Enfin il s'en trouve.des exemples dans les discours Q
l'impuissance de respondre : Quoy, luy dit-il, vous estes Maistre en Israël, et vous ignorez ces choses ? Ce qui est le mesme qu£ s'il eust dit : Prince superbe, reconnoissez que vous ne sçavez rien. Et S. Chrysostome et S. Cyrille disent sur cela, 5 qu'il meritoit d'estre joiié de cette sorte.
Vous voyez donc, mes Pères, que, s'il arrivoit aujourd'huy que des personnes qui feroient les maistres envers les chrestiens, comme Nicodeme et les Pharisiens envers les Juifs, ignoroient les principes de la Eeligion et soûtenoient, par
10 exemple, qu'on peut estre sauvé sans avoir jamais aimé Dieu en toute sa vie, on suivroit en cela l'exemple de Jesus-Chbist, en se jouant de leur vanité et de leur ignorance.
Je m'assure, mes Pères, que ces exemples sacrez suffisent pour vous faire entendre que ce n'est pas une conduite con-
15 traire à celle des Saints de rire des erreurs et des égaremens des hommes ; autrement il faudroit blâmer celle des plus grands Docteurs de l'Eglise, qui l'ont pratiquée, comme S. Hierome dans ses lettres et dans ses escrits contre Jovinien, Vigilance et les Pelagiens ; TertuUien, dans son Apologétique
20 contre les folies des idolâtres ; S. Augustin, contre les Eeligieux d'Afrique, qu'il appelle les chevelus ; S. Irenée, contre les Gnostiques ; S. Bernard et les autres Pères de l'Eglise, qui, ayant esté les imitateurs des Apostres, doivent estre imitez par les fidèles dans toute la suite des temps, puis-
25 qu'ils sont proposez, quoy qu'on en dise, comme le véritable modèle des chrestiens mesme d'aujourd'huy.
Je n'ay donc pas crû faillir en les suivant. Et, comme je pense l'avoir assez monstre, je ne diray plus sur ce sujet que ces excellentes paroles de TertuUien, qui rendent raison de
30 tout mon procédé : Ce que j'ay fait n'est qu'un jeu avant un véritable combat. J'ay monstre les blessures qu'on vous peut faire plûtost que je ne vous en ay fait. Que s'il se trouve des endroits oit l'on soit excité à rire, c'est parce que les sujets mesmes y portoient. Il y a beaucoup de choses qui méritent
35 d'estre moquées et jouées de la sorte, de peur de leur donner du poids en les combattant sérieusement. Bien n'est plus deu à la vanité que la risée, et c'est proprement à la Vérité à qui il appartient de rire, parce qu'elle est gîiaye, et de se jouer de ses ennemis, parce qu'elle est assurée de La victoire. Il est vray
40 q;u'il faut prendre garde que les railleries ne soient pas basses et indignes de la vérité. Mais, à cela prés, quand on pourra s'en servir avec adresse, c'est un devoir que d'en iiser. Ne