‹ Les lettres provinciales. Edited by H.F. StewartChapitre 93 sur 181 · mais il ose V. 12. p.-ir les sentimens qu'ils ont C · texte numérisé non relu

mais il ose V. 12. p.-ir les sentimens qu'ils ont C

n'y a ny marque ny vestige dans vos livres ; et vous ne ferez rien en cela que de conforme à vostre maxime et à vostre pratique ordinaire, tant le privilège que vous avez de mentir a d'étendue ! Souffrez que je vous en donne un exemple, 5 que je choisis à dessein, parceque je répondray en mesme temps à la 9 de vos impostures ; aussi bien elles ne méritent d'estre refutées qu'en passant.

Il y a dix ou douze ans qu'on vous reprocha cette maxime du P. Bauny, qiCil est permis de rechercher directement, pbimo

10 ET PER SB, une occasion prochaine de pécher jjour le bien spirituel ou temporel de nous ou de nostre prochain, tr. 4, q. 14, dont il apporte pour exemple, Qu'il est permis à chacun d'aller en des lieux publics pour convertir des femmes perdîtes, encore qu'il soit vray-semblable qu'on y péchera, pour avoir desja ex-

15 perimsnté souvent qu'on est accoustumé de se laisser aller au péché par les caresses de ces femmes. Que répondit à cela vostre P. Caussin, en 1644, dans son Apologie pour la Compagnie de Jestis, p. 120 ? Qu'on voye l'endroit du P. Bauny, qu'on lise la imge, les marges, les avant-propos, les suites, tout

20 le reste et mesme tout le livre, on n'y trouvera pas un seul vestige de cette sentence, qui ne pourroit tomber que dans l'ame d'un homme extrêmement perdu de conscience, et qui semble ne pouvoir estre supposée que par l'organe du démon. Et vostre P. Pintereau, en mesme style, 1 part., p. 24 : Il fau,t estre

25 bien perdu de conscience pour enseigner une si détestable doctrine, mais il faut estre pire qu'un démon pour l'attribîcer ati P. Bauny. Lecteur, il n'y en a ny marque ny vestige dans tout son livre. Qui ne croiroit que des gens qui parlent de ce ton là eussent sujet de se plaindre, et qu'on auroit en

30 effet imposé au P. Bauny? Avez- vous rien assuré contre moy en de plus forts termes? Et comment oseroit-on s'imaginer qu'un passage fust en mots propres au lieu mesme où l'on le cite, quand on dit qu'il n'y en a ny marque ny vestige dans tout le livre ?

86 En vérité, mes Pères, voila le moyen de vous faire croire jusqu'à ce qu'on vous réponde ; mais c'est aussi le moyen de faire qu'on ne vous croye jamais plus, après qu'on vous aura répondu. Car il est si vray que vous mentiez alors, que vous ne faites aujourd'huy aucune difficulté de reconnoistre

40 dans vos Eéponses que cette maxime est dans le P. Bauny au lieu mesme qu'on avoit cité ; et ce qui est admirable, c'est qu'au lieu qu'elle estoit détestable, il y a douze ans, elle est maintenant si innocente que dans vostre 9 Impost., p. 10,

VOUS m'accusez d'ignorance et de malice, de quereller le P. Bauny sur une ojnnion qui n'est poiiit rejettée dans l'Escole. Qu'il est avantageux, mes Pères, d'avoir affaire à ces gens qui disent le pour et le contre ! Je n'ay besoin que de vousmesmes pour vous confondre. Car je n'ay à monstrer que 6 deux choses : l'une, que cette maxime ne vaut rien ; l'autre, qu'elle est du P. Bauny ; et je prouveray l'un et l'autre par vostre propre confession. En 1644 vous avez reconnu qu'elle est détestable, et en 1656 vous avouez qu'elle est du P. Bauny. Cette double reconnoissance me justifie assez, 10 mes Pères. Mais elle fait plus : elle découvre l'esprit de vostre Politique. Car, dites-moy, je vous prie, quel est le but que vous vous proposez dans vos escrita? Est-ce de parler avec sincérité? Non, mes Pères, puisque vos réponses s'entre destruisent. Est-ce de suivre la vérité de la 15 Foy ? Aussi peu ; puisque vous autorisez une maxime qui est détestable selon vous-mesmes. Mais considérons que, quand vous avez dit que cette maxime est détestable, vous avez nié en mesme temps qu'elle fust du P. Bauny ; et ainsi il estoit innocent ; et quand vous avouez qu'elle est de luy, 20 vous soutenez en mesme temps qu'elle est bonne ; et ainsi il est innocent encore. De sorte que l'innocence de ce Père estant la seule chose commune à vos deux réponses, il est visible que c'est aussi la seule chose que vous y recherchez, et que vous n'avez pour objet que la deffense de vos Pères 25 en disant d'une mesme maxime qu'elle est dans vos livres, et qu'elle n'y est pas ; qu'elle est bonne, et qu'elle est mauvaise ; non pas selon la vérité, qui ne change jamais, mais selon vostre interest, qui change à toute heure. Que ne pourrois-je vous dire là dessus, car vous voyez bien que cela 30 est convainquant? Cependant cela vous est tout ordinaire. Et, pour en omettre une infinité d'exemples, je croy que vous vous contenterez que je vous en rapporte encore un.

