MODIFICATIONS QUALITATIVES
Le Monocyte. — Paul Chevallier donne du Monocyte la définition suivante : « Le Monocyte est une cellule généralement grande (15 à 20 ” ) dont le noyau est gros, plus souvent ovale que rond, assez faiblement entaillé ou même boudiné, replié, exceptionnellement bilobé et par les méthodes usuelles, réticulo-grumeleux et pâle et dont le cytoplasme est ordinairement abondant très faiblement basophile (gris ardoise) et assez plastique ».
Le Monocyte ou grand mononucléaire est de loin l'élément le plus grand du sang circulant, quatre ou cinq fois plus grand que les hématies ordinaires, trois fois plus que le Iymphocyte et deux fois plus que le polynucléaire normal.
Morphologiquement, son noyau est volumineux, un peu plus que le tiers de la cellule, peu coloré en comparaison de celui des lymphocytes, moins riche en nucléoles, d’après Guzman, que les diverses cellules lymphoiïdes. Son aspect général est clair, les masses chromatiques qu’il contient sont petites et assez éloignées les unes des autres. Sur les préparations de sang desséché, le noyau se colore d’une façon homo-
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gène et pâle. Par les techniques courantes modernes, i! apparaît réticulo-grumeleux, on pourrait souvent comparer sa structure à de l’écume, à un craquelé à brisures floues, à une étoffe de crêpe. Sa forme varie avec l’âge, d’abord rond et ovalaire dans les formes jeunes, il est souvent comme ondulé et suggère l’idée d’un contenu sous faible pression et d’une membrane lâchement tendue (Chevallier). I tend progressivement à l’incurvation réniforme et à la lobulation.
Son cytoplasme le caractérise autant que son noyau. Il est en général abondant et se teint au Giemsa en gris cendré, gris ciel d’orage, contrastant avec celui du lymphocyte qui est disposé en collerette ctroite et se teint en bleu azur foncé. Cette teinte est bien particulière au monocyte. On y trouve presque toujours des granulations menues, mais parfois denses et volumineuses, régulières dans les formes normales. Ces granulations sont amphophiles, avec affinité azurophile plus ou moins forte et comparable comme constance et intensité à l’affinité neutrophile des granulations de la majorité des polynucléaires.
Le protoplasme, surtout dans les formes jeunes et peu évoluées, garde encore un état semi-liquide et visqueux. Il en résulte une grande variabilité de formes. La cellule pousse des prolongements pseudopodiques effilés ou étalés qui lui confèrent parfois une apparence allongée.
Les monocytes donnent d’une façon inconstante et atténuée la réaction des oxydases directe ou indi- Yecre
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Le monoblaste. —— C’est une cellule aussi volumineuse que la première, mais beaucoup plus fragile.
Son noyau parfois excentrique est régulier, arrondi ou ovalaire, très chromatophile, et donc plus foncé que celui du monocyte. Sa structure est compacte, lui donnant un aspect homogène. On trouve toujours un à deux nucléoles, si bien que Guzman, frappé par ces différences existant entre la richesse nucléolaire des monoblastes et celle, bien plus faible, des monocytes et surpris par cet écart, met en doute leur parenté. On lui objectera qu’une cellule mère diffère énormément d’une cellule adulte ou vieillie.
Son protoplasme un peu moins étendu que celui du monocyte et un peu plus basophile bien que restant encore grisaille, ne contient plus qu’une très faible quantité de granulations azurophiles ou pas du tout. Mais surtout ce qui le caractérise c’est son état demi-fluide, lui permettant une grande variabilité de forme.
Cellules de transition ou cellules monocyloides. — A côté de ces cellules normales à caractères morphologiques bien définis qu’il est facile de reconnaître sur une lame bien colorée, se trouve tout un groupe confus de cellules difficiles à classer, qui se rapprochent les unes de l’hémocytoblaste, les autres des séries lymphoïdes et myéloïdes, d’autres enfin des cellules histioïdes. Merklen et Wolf n'hésitent pas à faire rentrer dans ce groupe les cellules décrites sous le nom de cellules de Rieder, de Turck ou d’hémohistioblaste de Ferrata.
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Di Guglielmo qui a étudié, dans différents travaux, la leucémie à monocytes, a décrit avec beaucoup de soins les caractères de ces cellules monocytoïdes qui apparaissent dans le sang des leucémies monocytiques. I1 soutient que le cadre hématologique de cette Teucémie n’est pas le même que celui des endotélioses sanguines ou des monocytoses. D’après lui, la maladie leucémique a imprimé dès leur genèse à ces éléments, qui appartiennent, cependant, à la lignée monocytaire, des modifications cytoplasmiques et nucléaires en rapport avec le processus morbide.
Ce sont des cellules de dimensions assez variables, mais ne s’écartant guère du volume des monocytes. Leur basophilie est de moyen degré. Le contour du corps cytoplasmique n’est pas régulier comme celui du monocyte physiologique, il est sinueux, accidenté de dépressions curvilignes et de saillies en bosselures et de bourgeons plus ou moins accusés et susceptibles de se détacher soit isolément, soit dans leur ensemble; le corps cytoplasmique, ainsi mutilé, acquiert un contour plus régulier, conforme à celui des autres cellules sanguines. Ces cellules sont considérées par Di Guglielmo comme caractéristiques de la leucémie monocytique.
