NOUS VOULONS MAINTENIR LE CONTRAT FRANCO-LORRAIN
Le journal Le Rappel se dresse devant moi et me jette un cri de : « Vive la République une et indivisible 1 ». Ah!
malheur ! quel vieil accent romantique ! On reconnaît le geste et le ton. C'est de cette manière que ce pauvre bêta de Floquet lançait son : « Vive la Pologne, monsieur! »
Je ne veux pas perdre mon temps ni gâter ma cervelle en raisonnant, comme
on fait au théâtre, par apostrophes sublimes. Des faits, voilà notre méthode de discussion à nous autres, gens de l'Est, quand nous gardons la discipline de nos morts et de notre terre.
Vous parlez de République indivisible.
Mais c'est nous qui la voulons telle; c'est nous qui ne prenons pas notre parti de l'Alsace-Lorraine séparée de la France, tandis que vous applaudissez Jaurès et après ce désarmement moral réclamez un désarmement positif.
Vous parlez de République une. Je vous juge sur vos actes. Vous vous employez frénétiquement à couper en deux la nation ; vous vous servez du pouvoir non pour chercher le bien public, mais pour engraisser un parti.
J'ai poussé un cri d'alarme. J'ai dénoncé les symptômes d'une rupture de l'unité nationale. Je m'effraye d'avoir vu si juste. Cent lettres que je reçois me laissent soupçonner l'irritation de toute une province, me donnent d'étranges lumières sur l'étendue du mal, sur les profondeurs des cavernes chez le malade que nous auscultons.
sur la Maison 31
La Lorraine
(Mais ici je prie les lecteurs qu'ils m'excusent si je reviens toujours sur le même terrain. Plutôt que des raisonnements, nos lecteurs veulent des faits J'apporte le fait lorrain pour mieux servir notre connaissance de la crise française).
Les gens du duché de Lorraine, il y a un peu plus de cent ans, ont dû renoncer à leur autonomie. Étant les plus faibles, cédant à la force, ils devinrent français. Ils s'en plaignaient fort au début. Quand on est gens de cœur, on ne renonce pas aisément à ses coutumes, à ses libertés, à sa libre gestion. Mais, d'autre part, qui demeurerait insensible aux grâces et aux puissances de la patrie française? Elle nous conquit rame plus rapidement qu'elle n'avait conquis notre sol. Elle nous avait pillés, affamés, décimés; elle nous combla de gloire et de bien-être. Vive la France !
Certes, pas un de nous ne proteste contre les cent trente années que nous venons de passer confondus dans les destinées Françaises. Nous nous y
sentîmes chez nous. Mais depuis plusieurs années, la maison commune n'est plus reconnaissable. Est-ce la perte d'un gros morceau lorrain, de l'Alsace? L'équilibre est rompu. A la place d'une France raisonnable et glorieuse qui joignait à des manières chevaleresques, un solide bon sens, voici que chaque jour prédomine davantage l'esprit de système. Je vois une France qui n'a plus de mouvements réglés d'ensemble, mais des saccades des velléités partielles, des mouvements fragmentaires.
On nous ruine et on nous livre à l'ennemi. On déclare très haut qu'on rejette Metz et Strasbourg, gages qu'on avait sacrifiés pour dégager la France, mais en jurant, les larmes aux yeux, qu'on irait un jour les reprendre.
Faites attention: c'est perdre l'honneur ! Et perdre l'honneur français, on le verrait trop vite, c'est rompre l'unité française.
A ne consulter que nos intérêts, nous demanderions la dissolution de la communauté . Mais il y a notre cœur qui se
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souvient de cent trente années d'étroite intimité : nous nous bornons à réclamer de toute notre énergie le respect des droits des contractants, l'exécution du contrat franco-lorrain.