SCENE II
PREVAL , CUISSE, M"* GUIMARD, VALMONT,CHA VIGNY, d’AKMIN- COÜRT.
valmont, entrant. Il sc présentera , gardez-vous d’en douter.
tous. Valmont ! Ah ! . . . . cbayicny. Te voilà donc , enfin !
valmont. Eh ! bonjour, mes amis! ( A lu Guimard ) Salut à la duchesse de Terpsichore. Vous êtes furieux contre moi , n'estil pas vrai? . —
cravignt. Jusqu’à ce que tu nous aies donné une excuse valable. ■ %
valmont. J’en ai deux.
la cutMABD. A la bonne heure !
cua vigey . Voyons d’abord la première.
valmont. C’est la plus importante. • ctiAvtGNT. Il s’agit encore de la présidente ! u
valmont. Justement. Vous saurez, mes amis, qu'au moment de venir vous rejoindre, j’ai appris par Julie que la chère petite femme , intriguée de mes fréquentes absence* duchàleau,et ne pouvant pas les attribuer à la chasse, puisque je rentrais toujours sans gibier , avait adroitement suggéré à ma vieille Unie 1 idée de me faire épier par l’un de ses gens.
cravigny. Bravo! TR valmont. Vous voyez qu’elle s’occupe de moi. Je ne pouvais donc venir ici en ligne directe. . .
cea Vigny. Où la présence de la duchesse Terpsichorepouvaileompromeltrc taverlu.
la guimard. Insolent!
valmont. Je résolus donc de dépister l’argus, et j’entrai en chasse à travers champs , sans autre but d’abord que de taire courir le drôle qui inc suivait ; mais la providence qui veille toujours sur l’innocence , me le réservait pour être le témoin de mes vertus ! il » r
la guImard. Pas possible ?
v almost. Parole d’honneur ! Après une longue course , j'arrive enfin près d’un village. Je vois de la rumeur, je m’avance, j’interroge, et j’apprends qu’on était en
train de saisir, de par le roi , les meubles d’une pauvre famille qui ne pouvait paver la taille. L’occasion était superbe ! Mon espion était là . . Je fais venir le collecteur, je paie noblement cinquante-six livres pour lesquelles on réduisait cinq personnes à la paille et au désespoir. Ma dévote le saura !
cbayigny. Sublime ! Valmont. \ lens que je t’embrasse ! ....
v almont. Après celle action si simple, vous n’imaginez pas que de bénédictions retentirent autour de moi ! Quelles larmes de reconnaissance coulaient des yeux du vieux chef de cette famille. J’en pris goût à la bienfaisance , j’avais dix louis sur moi, je les lui donne, quand, toul-à-coup , un autre paysan , pins jeune , conduisant par la main une femme et deux eufans , et s’avançant vers moi à pas précipités , leur dit : Tombons tous aux pieds de cette image de Dieu!
Am : Que c'est gentil le mariage. (VALENTINE.) Je voulait fuir!... île Joule la famille Au même instant je «uit environné ;
Père , grand-père , et la mère , et la fille ,
A mes genoux chacun est prosterné;
Moi-même alors je m'arrête étonné.
Vous l’ avouerai-je ?oui , je trouvai des charmes A partager leur attendrissement.
jVlou coeur emu contre eux était wm armes, lit de mes yeux s’échappèrent des larmes !...
TOUS , riant.
Ah! vraiment. I : ; -, ,
C’est charmant ! j ' ‘ \
Valmont en pleurs! ah ! c’est vraiment charmant !
chayigny. Tiens ! voilà Marianne qui pleure. [Tout le monde né. ) Ah . ah ! ah !
la guimard. Et pourquoi pas? »
valmont. Ma fui, mes amis, je serais tenté de croire que ce que nous appelons les gens vertueux , n'ont pas tant de mérite qu’on se platt à nous le dire , car ils doivent éprouver parfois des jouissances bien vives !
cuavtcny. C’est possible , mais il faut éviter de s’abandonner ainsi , au point de ne pouvoir plus être maître de soi. Ces émotions-là peuvent déranger un calcul.
On dit que tu vas à la messe, je com încitce à craindre. . .
valmont. J’avouerai avec la même franchise qne dans l’église , lorsque des voix harmonieuses se mêlent au brait de l'orgue.
cBAVtGifï. Qu’est-ce que je disais! Messieurs , méfiez-vous de Y almont» . . il finira mal.
valmont. Du moins, -je n’ai pas mal fini ma journée , car je l’ai terminée chez Emilie, votre camarade à l’Opéra, ma chère Marianne.
chavicnv. Je sais aussi que tu t’occupes de Cécile Volange. Prends garde ; c est encore là sortir des principes. Règle générale, messieurs, diviser ses forces, compromettre une conquête importante pour un caprice , c’est une faute.
valmont. Non pas pour Cécile. J’espère bien prouver que c’est une manœuvre habile, une diversion puissante. Madame de Volange est celle qui m’a le plus desservi dans l’esprit de la présidente en lui révélant quelques-uns de mes anciens passetems. Je la forcerai bientôt de s occuper de sa fille et non des autres. De plus , Cé*. cile me sert à entretenir un léger mouvement de jalousie dans l ame de ma dévote.
