‹ Les lettres provinciales. Edited by H.F. StewartChapitre 7 sur 181 · ritoarquer A. IS. d'oublier C. 30. om. maia B. 36. un · texte numérisé non relu

ritoarquer A. IS. d'oublier C. 30. om. maia B. 36. un

plus A^B. 41. om. mais B^C.

6 !.ËS I.ËTTRES PROVINCIALES

en éclaircirois de bon cœur ; mais vous y verrieis une répugnance et une contradiction si grossière que vous auriez peine à me croire : je vous serois suspect. Vous en serez plus seur en l'apprenant d'eux-mesmes, et je vous en don- 5 neray les adresses. Vous n'avez qu'à voir séparément Monsieur le Moine et le Père Nicolai. Je n'en connois pas un, luy dis-je. Voyez donc, me dit-il, si vous ne connoistrez point quelqu'un de ceux que je vous vas nommer ; car ils suivent les sentimens de Monsieur le Moine. J'en connus

10 en effet quelques-uns. Et en suite il me dit : Voyez si vous ne connoissez point des Dominicains qu'on appelle nouveaux Thomistes ; car ils sont tous comme le Père Nicolai. J'en connus aussi entre ceux qu'il me nomma ; et résolu de profiter de cet avis et de sortir d'affaire, je le quittay, et fus

15 d'abord chez un des disciples de Monsieur le Moine.

Je le suppliay de me dire ce que c'estoit qu'avoir le pouvoir ijrochain de faire quelque chose. Cela est aisé, me dit-il, c'est avoir tout ce qui est nécessaire pour la faire, de telle sorte qu'il ne manque rien pour agir. Et ainsi, luy

20 dis-je, avoir le pouvoir 'prochain de passer une rivière, c'est avoir un bateau, des bateliers, des rames, et le reste, en sorte que rien ne manque. Fort bien, me dit-il. Et avoir le pouvoir prochain de voir, luy dis-je, c'est avoir bonne veuë, et estre en plein jour. Car qui auroit bonne veuë dans

25 l'obscurité n'auroit pas le pouvoir prochain de voir, selon vous, puis que la lumière luy manqueroit, sans quoy on ne voit point. Doctement, me dit-il. Et par conséquent, continiiay-je, quand vous dites que tous les justes ont tousjours le pouvoir prochain d'observer les Commandemens, vous en-

30 tendez qu'ils ont tousjours toute la grâce nécessaire pour les accomplir ; en sorte qu'il ne leur manque rien de la part de Dieu. Attendez, me dit-il, ils ont tousjours tout ce qui est nécessaire pour les observer, ou du moins pour prier Dieu. J'entends bien, luy dis-je ; ils ont tout ce qui est nécessaire

.35 pour prier Dieu de les assister, sans qu'il soit nécessaire qu'ils ayent aucune nouvelle grâce de Dieu pour prier. Vous l'entendez, me dit-il. Mais il n'est donc pas nécessaire qu'ils ayent une grâce efficace pour prier Dieu ? Non, me dit-il, suivant Monsieur le Moine.

40 Pour ne point perdi'e de temps, j'allay aux Jacobins, et

6. ne connois ny l'un ny l'autre B^C. 14. quittay et allay E^C.

16. c'est C. 83. pour le demander à Dieu B» . pour le demander à prier

Dieu C.

PREMIERE LETTRK, 7

demanday ceux que je sçavois estre des nouveaux Thomistes. Je les priay de me dire ce que c'est que pouvoir prochain. N'est-ce pas celuy, leur dis- je, auquel il ne manque rien pour agir? Non, me dirent-ils. Mais quoy, mon Père, s'il manque quelque chose à ce pouvoir, l'appelez-vous pro- 6 chain, et diriez-vous, par exemple, qu'un homme ait, la nuit, et sans aucune lumière, le pouvoir prochain de voirl Oûy dea, il l'auroit, selon nous, s'il n'est pas aveugle. Je le veux bien, leur dis- je ; mais Monsieur le Moine l'entend d'une manière contraire. Il est vray, me dirent-ils ; mais 10 nous l'entendons ainsi. J'y consens, leur dis-je. Car je ne dispute jamais du nom, pourveu qu'on m'avertisse du sens qu'on luy donne ; mais je voy par là que, quand vous dites que les justes ont tousjours le pouvoir prochain pour prier Dieu, vous entendez qu'ils ont besoin d'un autre 15 secours pour prier, sans quoy ils ne prieront jamais. Voila qui va bien, me respondirent mes Pères en m'embrassant, voila qui va bien ; car il leur faut de plus une grâce efficace, qui n'est pas donnée à tous, et qui détermine leur volonté à prier. Et c'est une hérésie de nier la nécessité de cette grâce 20 efficace pour prier.

