‹ Les lettres provinciales. Edited by H.F. StewartChapitre 48 sur 181 · sçauroient pas user de C. 21. mesme, continua-t-il C · texte numérisé non relu

sçauroient pas user de C. 21. mesme, continua-t-il C

NBUVlàME LETTRES t03

pour les personnes mariées ou fiancées. J'appris sur cela les questions les plus extraordinaires et les plus brutales qu'on puisse s'imaginer. Il m'en donna de quoy remplir plusieurs lettres ; mais je ne veux pas seulement en marquer les citations, parce que vous faites voir mes Lettres à toutes 5 sortes de personnes, et je ne voudrois pas donner l'occasion de cette lecture à ceux qui n'y chercheroient que leur divertissement.

La seule chose que je puis vous marquer de ce qu'il me monstra dans leurs livres, mesme François, est ce que vous 10 pouvez voir dans la Somme des -pecliez du P. Bauny, p. 165, de certaines petites privautez qu'il y explique, pourveu qu'on dirige bien son intention, comme à passer pour galaTid ; et vous serez surpris d'y trouver, p. 148, un principe de Morale touchant le pouvoir qu'il dit que les filles ont de disposer 15 de leur virginité sans leurs parents. Voici ses termes : Quand cela se fait du consentement de la fille, quoy que le Père ait sujet de s' en plaindre, ce n'est pas neaiitmoins que ladite fille ou celuy à qui elle s'est prostituée luy ayent fait aucun tort ou violé pour son égard la justice. Car la fille est en possession 20 de sa virginité aussi bien que de son corps ; elle en peut faire ce que bon luy semble, à Vexchision de la mort ou du retranchement de ses membres. Jugez par là du reste. Je me souvins sur cela d'un passage d'un Poëte payen qui a esté meilleur Casuiste que ces Pères, puis qu'il a dit que la virginité d'une 25 fille ne luy appartient pas toute entière ; q^i'une partie appartient au père et l'autre à la mère, sans lesquels elle n'en peut disposer mesme poîir le mariage. Et je doute qu'il y ait aucun juge qui ne prenne pour une loy le contraire de cette maxime du P. Bauny. 30

Voilà tout ce que je puis dire de tout ce que j'entendis, et qui dura si long-temps que je fus obligé de prier enfin le Père de changer de matière. Il le fit, et m'entretint de leurs reglemens pour les habits des femmes en cette sorte : Nous ne parlerons point, dit-il, de celles qui auroient l'intention 35 impure ; mais, pour les autres, Escobar dit au tr. 1, ex. 8, n. 5 : Si on se pare sans viauvaise intention, mais seulement pour satisfaire l'inclination naturelle qu'on a à la vanité, ob naturalem fastus inclinât ionem, ou ce n'est qu'un péché véniel, ou ce n'est point péché du tout. Et le P. Bauny en sa Somme 40 des pecliez, c. 46, p. 1094, dit que, bien que la femme eust connaissance du ma2wais effet que sa diligence à se parer opereroit et au corps et en l'ame de ceux qui la contempleroient ornée de

riches et précieux habits, qu'elle ne pécherait neantmoins en s'en servant. Et il cite entr'autres nostre P. Sanchez pour estre du mesme avis.

Mais, mon Père, que respondent donc vos Autheurs aux 5 passages de l'Escriture qui parlent avec tant de véhémence contre les moindres choses de cette sorte ? Lessius, dit le Père, y a doctement satisfait, De Just., 1. 4, c. 4, d. 14, n. 114, en disant que ces passages de l'Escriture n'estaient des préceptes qu'à l'égard des femmes de ce temps-là pour donner

lOpar leur modestie un exemple d'édification aux Payens. Et d'où a-t-il pris cela, mon Père ? Il n'importe pas d'où il l'ait pris ; il suffit que les sentimens de ces grands hommes là sont toujours probables d'eux-mesmes. Mais le P. le Moyne a

. apporté une modération à cette permission générale. Car il

15 ne le veut point du tout souffrir aux vieilles ; c'est dans la Dévotion aisée, et entr'autres, p. 127, 157, 163. La jeunesse, dit-il, peut estre parée de droit naturel ; il peut estre permis de se parer en un âge qui est la fleur et la verdure des ans. Mais il en faut demeurer là : le contre-temps serait estrange de cher-

20 cher des roses sur la neige. Ce n'est qu'aux estoiles qu'il appartient d' estre toujours au bal, parce qu'elles ont le don de jeunesse perpétuelle. Le meilleur donc, en ce point, serait de prendre conseil de la raison, et d'un bon miroir, de se rendre à la bienséance et à la nécessité ; et de se retirer quand la nuiet

