IMAGINATION
Je possède un beau château, M'a dit mon amie,
Avec un lac, un bateau Et des tours fleuries.
Mon vieux père est décoré D'ordres et d'insignes.
Il rit de me voir jeter
Du pain à nos cygnes.
Sur un balcon très ancien,
Le soir, je me penche.
Les parterres vénitiens
Ont des roses blanches.
Dans mon village, trois fois Plus beau que le Louvre, Lorsque Ton parle de moi.
Chacun se découvre.
— J'ai voulu voir le village, Le lac, le château.
Le lac est un marécage Fleuri de roseaux.
Le château est sans tourelle
Et sans pont-le^ds.
C'est au coin d'une ruelle
Un pauvre logis.
On me montre son vieux père ;
Il est artisan Et son nom n'est connu guère
Que de ses parents.
Les cygnes et les parterres Aussi sont absents.
Mais cet endroit de la terre Me charme pourtant.
Amie, si ta voix m'appelle, Qu'importe un château !
Ta maison est la plus belle Si tes yeux sont beaux.
Surtout, ne sois pas confuse De m'avoir menti,
Tu n'as pas besoin d'excuse Quand tu m*as souri.
Mais mon amie, ô merveille !
Sans môme rougir, Va et vient comme une abeille
Pour mieux m'accueillir.
« Là, dit-elle, est le jardin...
Quelle triste chose !
Il est grand comme la main
Et n'a pas de roses.
Le balcon est en bois peint
Et c'est une joie De jeter, le soir, du pain
A ce troupeau d'oies... »
— Mais oui, bien-aimée, invente
Sans aucun souci.
Que les femmes sont charmantes D'oublier ainsi !