CHAPITRE PREMIER
Il faudrait faire attention. Voulezvous savoir comment les pays finissent?
Regardez autour de vous, vous apercevrez les symptômes d'une rupture de Funité nationale.
Il y a des lézardes sur la maison.
Elles ne font que s'étendre et s'élargir.
Elles dessinent sur notre pauvre pays des divisions qui correspondent assez exactement aux régions que César trouva
*kv,
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cerveau chef et par mille parasites venus de Fétranger...
L'autre jour, (en juin 1903) devant le tribunal correctionnel de Nancy, le Père Tailleur (des Rédemptoristes de Saint- Nicolas) était poursuivi pour n'avoir pas obéi à la notification de dispersion.
Avec une grande force, mais avec une sage mesure, au cours de sa défense, il prononça des paroles pleines et comptées:
c Rester chez nous, nous le devions à notre chère Lorraine. N'a-t-ellepas, par le vote de ses députés, demandé la conservation de ses religieux? Treize députés sur dix-sept ont voté en leur faveur ; trois se sont abstenus, un seul a voté contre. Le Conseil municipal de Saint-Nicolas a émis à l'unanimité un avis favorable à notre demande d'autorisation. La population a manifesté hautement sa volonté formelle de garder ses religieux. En nous chassant de la Lorraine, la France voudrait-elle aller contre le sentiment presque unanime d^une province qui lui est si dévouée ?... •
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Entendez-vous Taccent? Il est irréprochable, et pourtant le cœur se serre, car une opposition, un conflit sont marqués entre les droits de la Lorraine et les forces de la France. Cela s'accentue dans un petit discours de grand efifet que vient d'adresser à Mgr de Nancy le maire d'Arracourt, chef-lieu de canton sur la frontière :
«... Si un jour la Lorraine et l'Alsace doivent s'unir de nouveau et posséder l'autonomie de leurs races, c'est vous, nous l'espérons bien, qui resterez l'évéque du pays lorrain définitivement pacifié, libre de conserver ses coutumes et sa religion, tel en un mot que nos pères V avaient voulu quand ils se sont ralliés à la France: »
De toutes parts, de Normandie, du Nord, de Savoie, nous constatons le même frémissement d'hommes libres qui ne veulent point d'associés devenir esclaves. De Bretagne, toutefois, par le journal la Résistance de Morlaix, on entend une voix plus âpre où ce mal nouveau de la France prend un accent farouche ;
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c ... Il n'est pas possible de nous haïr plus que nous haïssent les Français du Midi. Les menaces adressées aux Bretons par les Français font bouillir le sang dans les veines. Plusieurs, en Bretagne, sont prêts à s'insurger comme au temps passé. Soyons donc défiants à l'égard des traîtres, et unissons nos cœurs et nos esprits en vrais et loyaux Bretons qui n'ont jamais été les esclaves des Français. » (Traduit par le journal Le Matin du 10 juin). .
Des actionnaires croient que leur Société — ici, c'est la patrie — est gérée, non pour le bien de l'aflaire, mais à leur détriment et selon l'esprit particulier d'un syndicat. Ils pensent naturellement à une liquidation.
Il fallait d'abord que j'eusse — et je m'en félicite — assez de courage intellectuel pour constater (bien qu'il m'en coûtât) qu'en France il y a des lézardes.
Combien de fois, sous combien de formes faudra-t-il frapper les cervelles
politiciennes avec ce faible cri Cassandre sans emploi ?
Hypocrites contradicteurs, qa constate ce qui est, n'affectez ] supposer que je prends mon pî notre cœur ainsi divisé et de nos bres tiréS'à quatre ctievaux. Ha sert de vanter (selon le parti o s'enrégimente) ce qui subsiste dt pétence et de tradition dans les bu ce qui se gaspille de générosité talent littéraire dans i'oppositit qui éclate de génie électoral chi maîtres? Pourquoi servir un des quand on n'aspire qu'à servir la Fi Je voudrais être un pur témoin, i me dis-je, voilà que ça craquel..
malheur, c'est ma maison, ma ma patrie, ma vie.... >
LA PRÉPONDÉRANCE DES HÉRIl
Voici doDC, que sur la coni politique française, la Loire CQiume une profonde fissure. 1 Gaulé Belgique, la Celtique aus â-dire la France au nord de sont menées et brimées par 1'^ et la Narbonnaise.