26 approche. Cela est tout à fait judicieux, luy dis-je. Mais, continua-t-il, afin que vous voyiez combien nos Pères ont eu soin de tout, je vous diray que, parce qu'il seroit souvent inutile aux jeunes femmes d'avoir la permission de se parer si on ne leur donnoit aussi le moyen d'en faire la despense,

80 on a estably une autre maxime en leur faveur, qui se voit dans Escobar, au chapitre du Larcin, tr, 1, ex. 9, n. 13. Un^e femme, dit-il, peut prendre de l'argent à son mary eji plusieurs occasions, et entr'autres pour jouer, pour avoir des habits, et pour les attires choses qui luy sont nécessaires.

35 En vérité, mon Père, cela est bien achevé. Il y a bien d'autres choses neantmoins, dit le Père ; mais il faut les laisser pour parler des maximes plus importantes qui facilitent l'usage des choses saintes, comme par exemple la manière

27. que, donnant permission aux femmes de joiier, et voyant que cette permission leur seroit souvent inutile, si on ne leur donnoit aussi le moyen d'avoir de quoy jouer, ils ont estably une autre maxime en leur faveur qui se voit dans Escobar au chap. du larcin tr. 1, ex. 9, n. 13. Une femme dit-il, peut jouer et prendre pour cela de l'argent à son mary. O.

NEUVIÈME LEÎTkË IÔ5

d'assister à la Messe. Nos grands Théologiens, Gaspard Hurtado, De Sacr., to. 2, d, 5, dist. 2 ; et Coninch, q. 83, a. 6, n. 197, ont enseigné sur ce sujet, Qii'il suffit d'estre présent d la Messe de corps, quoy qu'on soit absent d'esprit, pourveu qu'on demeure dans une contenance respectuetise extérieure- 5 ment. Et Vasquez passe plus avant ; car il dit qu'on satisfait au précepte d'oiiyr la messe, encore mesme qu'on ait l'intention de n'en rien faire. Tout cela est aussi dans Escobar, tr. 1, ex. 11, n. 74 et 107, et encore au tr. 1, ex. 1, n. 116, où il l'explique par l'exemple de ceux qu'on meine à la Messe par 10 force, et qui ont l'intention expresse de ne la point entendre. Vrayement, luy dis je, je ne le croirois jamais si un autre me le disoit. En etfet, dit-il, cela a quelque besoing de l'authorité de ces grands hommes ; aussi bien que ce que dit Escobar au tr. 1, ex. 11, n. 31, qu'une meschante intention, 15 comme de regarder des femmes avec un désir impur, jointe à celle d'oiiyr la Messe comme il faut, n'empesche pas qu'on n'y satisfasse : nec obest alia prava intentio, ut aspiciendi libidinosè fœminas.

Mais on trouve encore une chose commode dans no8tre20 sçavant Turrianus, Select., p. 2, d. 16, dub. 7, qu'on peut oilyr la moitié d'une Messe d'un Frestre, et ensuite une autre moitié d'un autre ; et mesme qu'on peut oilyr d'abord la fin de l'une, et ensuite le comviencement d'une autre. Et je vous diray de plus qu'on a permis encore d'oiiyr deux moitiez de Messe 25 en mesme temps de deux différents Prestres, lors que l'un commence la Messe qicand l'autre en est à l'élévation, parce qji'on peut avoir l'attention à ces deux costez à la fois, et qite deux moitiez de Messe font une Messe entière : duce medietates unam missam constitutmt. C'est ce qu'ont décidé nos 30 Pères Bauny, tr. 6, q. 9, p. 312 : Hurtado, De Sacr., t. 2 ; De Missâ, d. 5, diff. 4 ; Azorius, p. 1, 1. 7, cap. 3, q. 3 ; Escobar, tr. 1, ex. 11, n. 73, dans le chapitre De la pratique pour oilyr la Messe selon nostre Société. Et vous verrez les conséquences qu'il en tire dans ce mesme livre de l'édition 35 de Lyon, de l'année 1644 et 1646, en ces termes : De là je conclus que vous pouvez oiiyr la Messe en tres-peu de temps ; si par exemple vous rencontrez quatre Messes à la fois qui soient tellement assorties que, quand l'une commence, l'autre soit à l'Evangile, une autre d la consécration, et la dernière à 40 la communion. Certainement, mon Père, on entendra la Messe dans Nostre-Dame en un instant par ce moyen. Vous

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