‹ Les Leucémies Aiguës à MonocytesChapitre 34 sur 45 · ÉTUDE HISTOLOGIQUE · texte numérisé non relu

ÉTUDE HISTOLOGIQUE

L'étude microscopique est capitale car c’est elle qui révèle les lésions spécifiques, caractéristiques de

la leucémie aiguë à monocytes. Le fait le plus saillant consiste dans le développement du tissu réticulaire

avec infiltration des organes par les éléments monocytoïdes. Ces éléments, sur la morphologie desquels nous nous sommes longuement étendus au chapître consacré à l’étude hématologique, ont comme particularité de siéger au voisinage des vaisseaux et cela surtout dans les viscères où la trame réticulaire est bien nette. Ce sont de grandes cellules mononucléaires, 12 à 29 y, à noyau volumineux, peu coloré, dépourvu de nucléole, composé d’un réseau chromatinien très fin, de forme arrondi, ovalaire, mais tendant à la lobulation en même temps que la chromatine se condense. Leur protoplasme est peu basophile, prenant une teinte particulière gris cendré et contenant des granulations à affinité azurophile mais qui peuvent ètre rares ou même manquées dans les formes très jeunes, formes dans lesquelles le protoplasme peu évolué, semi-liquide, revêt une grande variabilité d'aspect et envoie des prolongements pseudo-modiques, se rapprochant beaucoup de l’aspect des cellules endothéliales. La réaction des oxydases est le plus souvent négative.

Dans les cas favorables, et d’après Merklen et Wolf, on assiste à toutes les formes de transition entre les cellules de la trame et l’élément mobile du sang circulant. Les cellules réticulées se gonflent et prennent un aspect cylindrique ou cubique, le noyau composé d’un réseau chromatinien dense diffus s’éclaircit, la chromatine se ramasse en un réseau fin dont les mailles relient des particules plus importantes. Le pro-

toplasme peut s’assombrir et pousser des prolonge-

ments pseudo-podiques. Il arrive que l’on saisit, in situ, la libération cellulaire des éléments qui s’échappent vers les tissus avoisinants ou se desquament pour tomber dans la circulation. Parfois la prolifération conjointe de plusieurs cellules amène la formation d’un petit bourgeon épithélial qui s’avance comme un véritable bourgeon néoplasique, ou bien la production de grosses cellules géantes, multinucléées, probablement par fusion protoplasmique secondaire, qui peuvent atteindre 2 à 5 fois le volume des leucocytes du sang.

L’infiltration monocytaire est d’ailleurs moins dense que linfiltration leucoblastique de la leucémie aiguë qui d'ordinaire envahit tous les organes. Ici les organes les plus atteint sont : la rate, le foie, les ganglions, la mælle osseuse.

Au niveau de la rate se dessine une infiltration plus ou moins abondante des sinus veineux avec parfois une réduction considérable des ilots folliculaires. Les cellules monocytiques demeurent libres; dans les zonés les moins touchées, elles s’intercalent entre les rangées de cellules réticulées normales où elles frappent par leur noyau clair, par leur protoplasme homogène, souvent très peu basophile et parfois bourré d’inclusions phagocytées. Cependant sa structure n’est pas modifiée ou complètement bouleversée comme cela se voit dans les leucémies aiguës embryonnaires, les corpuscules de Malpighi y sont nettement discernables, d'autant plus que, par place surtout, la pulpe plénique est remarquablement pauvre en élé-

ments nucléés. Le réticulum y présente une hypertrophie très nette.

Dans le foie, les phénomènes sont analogues et parfois même plus accusés. On trouve quelques monocytes dans les capillaires sanguins dilatés et des cellules étoilées du système kupférien entre les travées hépatiques. A côté de l’hypertrophie manifeste du T. R. E., on note, dans une de nos observations, des foyers de nécrose qui affectent l’élément glandulaire. Le foie est marbré de zones de dégénérescence très nombreuses formant des ïilots au niveau d’un parenchyme relativement conservé. Ces zones de dégénérescence sont centrées par une veine sus-hépatique et dans tous les cas sont situées à distance d’un espace porte. Elles ne sont plus formées que d’un magma anhiste avec quelques globules rouges et de nombreuses cellules de type monocytaire. Dans les zones conservées, les cellules hépatiques ont gardé leur morphologie normale.

Au niveau des ganglions, l’aspect folliculaire est à peine esquissé au milieu de la nappe leucémique monocytaire; parfois on note la présence à côté des foyers monocytaires de foyers de reviviscence myéloïde.

Dans la mœælle osseuse, on retrouve l’hypertrophie du T. R. E. mais là plus qu'ailleurs se manifeste parfois une association intime des cellules de la série myéloïde avec les monocytes plus nombreux au voisinage des vaisseaux; l’image est parfois d’un poly-

morphisme déconcertant. On peut également y trouver des foyers de prolifération érythrocytique.

Dans les formes mixtes en particulier, l’association de la prolifération du S.F.E et du système myéloide est souvent très accentuée et enlève beaucoup au caractère spécifique des cons!'atations.

En résumé l'étude anatomopathologique menire une hyperplasie du T.R.E. avec infiltration menocytaire dans la totalité des organes hématopoiétiaues. Les organes les plus atteints sont ceux où labondance en tissu réticulé est la plus considérable : rate, ganglions, mœælle des os. Mais de plus des viscères qui, comme le foie et beaucoup plus exceptionnellement les reins, les poumons, la peau, ont perdu leur fonction hématopoiétique sont susceptibles de les récupérer et là où il se trouve un résidu de tissu réticulé aussi minime qu’il soit, les efforts de régénération apparaissent possibles. On y voit tous les intermédiaires entre les cellules monocytoïdes du sang circulant et les cellules fixes du réticulum. Cette hyperplasie du T. R. E. forme le substratum de la leucémie monocytaire. Elle est le troisième élément nécessaire du diagnostic de cette variété leucémique.

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