On vous a reproché en divers temps une autre proposition du mesme P. Bauny, tr. 4, q. 22, p. 100 : On ne doit ny 35 dénier ny refuser l'absolution à ceux qui sont dans les habitudes de crimes contre la loy de Dieu, de ki nature et de l'Eglise, encore qu'on n'y voye aiicune espérance d'amendement, etsi emendationis futurœ spes nulla apparent. Je vous prie sur cela, mes Pères, de me dire lequel y a le mieux répondu 40 selon vostre goust, ou de vostre P. Pintereau ou de vostre P.

31. Cependant rien ne vons est plus ord. C. 36. différer l'absolution

flC. 37. de nature C.

l86 LES LETTRES PROVINCIALES

Brisacier, qui défendent le P. Bauny en vos deux manières : l'un en condamnant cette proposition, mais en désavouant aussi qu'elle soit du P. Bauny ; l'autre en avoiiant qu'elle est du P. Bauny, mais en la justifiant en mesme temps ? Es- 5 coutez-les donc discourir. Voicy le P. Pintereau, page 18 : Qu' apfdle-t-on franchir les bornes de toute pudeur, et passer au delà de toute impudence, sinon d'imposer au P. Bauny comme une chose avérée une si damnable doctrine ? Jugez, lecteur, de l'indignité de cette calomnie, et voyez à qui les

10 Jésuites ont affaire et si l'autetir d'une si noire supposition ne doit pas passer désormais pour le truchement dît père des mensonges. Et voicy maintenant vostre P. Brisacier, 4 p., page 21. En effet, le P. Baiiny dit ce que vous rapportez. C'est démentir le P. Pintereau bien nettement. Mais, adjoute-t-il

15 pour justifier le P. Bauny, vous qui reprenez cela, attendez, quand impénitent sera à vos pieds, que son Ange gardien hypothèque tous les droits qxi'%1 a au ciel pour estre sa caution. Attendez que Dieu le Père jiLre par son chef que David a menty quand il a dit, par le saint Esprit, qice tout homme est men-

20 teur, trompeur, et fragile ; et que ce pénitent ne soit plus menteur, fragile, changeant, ny pécheur comme les autres, et votis n'appliquerez le sang de Jesus-Christ sur personne.

Que vous semble-t-il, mes Pères, de ces expressions extravagantes et impies, que, s'il falloit attendre qu'il y eust quelque

25 espérance d'amendement dans les pécheurs pour les absoudre, il faudroit attendre que Dieu le Père jurast par son chef qu'ils ne tomberoient jamais plus? Quoy, mes Pères, n'y a-t-il point de différence entre l'espérance et la certitude ? Quelle injure est-ce faire à la grâce de Jesus-Christ, de dire qu'il

30 est si peu possible que les Chrestiens sortent jamais des crimes contre la loy de Dieu, de la nature et de l'Eglise, qu'on ne pourroit l'espérer sans que le saint Esprit eust menti/ : de sorte que, selon vous, si on ne donnoit l'absolution à ceux dont on n'espère aiicun amendement, le sang de

35 Jesus-Chi'ist demeure roit inutile, et on ne l'appliquer oit jamais sur personne ? A quel estât, mes Pères, vous réduit le désir immodéré de conserver la gloire de vos Auteurs, puisque vous ne trouvez que deux voyes pour les justifier, l'imposture ou l'impiété ; et qu'ainsi la plus innocente manière de

40 vous défendre est de désavouer hardiment les choses les plus évidentes ?

De là vient que vous en usez si souvent. Mais ce n'est

Page 1