obligeast C, 32. et au coutraire vous les louez C
DOUZIEME LEtTRÊ t^g
Séquence qu'il eust désavouée, sçaohez qu'il la tire luy-mesme, c. 1, n. 27 : A peine est-on obligé de donner Vaumosne, quand on n'est obligé à la donner que de son superflu, selon l'opinion de Cajetan, et selon la mienne ; Et secundum nostram. Confessez donc, mes Pères, par le propre témoignage de Vas- 5 quez, que j'ay suivy exactement sa pensée, et considérez avec quelle conscience vous avez osé dire, que si l'on alloit à la source, on verroit avec estonnenient qu'il y enseigne tout le contraire.
Enfin vous faites valoir par dessus tout ce que vous dites, 10 que Vasquez a obligé en recompense les riches de donner l'aumosne de leur nécessaire. Mais vous avez oublié de marquer l'assemblage des conditions nécessaires pour former cette obligation, et vous dites généralement, qu'il oblige les riches à donner mesme ce qui est nécessaire à leur condi- 16 tion. C'est en dire trop, mes Pères ; la règle de l'Evangile ne va pas si avant ; ce seroit une autre erreur dont Vasquez est bien éloigné. Pour couvrir son relaschement, vous luy attribuez un excez de sévérité qui le rendroit reprehensible, et par là vous vous ostez la créance de l'avoir rapporté fide- 20 lement. Mais il n'est pas digne de ce reproche après avoir estably, comme il a fait, par un si visible renversement de l'Evangile, que les riches ne sont point obligez ny par justice, ny par charité, de donner de leur superflu, et encore moins du nécessaire, dans tous les besoins ordinaires des 25 pauvres, et qu'ils ne sont obligez de donner du nécessaire qu'en des rencontres si rares qu'elles n'arrivent presque jamais.
Vous ne m'objectez rien davantage, de sorte qu'il ne me reste qu'à faire voir combien est faux ce que vous prétendez, 30 que Vasquez est plus severe que Cajetan. Et cela sera bien facile, puis que ce cardinal enseigne, Qu'on est obligé par justice de donner l'aumosne\de son superflu mesme dans les communes nécessitez des pauvres, parce que, selon les saints Pères, les riches sont seulement dispensateurs de leur superflue, po^ir 35 le donner à qui ils veulent d'entre ceux qui en ont besoin. Et ainsi, au lieu que Diana dit des maximes de Vasquez Qu'elles seront bien commodes et bien agréables aux riches et à leurs
1. l'a tiré V. 11. que si Vasquez n'oblige pas les riches de donner
l'aumosne de leur superflu, il les oblige en récompense de la donner de leur nécessaire C. 13. des conditions qu'il déclare nécessaires pour former
cette obligation lesquelles j'ay rapportées ; et qui la restreiguent si fort qu'elles l'anéantissent presque entièrement ; au lieu d'expliquer ainsi sincèrement sa doctrine, vous dites C. 22. comme je l'ay fait voir, que les riches C.
Confesseurs, ce Cardinal, qui n'a pas une pareille consolation à leur donner, déclare, De Eleem., c. 6, Qu'il n'a rien à dire aux riches que ces paroles de Jesus-Cheist ; Qu'il est plus facile qu'un chameau passe par le trou d'une éguille que non 5 pas qu'un riche entre dans le ciel ; et à leurs Confesseurs, que cette parole du mesme Sauveur : Si un aveugle en conduit un autre, ils tomberont tous deux dans le précipice. Tant il a trouvé cette obligation indispensable ! Aussi c'est ce que les Pères et tous les Saints ont étably comme une
10 vérité constante. Il y a deux cas, dit S. Thomas, 2, 2, q. 118, a. 4, ow l'on est obligé de donner l'aumosne par un devoir de justice, ex debito legali : l'un, quand les pauvres sont en danger ; l'autre, quand nous possédons des biens superflus. Et, q, 87, a. 1 : Les troisièmes décimes que les Juifs dévoient
15 manger avec les pauvres ont esté augmentées dans la loy nouvelle, parce que Jesus-Cheist veut que nous donnions aux pauvres non seulement la dixième partie, mais tout nostre superflu. Et cependant il ne plaist pas à Vasquez qu'on soit obligé d'en donner une partie seulement, tant il a de com-
20 plaisance pour les riches, de dureté pour les pauvres, et d'opposition à ces sentimens de charité qui font trouver douce la vérité de ces paroles de S. Grégoire, laquelle paroist si dure aux riches du monde : Quand twus donnons aiix pauvres ce qui leur est nécessaire, nous ne leur dominons pas
25 tant ce qui est à nous que nous leur rendons ce qui est à eux ; et c'est un devoir de justice plûtost qu'une œuvre de miséricorde.
C'est de cette sorte que les Saints recommandent aux riches de partager avec les pauvres les biens de la terre, s'ils
30 veulent posséder avec eux les biens du ciel. Et, au lieu que vous travaillez à entretenir dans les hommes l'ambition, qui fait qu'on n'a jamais de superflu, et l'avarice, qui refuse d'en donner quand on en auroit, les Saints ont travaillé au contraire à porter les hommes à donner leur superflu, et à leur
35 faire connoistre qu'ils en auront beaucoup, s'ils le mesurent, non par la cupidité, qui ne souffre point de bornes, mais par la pieté, qui est ingénieuse à se retrancher pour avoir de quoy se respandre dans l'exercice de la charité. Nous avons beaucoup de superflu, dit S. Augustin, si nous ne gardons que
40 le nécessaire ; mais, si nous rechercïions les choses vaines, rien ne nous suffira. Recherchez, mes frères, ce qui suffit à l'ouvrage de Dieu, c'est-à-dire à la nature, et tvon pas ce qui suffit à