‹ Les lèvres et le secret: PoésiesChapitre 41 sur 82 · AVILIR · texte numérisé non relu

AVILIR

J*ai le besoïD profond d'avilir ce que j'aime... Je sais que la candeur de ses yeux ne ment pas, Qu'elle m'ouvre son cœur quand elle ouvre les bras, Je sais à voir ses pleurs que sa peine est extrême Et malgré tout cela j'affecte de douter.

Je cherche avec une soigneuse cruauté Ses erreurs, ses défauts, ce qui fait sa faiblesse, Et m'en sers pour froisser, déchirer sa tendresse.

J'exploite avidement les mots qu'elle me dit, Ses aveux arrachés, les souvenirs d'enfance, Et tout dans ses désirs et dans ses confidences Est une source amère, un prétexte à mépris.

De ce goût d'abaisser, hélas ! je suis l'esclave. C'est une tache au cœur dont aucune eau ne lave. Je voudrais oublier, je voudrais m'en guérir. J'essaie avec l'amour, avec le repentir, ^ais en vain ! Une ardeur ingrate et douloureuse, L'amour de l'imparfait et des choses trompeuses. M'oblige à rechercher dans le plus pur regard Les mauvais sentiments, le mensonge, avec art, A donner aux baisers un goût de flétrissure A mêler à l'amour l'amertume et l'injure...

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