D’autres particularités morphologiques les individualisent encore. Leur cytoplasme montre deux zones distinctes : une zone périnucléaire qui peut être soit plus légèrement basophile, soit un peu acidophile et qui est presque toujours riche en granulations azurophiles rougeâtres au May-Giemsa, assez
denses et minuscules ; une zone périphérique nettement et parfois intensément basophile dépourvue de granulations azurophiles et souvent constituée par des expansions en bourgeons caractéristiques décrits plus haut. Cette doube zone protoplasmique appartiendrait en propre aux cellules de la leucémie monocytique. S
Les caractères du noyau aident aussi à les reconnaître : noyau unique mais assez souvent plurilobé, pouvant montrer jusqu'à 3, 4, 5 lobes non détachés, restant unis au corps nucléaire; ces lobes sont parfois allongés et de telle façon qu’ils donnent lieu aux images les plus bizarres des figures nucléaires de Rieder. Or ces noyaux ronds ou en fer à cheval ou plurilobés ont les uns et les autres des caractères de juvénilité inscrits dans leur fin réticulum, ce qui est contraire à l’opinion générale qui veut que cet état nucléaire plurilobé témoigne toujours d’un vieillissement de la cellule.
Di Guglielmo insiste sur ce fait que ces cellules caractéristiques de la leucémie monocytique ne montrent jamais d’inclusions phagocytaires, aû contraire des cellules réticulo-endothéliales ou des monocytes communs.
D’autres formes monocytoïdes anormales apparaissent également. Cisi les a classées dans les quatre groupes suivants
a) Cellules rappelant les hémocytoblastes par leur caractère lymphoïde et leur disposition nucléaire en fin réseau ponctué de nucléoles. Elles présentent sou-
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vent des caractères nucléaires ou cytoplasmiques qui les distinguent des autres cellules souches :
— Soit noyau granuleux ou spongieux des monocytes avec couronne protoplasmique très .basophile et sans granulations ;
— Soit noyau nucléolé, à réseau chromatinien très délié, entouré d’un protoplasme de monocyte (plus ou moins basophile, chargé ou non de granulations azurophiles). ;
Ce sont ces cellules qui ont été désignées du nom de monoblastes, par Ferrata. Dans les préparations on peut en rencontrer qui sont comme groupées, tout au moins rapprochées les unes des autres, évoquant le souvenir des dispositions syncitiales du tissu réticulo-histiocytaire.
b) Autre catégorie de cellules monocytoïdes rappelant un peu la série lymphocytique. Leur basophilie cytoplasmique fait songer à des lymphocytes mais leur noyau moins compact à maille plus lâche les apparentent aux monocytes ainsi que les caractères de leurs granulations azurophiles rouges, discrètes, non envacuolées, mais toutes n’en présentent pas, 1/3 environ en est dépourvu. On a confondu ces cellules sous les noms divers de lymphocytes monocytoïdes, de moyens monocytes. On hésite à les classer et on les étiquette souvent à contre-sens.
c) Il est des cellules monocytoïdes dites pseudomyéloblastiques. Elles peuvent se confondre avec des myéloblastes, d’une part à cause de l’abondance des
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granulations azurophiles qui ne sont pas seulement localisées au niveau ,de la marge cytoplasmique mais peuvent apparaître superposées au noyau ; d'autre part à cause de la texture nucléaire, plus près, par sa fine trame chromatinienne, de celle des myéloblastes que de celle des monocytes. Mais d’autres caractères permettent de les différencier, soit le contour cytoplasmique irrégulier et bourgeonnant, soit un noyau polymorphe plurilobé, caractères que l’on ne trouve jamais dans les myéloblastes.
d) Il peut apparaître aussi dans le sang des cellules réticulo-histiocytaires que Gisi appelle < monocytoïdo-histioïdes ». Ce sont là des histiocytes à cytoplasme étalé et un peu sinueux à marge cytoplasmique plus basophile; leur noyau a par contre la structure nucléolaire du noyau des monocytes.
L'interprétation des états morphologiques sous lesquels se présentent les cellules monocytoïdes du sang est souvent fort difficile. En outre, la plupart de ces cellules monocytoïdes se retrouvent dans d’autres syndromes hématologiques, angines lymphomonocytaires, agranulocytoses, leucémies myéloïdes ou lymphoïdes. C’est là qu’il faudra faire appel au bon sens que Foa a recommandé depuis longtemps et procéder à l’authentification des cellules sanguines par le contexte hématologique. On reconnaîtra l’affiliation des diverses cellules en suivant tous leurs degrés d’évolution, depuis leurs figurations d’immaturité à celles de maturité, de sénescence et de déchéance. Ces cel-
lules de la même famille, normales ou anormales,
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permettront de remonter par leur voisinage sur les préparations à la série qui est en jeu.
C’est sur ces cellules d’une interprétation si délicate que l’on pourrait jeter lanathème que Pappenhein lançait autrefois aux monocytes, les appelant les bêtes noires de lhématologie.
En somme, monoblastes, monocytes, et cellules monocytoïdes forment un groupe de cellules bien earactérisé par de nombreuses. particularités nucléaires et cytoplasmiques. À ces caractères morphologiques, s'ajoutent une propriété fonctionnelle commune, celle de la phagocytose intra-cellulaire. Enfin pour mieux les isoler on a cherché si elles ne possédaient pas une action biologique qui leur soit particulière et qui puisse les distinguer, avec précision des autres cellules sanguines. C’est ainsi qu’en s’est aperçu que la réaction des oxydases est positive pour toutes les cellules granulocytiques, à l'exception des cellules monocyioïdes qui tout au plus réagissent faiblement. Schilling et Benni, en 1923, font des expériences qui semblent concluantes; Fiessinger et Mathieu arrivent au même résultat. Naegeli par contre prétend que
cette réaction est aussi positive chez les monocytes.