PREMIERE LETTRE
enfin est-ce que le mot est de l'Escriture ? Non, me direntils. Est-il donc des Pères, ou des Conciles, ou des Papes? Non. Est-il donc de saint Thomas? Non. Quelle nécessité y a-t-il donc de le dire, puis qu'il n'a ny authorité ny aucun sens de luy-raesme? Vous estes opiniastre, me dirent-ils, 6 vous le direz, ou vous serez hérétique, et Monsieur Ârnauld aussi : car nous sommes le plus grand nombre, et, s'il est besoin, nous feions venir tant de Cordeliers que nous l'emporterons.
Je les viens de quitter sur cette solide raison pour vous 10 écrire ce récit, par où vous voyez qu'il ne s'agit d'aucun des points suivans, et qu'ils ne sont condamnez de part ny d'autre : 1. Que la grâce n'est pas donnée à tous les Jwmmes ; 2. Que tous les justes ont le pouvoir d'accomplir les Corn,' mandem ns de Dieu; 3. Qu'ils ont nea7itmoins besoin pour 16 les accomplir, et mesme pour j^rier, d'une grâce efficace qui détermine leur volonté ; 4. Que cette grâce efficace n'est pas to2isjours dominée à tous les justes, et qu'elle dépend de la pure miséricorde de Dieu. De sorte qu'il n'y a plus que le mot de prochain, sans aucun sens, qui court risque. 20
Heureux les peuples qui l'ignorent ! heureux ceux qui ont précédé sa naissance ! car je n'y voy plus de remède, si Messieurs de l'Académie ne bannissent par un coup d'authorité ce mot barbare de Sorbonne qui cause tant de divisions. Sans cela, la Censure paroist asseurée ; mais je voy qu'elle 25 ne fera point d'autre mal que de rendre la Sorbonne méprisable par ce procédé, qui luy ostera l'authorité qui luy est nécessaire en d'autx'es rencontres.
Je vous la sse cependant dans la liberté de tenir pour le mot de prochain, ou non, car j'aime trop mon procham pour 30 le persécuter sous ce prétexte. Si ce récit ne vous déplaist pas, je continueray de vous avertir de tout ce qui se passera.
Je suis, etc.