‹ Les lettres provinciales. Edited by H.F. StewartChapitre 38 sur 181 · ou des g. C 34. en cea petites occasions C. 37. Je le C · texte numérisé non relu

ou des g. C 34. en cea petites occasions C. 37. Je le C

tous les médiflans. Aprenez-le de nostre Reginaldus, 1. 21, n. 63, p. 260 : Eticore que cette opinion, qu'on petit tuer pour une médisance ne soit pas sans probabilité dans la théorie, il faut suivre le contraire dans la 2)rattique. Car il faut toujours éviter le dommage de l' Estât dans la manières de se défendre. Or il est visible qu'en tuant le monde de cette sorte, il se feroit un trop grand novibrc de meurtres. Lessius en parle de mesmo au lieu déjà cité : Il faut prendre garde que l'usage de cette maxivie ne soit nuisible à l'Estat. Car alors il ne faut pas le j^ermcttre : tune enim non est per- 10 mittendus.

Quoy, mon Père, ce n'est donc icy qu'une défense de politique, et non pas de religion ? Peu de gens s'y arreste- Tont, et surtout dans la colère. Car il pourroit estre assez probable qu'on ne fait point de tort à l'Estat de le purger 15 d'un meschant homme. Aussi, dit-il, nostre Père Filiutius joint à cette raison là une autre bien considérable, tr. 29, c. 3, n. 51 : C'est qu'on seroit puni en justice en tîiant le monde pour ce sujet. Je vous le disois bien, mon Père, que vous ne feriez jamais rien qui vaille, tant que vous n'auriez point 20 les juges de vostre costé. Les juges, dit le Père, qui ne pénètrent pas dans les consciences, ne jugent que par le dehors de l'action, au lieu que nous regardons principalement à l'intention. Et de là vient que nos maximes sont quelquefois un peu différentes des leurs. Quoy qu'il en soit, mon 25 Père, il se conclut fort bien des vostres qu'on peut tuer les médisans en seureté de conscience, poui-veû que ce soit en seureté de sa personne.

Mais, mon Père, après avoir si bien pourveii à l'honneur, n'avez-vous rien fait pour le bien ? Je sçay qu'il est de moin- 30 dre considération ; mais il n'importe. Il me semble qu'on peut bien diriger son intention à tuer pour le conserver, Oiiy, dit le Père ; et je vous en ay touché quelque chose qui vous a pu donner cette ouverture. Tous nos Casuistes s'y accordent ; et mesme on le permet encore que l'on ne craigne 35 phis aucune violence de ceux qui nous ostent nostre bien, comme quand ils s'enfuient. Azor, de nostre Société, le prouve, p. 3, 1. 2, c. 1, q. 20.

Mais, mon Père, combien faut-il que la chose vaille pour nous porter à cette extrémité? Il faut, selon Reginaldus, 40 1. 21, c. 5, n. 68, et Tanneras, in t. 3, disp. 4, p. 8, d. 4, n. 69, que la chose soit de grand prix au jugement d'un homme pru-

26. qu'en évitant les dommages de Testât on C. il. 66 ... ia 2, 2 ail edd.

dent. Et Layman et Filiutius en parlent de mesme. Ce n'est rien dire, mon Père : où ira-t-on chercher un homme prudent, dont la rencontre est si rare, pour faire cette estimation ? Que ne determinent-ils exactement la somme ? Comment ! dit le 5 Père, estoit-il si facile, à votre avis, de comparer la vie d'un homme, et d'un Chrestien, à de l'argent? C'est ici oh je veux vous faire sentir la nécessité de nos Casuistes. Cherchez-moy dans tous les anciens Pères pour combien d'argent il est permis de tuer un homme. Que vous diront-ils sinon :

10 Non occides ; vous ne tuerez point ? Et qui a donc ozé déterminer cette somme? respondis-je. C'est, me dit-il, nostre grand et incomparable Molina, la gloire de nostre Société, qui, par sa prudence inimitable, l'a estimée à & ou 1 ducats, poîir lesquels il asseure qu'il est permis de tuer, encore

15 que celuy qui les emporte s'enfuye. C'est en son t. 4, tr. 3, disp. 16, d. 6. Et il dit de plus au mesme endroit, qu'il noseroit condamner d'aucun péché un homme qui tue celuy qui luy veut oster une chose de la valeur d'un escu ou moins ; unius aurei, vel minoris adhuc valoris. Ce qui a porté Escobar à

20e8tablir cette règle générale, n. 44, que régulièrement on petit tuer un homme pour la valeur d'un escu, selon Molina.