Ces vieilles nations qui com la France, tout au fond elj sistent, demeurent pareilles i
Lti Litardti
tiëcles. Voulez-vous que uous les (Dions par des mots du jour? Eh , je TOUS dirai que c'est le groupe léputés delà Dépêche, qui constitue ouvernement, et j'ajouterai que la ce du Nord ne peut pas vivre gérée X syndicat despoUque (1). Contre
prépotence méridionale il y a des ;tlons, non seulement lorraines, landes, bretonnes, flamandes, mais }aises. Cette 'rupture de l'équilibre )t l'unité nationale. On commence aander une dissolution de commuè.
lelle horreur I De toutes parts, l'on rit : « Vous avez vu juste, vous a fait qu'atténuer. ■ £t l'on me le mémoire un articlede luDipiche
nous réplique : < Les senti* sséparatistes que la Bretagne ou la une manifestent sur la question Jire ou religieuse, le Midi les resterait, à l'occasion, s'il fallait ilr au sabre ou au goupillon. >
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Je retourne, pour mieux éclairer la question, sur le terrain qui m'est familier, là-bas, prés de la frontière.
Il n'y a guère plus d'un siècle que nous autres Lorrains nous avons dû renoncer à notre autonomie. Notre duché de Lorraine a versé toutes ses richesses dans le patrimoine des Français. Notre petite nationalité politique s'est confondue dans une plus large nationalité. C'est la force qui nous y contraignit. Nous ne sommes pas entrés dans la patrie française parce que c'était notre goût, mais nous étions piétines tantôt par la France, tantôt par l'Allemagne; notre maison ducale, infé« rieure en intelligence politique aux capétiens, manquait à nous défendre; après les atrocités dont nous avaient accablés les Français, il nous fallait de l'ordre et de la paix.
Certes, cette grande France avec sa gloire et la séduction de ses mœurs nous a vite mêlés à ses meilleurs fils.
En pénétrant dans la famille, nous apportâmes de magnifiques cadeaux : nous avons ajouté à l'art français Callot et
àâ Les Lixardei
Claude Gellée, qui nous appartenaient ; nous avons fourni Victor Hugo, que nous venions de préparer, et cinquante maréchaux ou grands chefs militaires.
Notre province a été heureuse de faire, plus qu'aucune province, des sacrifices dans les armées de la France.
Aujourd'hui encore, c'est au milieu de nos populations de l'Est et avec nos réservistes lorrains que se forment les meilleurs régiments.
Aux dernières élections (de 1902), l'accord est apparu de notre esprit politique lorrain avec l'esprit politique de Paris. D'ailleurs par le Temps^ qui est à peu prés un journal de l'Est, par les Ferry et les Méline, n'est-ce pas nous qui avons beaucoup contribué à former la tradition et l'esprit politique de cette troisième république ?
Je ne multiplierai pas les preuves d'un fait évident : l'unité franco-lorraine est réalisée. Mais il n'empêche que, pour comprendre dans quelles conditions peut durer cette entente, l'historien et le philosophe doivent toujours revenir au principe de notre annexion :
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Nous sommes venus à la France comme à la force,. Nous avions besoin de sécurité. Insultés et ruinés à Test et à Touest, désolés par Tinstabilité»
nous sommes allés à ce qui dure.
J'abandonne ma chère, ma noble indépendance ; assure, du moins, mon existence.
Or, la pauvre France, ayant dû, il y a trente-trois ans, livrer une partie de notre Lorraine à TAllemagne, voici qu'aujourd'hui l'idée de revanche est rejetée, comme une sottise et comme un crime, par les plus autorisés porteparoles du régime dans les assemblées politiques,dans la presse et dans l'Université.
Bien plus, loin de songer à récupérer les territoires perdus, nos gouvernants mettent leur générosité et leur raison à désarmer, en sorte que les Lorrains, non encore annexés, peuvent s'attendre à devenir Allemands, s'il plaît à l'Allemagne.
Nos frères annexés, les Lorrains, et les Alsaciens, quand ils demeurent quand même fidèles à la France et
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miaiÊmtm
qu'ils désertent PAllemagne pour s'engager dans nos régiments, sont mis indignement — en dépit de la loi Keller — dans la légion étrangère et souvent sous la coupe d'Allemands.
