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IL Y A PLUSIEURS FRANGES

Je sais bien ce qu'ont de délicat les constatations que je soumets au pubHc.

Il faut craindre de surexciter les mécontentements locaux en les analysant.

C'est une faute où ne voudrait pas tomber un patriote qui prêche le souci de l'intérêt général négligé par une coterie.

Mais, précisément, si nous détestons la guerre civile, il faut pousser le cri d'alarme. Je dénonce qu'on démembre

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la France, et par là je sers mieux que par un stérile « Vive la France 1 » Je ne suis d'aucun parti, mais un homme qui veut voir clair. Un jour que j'assistais à une conférence de Bonvalot présidée par Lavisse, j'entendis avec étonnement celui-ci que j'aime et admire, déclarer :

« Il y en a qui disent que la France est en décadence....! puis s'arrêter, frapper sur la table et s'écrier : a je leur ferai rentrer leur mensonge dans la bouche »

Lavisse, ce jour-là, ne m'a point enchanté. Nous n'enfermerons point dans un cabinet clos notre opinion sur les faits. M. Taine disait : c J'ai ausculté la France, j'ai exploré ses cavernes, je n'ai point osé dire la profondeur du mal. »

Et moi, j'ose rapporter le terrible cri que jetaient, en juin 1903 les cultivateurs lorrains traqués, pressés contre les murs de Sion par les charges furieuses de la gendarmerie : « Ah! les cochons I disaient-ils ; les Prussiens nous traiteraient moins mal que vous ne faites! »

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Nous éprouvons devant de tels roots un sentiment d'horreur. D'horreur contre qui 7 Contre ceux qui mènent la France à sa dislocation.

Je répète, dussè-Je offenser des optimistes béats, que sous Tadministration, sous la croûte superficielle des fonctionnaires, sous une apparente uniformité, il y a en France des pays divers et qui peuvent se diviser aussi bien qu'ils se sont unis. Il y a des Frances comme il y a des Italles, des Espagnes, des Âllemagnes. Je connais un peu la Catalogne espagnole; j'ai causé à Barcelonne avec les directeurs du grand mouvement autonomiste qui trouble et vivifie cette belle province. Dans l'état des choses, la situation me semble infiniment moins aigûe en Lorraine. Ce sont même deux situations qu'il ne faut pas comparer. Pourtant le propre d'un homme politique est de prévoir. Nous sommes cimentés depuis un long temps, dira-t-on. Eh bien! il faut ménager les vieux édifices.

Nous avons des gérants qui n'écoutent que leur passions, Ils croient servir la

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République. Soit! je ne mêle pas les problèmes, je n'essayerai pas de redresser des sectaires. Mais je leur dis qu'il est des moments où il faut subordonner ses sentiments à sa raison et qu'à suivre leurs instincts méridionaux, à vouloir violenter les manières de voir et de sentir que nous avons dans l'Est et dans le Nord, ils vont tout faire craquer et jeter bas, avec la France, leur République même.

La Dépêche de Toulouse croit que Je la fais responsable de la prépotence des Méridionaux dans l'Etat républicain. La Dépêche est le signe bien plutôt que la cause d'un tel état des choses. C'est la perte de l' Alsace-Lorraine qui, en faisant pencher dèplorablement la balance a permis aux Méridionnaux de prévaloir dans le Parlement et, par suite, dé disloquer la France .

Suis-je amoureux de ma province? La Dépêche le croit. Elle doit avoir raison, car son reproche me flatte. Mais si je

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préfère à tout la Lorraine, il n'est rien en France que je n'aime. On me signale un curieux livre de notre confrère Gaston Méry Jean Révolte, daté de 1892, et qui porte cette épigraphe : « Le Méridional voilà l'ennemi I > Pour ma part, je préférerais celle-ci : « La question des races est ouverte. » Je suis Français et n'ai point en France d'ennemi. Je demande que nos hommes d'État connaissent et respectent et emploient nos divers caractères régionaux. Mais j'accorde volontiers que les Alsaciens et les Lorrains dans plusieurs ordres d'activité ne valent pas les Méridionaux (4).

Les Méridionaux sont admirables d'esprit, de facilité, d'agrément, et parfois, sans doute, de solidité. Avec quel respect hier encore, dans Avignon»

j'écoutais nos frères du Midi célébrer leur terre et leurs morts ! J'étais assis auprès de l'illustre Mistral ; j'entendis avec admiration la reine des félibres, avec respect et amitié le poète qui debout disait, resplendissant d'une sorte de beauté sacerdotale, le chant de la coupe.

(1) Voir li note U & la fin du volame,

) coupe sainte de Provence! Toutes régions de France y voudraient re. Nous vénérons cette terre chari des richesses helleno-latiues. N'em- :he que pour faire vivre one Répudie oA l'éloquence forcément tient iucoup trop de place — et l'éloînce, c'est très vile la verbosité, le nsonge, l'artifice, le néant — il faulit de plus nombreux Lorrains et •tout des Alsaciens..

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