0 mon Père ! d'où Molina a-t-il pu estre éclairé pour déterminer une chose de cette importance sans aucun secours de l'Escriture, des Conciles, ni des Pères? Je voy

25 bien qu'il a eu des lumières bien particulières, et bien esloignées de S. Augustin, sur l'homicide, aussi bien que sur la grâce. Me voicy bien sçavant sur ce chapitre ; et je connois parfaitement qu'il n'y a plus que les gens d'Eglise qu'on puisse offenser et pour l'honneur et pour le bien, sans

30 craindre qu'ils tuent ceux qui les offensent. Que voulezvous dire? répliqua le Père. Cela seroit-il raisonnable, à vostre avis, que ceux qu'on doit le plus respecter dans le monde fussent seuls exposez à l'insolence des méschans ? Nos Pères ont prévenu ce desordre. Car Tannerus, t. 3, d. 4, q. 8,

35 d. 4, n. 76, dit. Qu'il est permis aux Ecclésiastiques, et aux Beligieux mesmes, de tuer pour défendre non seulement leur vie, muis aussi leur bien, ou celuy de leur Commiinauté. Molina, qu'Escobar rapporte, n. 43 ; Becan, in. 2, 2, t. 2, q. 7, De Hom., concl. 2, n. 5 ; Eeginaldus, 1. 21, c. 5, n. 68 ; Layman,

401. 3, tr. 3, p. 3, c. 3, n. 4 ; Lessius, 1. 2, c. 9, d. 11, n. 72, et les autres, se servent tous des mesmes paroles.

29. d'Eglise qui s'abstiendront de tuer ceux oui leur feront tort en leur honneur ou en leur bien. Que C. 34. t. 2 ail ead. 40. d. trin. n. 72 S.

Et mesme, selon notre célèbre P. L'Amy, il est permis aux Prestres et aux Religieux de prévenir ceux qui les veulent noircir par des médisances, en les tuant pour les en empescher. Mais c'est toujours en dirigeant bien l'intention. Voicy ses termes, t. 5> disp. 36, n. 118 : Il est permis d un Ecclésiastique^ ou à un Belujieux de tuer un caUmmiateur, qtci viencice de publier des crimes scandaleux de sa Communauté ou de luy mesme, quand il n'y a que ce seul moyen de l'en empescher, comme s'il est prest à respandre ses médisances si on ne le tue promptement. Car, en ce cas, comme il seroit permis à ce 10 Religieux de tuer celuy qui luy voudroit oster la vie, il hiy est permis aiissi de tuer celui qui luy veut oster l'honneur, ou celuy de sa Communarde, de la mesme sorte qu'aux gens du m^tide. Je ne sçavois pas cela, luy dis-je, et j'avois creû simplement le contraire, sans y faire de reflexion, sur ce que j'avois 16 oiiy dire, que l'Eglise abhorre tellement le sang qu'elle ne permet pas seulement aux juges Ecclésiastiques d'assister aux jugemens criminels. Ne vous arrestez pas à cela, dit-il ; nostre Père L'Amy prouve fort bien cette doctrine, quoy que, par un trait d'humilité bien séant à ce grand homme, il la 20 soumette aux lecteurs prudents. Et Caramoùel, nostre illustre défenseur, qui la rapporte dans sa Théologie fondnm^ntale, p. 543, la croit si certaine qu'il soutient que le contraire n'est pas probable; et il en tire des conclusions admirables, comme celle-cy, qu'il appelle la conclusion des 25 conchisions, conclusionum coticlusio ; Qtttin Prestre non seulement peut en de certaines rencontres tuer un calomniateur, mais encore qu'il y en a oit il le doit faire : etiam aliquando débet occidere. Il examine plusieurs questions nouvelles sur ce principe ; par exemple celle-cy : Sçavoir si les Jésuites 30 PEUVENT TUER LES JANSENISTES ? Voila, mon Père, m'escriayje, un point de Théologie bien surprenant, et je tiens les Jansénistes déjà morts par la doctrine du P. L'Amy. Vous voila atrapé, dit le Père. Il conclut le contraire des mesmes principes. Et comment cela? mon Père. Parce, me dit-il, 35 qu'ils ne nuisent pas à nostre réputation. Voicy ses mots, n. 1146 et 1147, p. 547 et 548 : Les Jansénistes appellent les Jes2iites Pelagiens : pourra-t-on les trier pour cela ? Non, d'autant que les Jansénistes n'obscurcissent non plus l'éclat de la Société qu'un hibou c^luy du soleil ; ati contraire, ils l'ont 40 relevée quoy que contre leur intention. Occidi non possunt, quia nocere non potuerunt.

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