Voila qui va bien, leur dis-je à mon tour ; mais, selon vous, les Jansénistes sont Catholiques, et Monsieur le Moine hérétique. Car les Jansénistes disent que les justes ont le pouvoir de prier, mais qu'il faut pourtant une grâce efficace, 25 et c'est ce que vous approuvez. Et Monsieur le Moine dit que les justes prient sans grâce efficace ; et c'est ce que vous condamnez. Oûy, dirent-ils ; mais Monsieur le Moine appelle ce pouvoir pouvoir prochain.

Mais quoy, mes Pères, leur dis-je, c'est se jouer des 30 paroles de dire que vous estes d'accord à cause des termes communs dont vous usez, quand vous estes contraires dans le sens. Mes Pères ne répondent rien, et sur cela mon disciple de Monsieur le Moine arriva par un bonheur que je croyois extraordinaire ; mais j'ay sceu depuis que leur rencon- 35 tre n'est pas rare, et qu'ils sont continuellement meslez les uns avec les autres.

Je dis donc à mon disciple de Monsieur le Moine : Je connois un homme qui dit que tous les justes ont tousjours

28. Monsieur le Moine et nous appelons AB"^; nous sommes d'accord avec Monsieur le Moine en ce que nous appelons prochain aussi bien que luy le pouvoir que les justes ont de prier, ce que ne font pas les Jansénistes C. 30. ovi. mais lî^C.

8 LES LETTRES PROVINCIAIES

le pouvoir de prier Dieu, mais que neantmoins ils ne prie* ront jamais sans une grâce efi&cace qui les détermine, et laquelle Dieu ne donne pas tousjours à tous les justes : Est-il hérétique? Attendez! me dit mon Docteur; vous me pour- 5 riez surprendre. Allons donc doucement. Distinguo : s'il appelle ce pouvoir pouvoir prochain, il sera Thomiste, et partant Catholique ; sinon il sera Janséniste, et partant hérétique. Il ne l'appelle, luy dis je, ny prochain ny non prochain. Il est donc hérétique, me dit-il : demandez-le à

10 ces bons Pères. Je ne les pris pas pour jug^s ; car ils consent©'ent desja d'un mouvement de tes e. Mais je leur dis : Il refuse d'admettre ce mot de prochain, parce qu'on ne le veut pas expliquer. A cela un de ces Pères voulut en apporter sa définition ; mais il fut interrompu par le disciple de

15 Monsieur le Moine, qui luy dit: Voulez-vous donc recommencer nos brouilleries ? Ne sommes-nous pas demeurez d'accord de ne point expliquer ce mot de prochain, et de le dire de part et d'autre sans dire ce qu'il signifie ? A quoy le Jacobin consentit.

20 Je penetray par là dans leur dessein, et leur dis en me levant pour les quitter: En vérité, mes Pères, j'ay grand peur que tout cecy ne soit une pure chicanerie ; et quoy qu'il arrive de vos assemblées, j'ose vous prédire que, quand la Censure seroit faite, la paix ne seroit pas établie. Car, quand

25 on auroit décidé qu'il faut prononcer les syllabes pro, chain ; qui ne voit que, n'ayant point esté expliquées, chacun de vous voudra jouir de la victoire ? Les Jacobins diront que ce mot s'entend en leur sens ; Monsieur le Moine dira que c'est au sien; et ainsi il y aura bien plus de disputes pour l'ex-

sopliquer que pour l'introduire. Car, après tout, il n'y auroit pas grand péril à, le recevoir sans aucun sens, puis qu'il ne

S eut nuire que par le sens. Mais ce seroit une chose indigne e la Sorbonne et de la Théologie d'user de mots équivoques et captieux sans les expliquer.

85 Car enfin, mes Pères, dites-moy, je vous prie, pour la dernière fois, ce qu'il faut que je croye pour estre Catnolique. Il faut, me d'r^nt-ils tous ensemble, dire que tous les justes ont le pouvoir prochain en faisant abstraction de tout sens, abstrahendo à sensu Thomistarum et à sensu aliorum TheolO' 40 gorum.

C'est à dire, leur dis-je en les quittant, qu'il faut prononcer ce mot des lèvres, de peur d estre hérétique de nom. Car

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