déplorables emportemens. C
je redis contre vous ce qui avoit desja esté dit ; je respons que c'est au contraire parce que vous n'avez pas profité de ce qu'on vous l'a desja dit que je vous le redis encore. Car quel fruit a-t-il paru de ce que de sçavans Docteurs et l'Université entière vous en ont repris par tant de livres ? Qu'ont 5 fait vos Pères Annat, Caussin, Pintereau, et le Moyne, dans les responses qu'ils y ont faites, sinon de couvrir d'injures ceux qui leur avoient donné ces avis si salutaires ? Avez- V0U8 supprimé les livres où ces méchantes maximes sont enseignées ? En avez-vous reprimé les Auteurs ? En estes 10 vous devenus plus circonspects ? Et n'est-ce pas depuis ce temps-là qu'Escobar a tant esté imprimé de fois en France et aux Païs-Bas, et que vos Pères Cellot, Bagot, Bauny, L'Amy, le Moyne, et les autres ne cessent de publier tous les jours les mesmes choses, et de nouvelles encore aussi licen- 15 cieuses que jamais ? Ne vous plaignez donc plus, mes Pères, ny de ce que je vous ay reproché des maximes que vous n'avez point quittées, ny de ce que je vous en ay objecté de nouvelles, ny de ce que j'ay ri de toutes. Vous n'avez qu'à les considérer pour y trouver vostre confusion et ma def- 20 fense. Qui pourra voir sans en rire la décision du P. Bauny pour celuy qui fait brûler une grange ? celle du P. Cellot pour la restitution ? le règlement de Sanchez en faveur des sorciers ? la manière dont Hurtado fait éviter le péché du duel, en se promenant dans un champ et y attendant un homme ? 25 les complimens du P. Bauny pour éviter l'usure ? la manière d'éviter la simonie par un détour d'intention, et celle d'éviter le mensonge en parlant tantost haut, tantost bas ? et le reste des opinions de vos Docteurs les plus graves ? En faut-il davantage, mes Pères, pour me justifier, et y a-t-il rien de 30 mieux deil à la vanité et à la faiblesse de ces opinions que la risée, selon Tertullien ? Mais, mes Pères, la corruption des mœurs que vos maximes apportent est digne d'une autre considération, et nous pouvons bien faire cette demande avec le mesme Tertullien : Faut-il rire de leur folie, ou déplorer leur 35 aveuglement ? Rideam vanitatem, an exprobrem cœcitatem ? Je croy, mes Pères, qu'on peut en rire et en pleurer à son choix : Hœc tolerabilius vel ridentur vel flentur, dit S. Augustin. Reconnoissez donc qu'il y a tm temps de rire et un temps de pleurer, selon l'Escriture. Et je souhaitte, mes 40 Pères, que je n'éprouve pas en vous la vérité de ces paroles des Proverbes, Qu'il y a des personnes si jyeti raisonnables qu'on n'en peut avoir de satisfaction, de qtielqiie manière qu'on agisse avec eux, soit qu'on rie, soit qu'on se mette en colère.
134 LES LËtTREâ PROViNCîALËâ
En achevatit cette lettre, j'ay veu un escrit que vous avez publié, où vous m'accusez d'imposture sur le sujet de six de vos maximes que j'ay rapportées, et d'intelligence avec les hérétiques: j'espère que vous y verrez une réponse exacte, et dans peu de temps, mes Pères, ensuite 5 de laquelle je croy que vous n'aurez pas envie de continuer cette sorte d'accusation.
ESCRITE PAR L'AUTHEUR DES LETTRES AU PROVINCIAL