voudriez C. 23, 24, 27. sauver son escu C
seroit en péril de perdre sa fortune ou son honneur ; et vous dites que ]'ay supprimé ce qu'il ajoute : Que ce cas là est fort rare. Je vous admire, mes Pères ; voilà de plaisantes impostures que vous me reprochez ! Il est bien question de sçavoir si ce cas là est rare ! Il s'agit de sçavoir si le duel y 6 est permis. Ce sont deux questions séparées. Layman, en qualité de Casuiste, doit juger si le duel y est permis, et il déclare que oûy. Nous jugerons bien sans luy si ce cas là est rare, et nous luy déclarerons qu'il eso fort ordinaire. Et si vous aimez mieux en croire vostre bon ami Diana, il vous 10 dira qu'il est fort commun, part. 5, tr. 14, Mise. 2, Eesol. 99. Mais, qu'il soit rare ou non, et que Layman suive en cela Navarre, comme vous le faites tant valoir, n'est-ce pas une chose abominable qu'il consente à cette opinion, que, pour conserver un faux honneur, il soit permis en conscience 15 d'accepter un duel, contre les Edits de tous les Estats Chrestiens, et contre tous les canons de l'Eglise ; sans que vous aiez encore icy, pour autoriser toutes ces maximes diaboliques, ny loix, ny canons, ny autoritez de l'Escriture ou des Pères, ny exemple d'aucun saint, mais seulement ce raisonne- 20 ment impie : L'honneur est plus cher que la vie. Or il est permis rfe tïier pour défendre sa vie. Donc il est permis de tuer j)our défendre son honneur? Quoy, mes Pères, parce que le dérèglement des hommes leur a fait aimer ce faux honneur plus que la vie, que Dieu leur a donnée pour le 25 servir, il leur sera permis de tuer pour le conserver ? C'est cela mesme qui est un mal horrible, d'aimer cet honneur là plus que la vie. Et cependant cette attache vitieuse, qui seroit capable de soiiiller les actions les plus saintes, si on les rapportoit à cette fin, sera capable de justifier les plus crimi- 30 nelles, parce qu'on les mpporte à cette fin? Quel renversement, mes Pères ! et qui ne voit à quels excès il peut conduire ?
Car enfin il est visible qu'il portera jusqu'à tuer pour les moindres choses, quand on mettra son honneur à les con- 35 server ; je dis mesme jusqu'à tuer pour U7ie pomme. Vous vous plaindriez de moy, mes Pères, et vous diriez que je tire de vostre doctrine des conséquences malicieuses, si je n'estois appuyé sur l'autorité du grave Lessius, qui parle ainsi, n. 68 : // n'est pas permis de tuer pour conserver une chose de petite 40 valeur, comme pour un escu, ou pour une pomme, aut pro POMO ; si ce n'est qu'il 'nous fust Jwnteux ds la perdre. Car