Il est boit de se donucr une apparence de torts dont ou peut se justifier facilement, car je n ai jamais dit un mot d’amour à cette petite pensionnaire ignorante et co-
Î uettc. C’est toujours sous le manteau de ►anceny que je me présente à elle. Si , d’un côté , j’agis avec prudence , avec lenteur, ici il faudra brusquer le dénouement. Il faut que ma victoire arrive comme un coup de foudre qui l’éblouisse , qui l’épouvante s*us lui laisser seulement le teins de se reconnaître et de crier grâce !
cha vigny. Et pourquoi ne point faire de même avec la présidente?
valmont. C’est que ce serait tout perdre.
chavicnv. Tiens, mon ami , tu agis avec elle comme si tu avais peur de réussir.
valmont. L’avenir me justifiera.
cha vigny . Prends garde qu’un autre plus adroit que toi —
valmont. Non, car elle m’aime.
chavicnv. Elle te l’a dit?
valmont. Pas encore; mais je le sais, moi; mnisic connais cette amc si craintive et si forte en même tems. 11 fallait donner à cet amour le tems de prendre racine. II faut qu’elle ne songe à lutter contre lui , que lorsqu’il sera plus fort qu’elle. Ali ! qu’elle se rende, mais qu’elle combatte ; que , sans avoir la force de vaincre , elle ait celle de résister. Quel délice, d’être toar à tour l’objet et le vainqueur de scs remords ! Loin de moi l’idée vulgaire de détruire les préjugés qui l’assiègent , pour rendre sa chute plus facile , de la corrompre pour la séduire ; non , ma gloire sera pins grande. Qu’elle croie à la vertu , mais qu’elle me la sacrifie ; que ses fautes l’éponrantent sans pouvoir l’arrêter, et, qu’agitée de raille terreurs , elle ne puisse les oublier, les vaincre que dans mes bras!
la goimard. Voilà un raffinement de scélératesse que je n'aurais jamais soup-
çonne
chavigny. Valmont, crois-moi, hâtc-toi d’en finir avec cette femme pour te sauver du ridicule d’en devenir amoureux.
valmont. Amoureux ? moi ?
crisse. Cela pourrait bien être.
valmont. Fi donc! nie croyez-vous si faible-? ... Je serai digne de mon maître , je le jure !
en a vicîfY . Eh bien ! je reçois ton serment. Vous l’entendez , messieurs, c’est la chute éclatante de celte grande réputation de vertu qu’il vient de nous promettre ! i crissé , à part. Je crois fort que , dans tout cela , Chavigny ne voit qu’un moyen de se venger d’elle.
la guim ard. Quelle horreur! Ah, les
hommes ! Vraiment , messieurs , je
commence à m’apercevoir que je suis ici en fort mauvaise compagnie ; je vais faire mes préparatifs et donner des ordres pour mon départ , car je rougirais de prolonger mon sé|Our ici.
( Elle sort par une porte latérale à droite.) chavigny , la conduisant. Du moins, Marianne , vous permettez que nous vous fassions nos adieux. (7? reoient en scène. ) Allons , un dernier verre de champagne :
A la chute de l’ange !,
Am nouveau de M. Doehe.
Jurons ( ter. )
Qu'avant peu nous verrons
Tomber cette vertu rebelle.
Yalmont , point de pitié’ pour elle!
Qu’elle succombe , et nous rirons.,
CHAVIGNY
Songes-y bien, j’ai reçu ta promesse;
Sois vainqueur, et point de faiblesse 1 Tous nus amis t’observent comme moi.
Si tu triomphes , gloire b toi !
TOUS
Jurons (ter.)
Que nous triompherons.
CHAVIGNY
Mais , silence Quelqu’un s'avance.
TOUS
Yalmont, point de pitié pour elle! ,
Qu’elle succombe , et nous rirons.
( Tous boivent. ) la guimard , rentrant Eh bien , messieurs, avez-vous terminé vos abominables complots ? et que vous a donc fait cette pauvre prude ?
CHAVIGNY
* 11 est d'un mauvais exemple pour les au-
tres femmes : mais êtes-vous donc décidée à vous quitter , Marianne ?