et oster l'honneur en plusieurs manières dans lesquelles la défense
25paroist bien juste ; comme si on veut donner un coîip de baston ou un soufflet, oti si on veut nous faire affront par des paroles ou par des signes, sive per signa.
0 mon Père ! luy dis-je, voila tout ce qu'on peut souhaiter pour mettre l'honneur à couvert ; mais la vie est bien ex-
30 posée si, pour de simples médisances et des gestes desobligeans, on peut tuer le monde en conscience. Cela est vray, me dit-il ; mais, comme nos Pères sont forts circonspects, ils ont trouvé à propos de défendre de mettre cette doctrine en usage en de certaines occasions, comme pour les simples
35 médisances. Car ils disent au moins : Qu'à peine doit-on la prattiquer, practicè vix probari potest. Et ce n'a pas esté sans raison ; la voicy. Je la sçay bien, luy dis-je : c'est parce que la loy de Dieu défend de tuer. Ils ne le prennent pas par là, me dit le Père ; ils le trouvent permis en conscience,
40 et en ne regardant que la vérité en elle-mesme. Et pourquoy le defendent-ils donc ? Escoutez-le, dit-il. C'est parce qu'on dépeupleroit un Estât en moins de rien, si on en tuoit