MILLES
Ranvier, Mallassez. De fait toute une série de cellules mononucléaires ne pouvait trouver place dans le plan du dualisme. Différemment intitulées suivant les auteurs qui les décrivirent « cellules de transition d'Ehrlich, cellules dites de Turck, de Rieder, polyblastes de Maximow, lymphoïdocytes de Pappenheim, cellules leucocytaires® de Mallory, cellules adventicielles de Marchand, etc. », ces cellules en discussion fournirent d’excellents arguments aux adversaires du dualisme. Malgré les efforts de Naegeli, Schribbe, Schultze pour les faire dériver des myéloblastes,' elles n’en restèrent pas moins la pierre d’achoppement de cette théorie.
L’applicaton à l’hématologie par Michaelis et Wolf de la méthode de coloration de Romanowsky jeta un jour nouveau sur la morphologie des éléments blancs. La description à côté des deux formes classiques, polynucléaires granuleux et lymphocytes ou mononucléaires non granuleux, d’une forme de mononucléaires à granulations spéciales « azurophiles » vint à propos pour éclairer singulièrement le problème. On en déduisit l’existence d’une nouvelle ïignée de cellules que de nombreux auteurs appelèrent monocytes. Peu à peu on lui rattacha les autres espèces de globules blancs dont le classement restait en suspens dans la théorie dualiste. L’ensemble de ce nouveau groupe aboutit à l’édification de la conception trialiste avec ses constituants, autonomes morphologiquement, granulocytes, agranulocytes et
monocytes. Nous exposerons en détail, plus loin,
Tes
cette question du trialisme leucocytaire. Reschad et Schilling apportèrent la preuve clinique de lautonomie du Monocyte en publiant en 1913 le premier cas de Leucémie pure à monocytes.
Aux arguments morphologiques et cliniques que les trialistes invoquaient pour soutenir leur doctrine vint s’ajouter la preuve de l’origine autonome du monocyte dans le système réticulo-endothélial. Les travaux de Schittenhelm, Mme Sabin, Mori et Sakai, Merken et Wolf en France confirmèrent cette opinion émise par un auteur japonais Kiyono. L’argument embryologique encore nécessaire à Schilling pour affirmer l’autonomie du troisième système leucocytaire existait.
La réalité d’une troisième forme de Leucémie, la Leucémie à monocytes, s’en déduisait, qui se manifestait :
a) cliniquement, par un syndrome morbide comparable à celui des autres leucémies ;
b) hématologiquement, par l’augmentation globale
et relative d’un leucocyte à caractère morphologique particulier, le grand mononuecléaire ou monocyte ;
c) anatomiquement, par l’Hyperplasie diffuse du tissu hématopoïétique, réticulo-endothelial, chargé de la production des monocytes.
Les Leucémies évoluent sous deux formes : une forme chronique et une forme aiguë. Le premier cas de Leucémie aiguë fut rapporté en 1857 par Friedreich. Ebstein, en 1889 en donna la description cli-
nique basée sur 17 observations princeps. Fraenkel, en 1895, porta son attention particulièrement sur les modifications des cellules du sang et montra que la cellule sanguine caractéristique de la leucémie aiguë est une cellule anormale à protaplasma non granuleux, d'aspect lymphoïde, d’où il conclut que toutes les L. A. étaient lymphogènes. Naegeli, en 1900, décrivit le myéloblaste permettant ainsi, sur la base des caractères cytologiques, la distinction en deux types de L.A., myéloblastique et Iymphoblastique. L’élément caractéristique de la L. A. n’est pas toujours identifiable à l’un de ces deux types cytologiques. Ehrlich l’appela cellule-souche ou cellule indifférenciée. Aiüïnsi le plus haut dans la hiérarchie se place la L. A. embryonnaire, où la cellule originelle fait son apparition. Cette opinion prévaut actuellement. Avec la description de la leucémie monocytique vint s’ajouter la L. A. monoblastique. En Amérique une revue de Clough relève dans la littérature sur une vingtaine d'années 23 cas seulement de L. A. à monocytes qu’il juge suffisamment décrits et accepte comme tels. Depuis des observations de plus en plus nombreuses ent été publiées en Allemagne, Italie et France.
Cependant la leucémie monocytique n’est pas epcore universellement admise comme entité nosologique. Naegeli leur refuse l’autonomie et les rattache avant tout aux leucémies à myéloblastes ou les considère comme un état leucémoïde à cellules réticuloendothéliales suscité par des infections aiguës.
En 1935, dans le « Nouveau Traité de Médecine »,
AE
Laubry, Giroux, Marchal, en donnant « droït de cité » dans le volume consacré à l’étude des maladies du sang et des organes hématopoïétiques, à la leucémie à monocytes ne le font pas sans réserves.