Et cependant un gouvernement qui est mené par une majorité méridionale dilapide les finances de la France, où notre contribution est supérieure à celle des provinces gouvernantes, et ces méridionaux prétendent nous imposer leurs conceptions antireligieuses qui, à bien voir les choses sous les mots, sont des conceptions fanatiques, intolérantes, bassement religieuses
Dans l'été de 1902, lesVosgiens de la Bresse, de Bains et de plusieurs villages industriels ont sonné le tocsin, pris des fourches, se sont groupés autour des Soeurs. L'audace de ces rustiques méritait qu'on y réfléchît. Elle fit tout simplement lever les épaules aux beaux messieurs du ministère. Hier .encore, (Juin 1903) le tribunal de Nancy infligeait des huit et dix mois de prison — quelle honte pour le juge, quel honneur pour le condamné I — aux paysans de
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la plaine de Sion, coupables d'un mouvement d'enthousiasme pour lelieu saint de la Lorraine. Lieu saint, je veux dire hautement vénérable par la masse des souvenirs historiques qui, depuis dixhuit siècles, s'amassent sur cette colline et dans la conscience lorraine. Là-dessus, *les gens du Midi s'écrient : « Vilains, petites gens de l'Est, nous vous civiliserons malgré vous. » M. Jules Véran, de Montpellier, a trouvé le mot qui fait éclair jusque dans le lointain passé. Il nous répond sous ce titre : La Revanche des Albigeois.
Est-ce à dire que les Lorrains veulent la guerre ? Ils seraient les premiers à en souffrir et plus rudement que les gens de l'Aquitaine ou de la Narbonnaise, mais ils la prévoient et supplient qu'on leur donne toute les chances favorables.
Est-à dire que les Lorrains prétendent subordonner aucune parcelle du pouvoir civil au pouvoir ecclésiastique?
En vérité, il s*agit bien, dans les ateliers vosgiens et sur le plateau de Sion, de
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vantes querelles! Tout simplebien que nous soyons entrés des vaincus dans la patrie le. Il y a cent trente ans, nous lona y être traités conune des s libres.
lommes libres eu face de l'Alle- : donc il nous fantune armée, lommes libres, sur notre sol, e nous respectons les intérêts de ice : donc, nous supportons 'on Tienne molester des braves arables flUes plébéieunes, des les de chez nous, au demeurant, us sommes habitués à voir drlaisîblement en cornettes dans is et tes Tiliages, où elles ne reçut rien que de noble, aeutl des ordres de Paris, rédides volontés méridionales, prédtmiauer notre sublime paysage ue de Sion-Vaudémont — interur la cAte du Bois-Chenu, où >norons Jeanne d'Arc, qui partit nous pour sauver la France — la chapelle, enBn, où le génie }r Rlcbier éclate avec ses puis-
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sances intactes auprès de la poussière des ducs, chefs jadis de notre nationalité!
Ce n'est point la peine de vivre, s'il faut subir des humiliations!
Toutes les belles phrases chantantes des Jaurès et de ces étonnants ténors que produit avec surabondance le glorieux sol de Toulouse — mais oui, glorieux! je ne m'en dédis pas : elle est si belle, dans toutes ses parties, cette France si mal gérée! — ne nous feront point accepter de telles indignités. L'élégant homme du Sud, l'Aquitain, dédaigne, veut mettre sous le joug le rude homme du Nord, le Lorrain, le Flamand, le Breton. Par dessus la Loire deux Frances irritées se regardent.
Qu'y a-t-il désormais de commun entre nous? Nos intérêts? Vous les sacrifiez.
Nos vénérations instinctives? Vous les bafouez. Notre titre de Français? Mais si nous mettons sous le mot France des conceptions opposées? Si nous arrivons
qu'une terre et des morts tout & nous portent?
ci que je me retourne, l'accuux lèvres, coutre les mauvais de la France. La connaissance étés provinciales devrait être ■e de la science d'un homme -ançais, comme le respect des es régionaux devrait faire l'ese ses préoccupations, me de la République contre la c'aura été de laisser réapparaliurface ces antiques oppositions 6S, ou plutôt — n'ayant point iùn à placer an-dessus d'elles ui les départageât — de ne pas ir laissé un jeu normal par des régionales.
itaine et la Narbonnaise, les sud de la Loire mènent notre lue. A quoi la mènent-elles? Au irement.