‹ Les lettres provinciales. Edited by H.F. StewartChapitre 92 sur 181 · revient · texte numérisé non relu

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QUINZIÈME LETTRK îSj

se retracter, parce qu'il a appris le changement des mœurs et de la doctrine de M. Puys ; mais seulement parceqne, connoissant q^te son intention n'a pas esté d'attaquer vostre Compagnie, il n'y a pins rien qui l'evipesche de le tenir pour catholique. Il ne croyoit donc pas qu'il fust hérétique en 5 effet ? Et néanmoins, après l'en avoir accusé contre sa connoissance, il ne déclare pas qu'il a failly ; et il ose dire, au contraire, Qu'il croit que la manière dont il en a usé luy estoit permise.

A quoy songez- vous, mes Pères, de témoigner ainsi publi- 10 quement que vous ne mesurez la foy et la vertu des hommes que par l'intention qu'on a pour vostre Société ? Comment n'avez-vous point appréhendé de vous faire passer vousmesmes, et par vostre propre aveu, pour des imposteurs et des calomniateurs? Quoy, mes Pères, un mesme homme, is sans qu'il se passe aucun changement en luy, selon que vous croyez qu'il honnore ou qu'il attaque vostre Compagnie, sera pieux ou impie, irrépréhensible ou excommunié, digne pasteur de l'Eglise ou digne d'estre mis an feu, et enfin catholique ou hérétique ? C'est donc une mesme chose, dans vostre 20 langage, d'attaquer vostre Société et d'estre hérétique ? Voilà une plaisante hérésie, mes Pères ! Et ainsi, quand on voit dans vos escrits que tant de personnes catholiques y sont appellées hérétiques, cela ne veut dire autre chose, sinon que vous croyez qu'ils vous attaquent. Il est bon, mes Pères, 25 qu'on entende cet estrange langage, selon lequel il est sans doute que je suis un grand hérétique. Aussi c'est en ce sens que vous me donnez si souvent ce nom. Vous ne me retranchez de l'Eglise que parceque vous croiez que mes Lettres vous font tort ; et ainsi il ne me reste, pour devenir catho- 30 lique, ou que d'approuver les excès de vostre Morale, ce que je ne pourrois faire sans renoncer à tout sentiment de pieté, ou de vous persuader que je ne recherche en cela que vostre véritable bien, et il faudroit que vous fussiez bien revenus de vos égaremens pour le reconnoistre. De sorte que je 35 me trouve estrangement engagé dans l'heresie, puisque, la pureté de ma foy estant inutile pour me retirer de cette sorte d'erreur, je n'en puis sortir ou qu'en trahissant ma conscience, ou qu'en reformant la vostre. Jusques là je seray toujours un méchant et un imposteur, et quelque fidèle que j'aye esté 40 à rapporter vos passages, vous irez crier par tout, Qu'il faut estre organe du démon pour vous imputer des choses dont il

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