DEUXIEME PARTIE
Rapport des Leucémies aiguës à Monocytes
avec les autres affections sanguines aiguës
Tous les traités classiques des maladies du sang et des organes hématopoiétiques concluent actuellement, à la fin d’un chapitre concernant des hémopathies aigués, à létroite parenté qui unissent ces affections entre elles. Les discussions diagnostiques, en essayant de dégager les caractères différentiels, propres à individualiser chaque maladie et à la faire entrer dans les cadres classiquement établis, ne réussisent qu’à confirmer cette notion. Pour satisfaire ce besoin de réunir, coûte que coûte, dans un même chapitre des observations voisines, leurs auteurs sont ar-° rivés à multiplier les formes et les sous-formes dont les types ne représentent que des moyennes entre lesquelles on rencontrera des formes de passage. S'il était besoin d’un exemple pour illustrer cette affir-
mation, nous le trouverions facilement. Ainsi Roversi
et Baserga préviennent dans des revues générales consacrées à la myélose aplastique, que cette expression est quasi synonyme des suivantes : anémie aplastique, anémie hypoplastique, anémie pseudoaplastique, anémie arégénéralive, anémie asthénique, aleucie hémorragique, amyélie, dyscrasie endothelioplasmatique hémorragique, hémogénie, insuffisance hémocellulaire, insuffisance des organes hémopoiétiques, myélophtisie, myélopathie atrophique, thrombépénie essentielle, maligne, atrophie myéloïde progressive etc. Sabrazès ajoute même les syndrômes agranulocytaires et l’agranulocytose. On peut se demander avec quelques raisons où est l’avantage de cette méthode. Cette abondance de formes dans des cadres nécessairement imprécis n’engendre que la confusion et n’enrichit que la nomenclature.
Pour nous conformer à cette manière de faire, la L.A. à monocytes devra se différencier d’observations très souvent semblables cliniquement, étiologiquement et même histologiquement, mais intitulées suivant les cas leucémies aiguës, agranulocytose, anémie aplastique, aleucie hémorragique. Nous lisons dans le « Nouveau Traité de Médecine » de Laubry à propos des formes hémorragiques de l’anémie aplastique, cette phrase : « Toujours on relève, en dehors de l'importance des hémorragies, la constance des signes d’hémogénie et de thrombopénie, l'importance de la leucopénie avec granulopénie. Ce sont ces faits qui établissent une étroite parenté entre l’anémie aplastique, l’aleucie hémorra-
gique, l’agranulocytose, les leucémies aiguës ». Sabrazès signale sans conclure les analogies cliniques, étiologiques et thérapeutiques qui existent entre les L. A. et les syndromes agranulocytaires. Fréquemment, dans la littérature, on trouve des observations au titre imprécis tel que : « Syndrome clinique entre l’anémie pernicieuse aiguë et la L.A. » etc.
Nous allons donc exposer les caractères différentiels qui distinguent classiquement la L.A. à monocytes telle que nous l’avons étudiée, des autres L.A. myélogène et lymphogène, des agranulocytoses, de l’'anémie aplastique et de l’aleucie hémorragique. Nous défendrons ensuite les arguments qui semblent permettre de confondre pratiquement ces différentes observations sous le même titre « d’hémopathies aiguës ». Enfin nous résumerons dans un dernier chapitre les notions actuelles sur l’étiologie, la pathogénie et la thérapeutique de ces affections.